L’ESCARPOLETTE.
Encore un grand plaisir pour les Parisiennes. Les hommes font cercle. On voit les mollets et quelquefois aussi... mais chut! Baissez votre jupe, mademoiselle! Monsieur Bérenger s’approche.
(George Edward: la Chronique amusante, 24 août 1893.)
Évidemment, comme Max Blanc:
—Voilà comment j’aimerais voir les dessous de la politique.
(L’Indiscret, 1902.)
Au Panama—que c’est vieux déjà!—je préférerais le panorama ainsi révélé, presque la Terre promise. Mais, ne nous frappons pas, n’est-ce pas comme dit l’autre, des balançoires?
UN SAGE.
—Dans la vie, vois-tu, il ne faut jamais s’occuper du voisin, et se dire que tout ce qu’on voit, au fond, c’est des balançoires.
(L’Indiscret, 1902.)
Il est bon, parfois, de détacher ces regards de la terre et de regarder plus haut: c’est un coin de ciel entrevu, ce paradis ouvert que vantait Victor-Emmanuel et que Mahomet n’a point promis à Von der Goltz pacha:
—Tout ce qui se passe sur la terre, mon fils, c’est de la balançoire. Portez vos regards vers le ciel...
(Rouveyre: le Rire, 14 juillet 1900.)
Et vous, les michetons et les jaloux, les punais de l’amour, ne faites pas tant de foin et laissez vos petites amies faire aux pauvres bougres qui ne les entretiennent pas l’aumône de leurs jambes et la charité de leurs dessous. Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil le chat qui dort et vous pourriez vous faire griffer, messeigneurs:
LES JOIES DE L’ESCARPOLETTE.
—Fais donc attention! On voit ton pantalon!
—Impossible! Je n’en ai pas!
(Ch. Laborde: le Rire, 16 août 1913.)
La balançoire, combien qu’on en puisse douter, prête à réflexions philosophiques. Ces gosses, au milieu de leurs jupes envolées, vous font la Nietzche.
Ainsi parlaient les Wiener Caricaturen:
—Avec la balançoire, c’est comme dans la vie. Il faut savoir ce que l’on montre et ne pas perdre l’équilibre[551].
Au tennis, il n’y a pas seulement celles dont le rattrapage difficile d’une balle un peu «raide» laisse apercevoir assez haut le pantalon sous l’envolement de la jupe, il y a aussi les bonnes raquettes. Celles-là, quand elles jugent une balle impossible à reprendre, préfèrent feindre le plus lamentable des accidents, le pantalon défait qu’il faut rattacher, plutôt que d’avouer leur défaite:
AU LAWN-TENNIS.
Fait semblant de perdre son pantalon pour ne pas avouer qu’elle a manqué la balle. O coquetterie!
(La Fin de Siècle, 14 octobre 1894.)
Bouton qui saute, cordon qui se dénoue ou qui craque, le pantalon se perd, en effet, quelquefois.
—Tu fais comme mon pantalon, tu me lâches...
(Le Boudoir, 1880.)
Plus souvent il se quitte et, parfois, il s’oublie.
De Gerbault, cette exclamation d’une parisienne assise en chemise, tandis que gît à ses pieds son pantalon retiré, étalant sur le parquet la large ouverture de sa fente:
—Comment il faut aussi que je retire ma chemise! Alors, c’est ça que vous appelez faire mon profil?
(L’Indiscret, 1902.)
Cela rappelle un peu la tenue de rigueur des femmes du monde pour feuilleter, dans sa garçonnière, les cartons d’un Monsieur qui collectionne les Rops.
La femme a vraiment toutes les charités. Un modèle—la tenue de notre mère Ève, moins la feuille de vigne—pour venir au secours de la détresse du bon peintre, lui offre l’illusoire aumône de son pantalon. Un chiffon, non de papier, ô chancelier, mais de batiste:
LE PORTRAIT.
—C’est un sénateur qui vient pour faire faire son portrait. Je n’ai plus de toile; pas un rond pour en acheter; quel guignon!
LE MODÈLE.—Et ça, est-ce que ça serait assez grand?
(Carlègle: Le Rire, 24 octobre 1908.)
Mais pourquoi l’artiste vieilli, conservant sous ses cheveux blancs l’amour des gamineries de rapin, a-t-il la fâcheuse manie de subtiliser le pantalon de ces enfants?
—Allons, ne faites donc pas le Jacques, rendez moi mon pantalon.
(Poulbot: Le Frou-Frou, 1905.)
Ou c’est le pantalon que, bien qu’ouvert, on a pour des raisons qu’il ne convient pas d’approfondir, cru devoir retirer, un jour de ballade à la campagne. L’arrivée malencontreuse du garde champêtre—vrai ou faux—a brusquement interrompu l’entretien. L’enfant, abdiquant son extase, (en voulez-vous du Mallarmé?) dans sa hâte de fuir, déjà docte, par chemins, a négligé de réintégrer ses culottes. Huit jours plus tard, le couple les retrouve, suspendues, dépouilles opimes, au même arbre. Là ils furent heureux et connurent d’ineffables minutes; la Grande Nature les invite à recommencer, avec la complicité amusée de toutes les bestioles répandues parmi les champs, «champ d’amour brutal», eut, comme Goudeau, spécifié Richepin, à l’époque où les Gueux et leurs ivresses tenaient dans son cœur une place accaparée, depuis, par les cousines et les abonnées des Annales.
LES PREMIERS BEAUX JOURS.
—Enfin, nous y sommes: regarde ta culotte de dimanche dernier.
(Mirande: Le Rire, 22 avril 1911.)
Les peintres ne sont pas seuls à se livrer à des plaisanteries qui dénotent une aimable familiarité bien faite pour tromper l’ennui des villégiatures estivales. Il y a des maisons où l’on ne peut recevoir une femme à déjeuner ou à dîner, sans qu’on lui «fasse» son pantalon ou son corset: