L’AFFAIRE DU COLLIER.
—Ben quoi? elle va déjeuner en ville et on lui chauffe ses perles! Moi, c’est bien rare que je boulotte chez des amies sans qu’on me fasse mon corset et mon pantalon...
(Métivet: Le Rire, 1er août 1908.)
Retiré dans le salon d’un Monsignore—encore un salon où l’on passe, si l’on y cause peu—le pantalon d’une visiteuse peut se retrouver parmi l’inutile paperasse des dossiers d’une commission d’enquête. La politique est un grand bazar auquel les jeux de l’amour ne sont pas interdits et ces dentelles peuvent constituer pour quelque arrondissementier obscur et farouche une révélation toujours pénible:
A la commission d’enquête Montagnini—N... de D... un pantalon de ma femme!
(Le Rire, 4 mai 1907.)
La caricature est vraiment bonne fille. Elle nous rafraîchit la mémoire: qui, sans elle, se souviendrait, même à la Chambre, de cet abbé Montagnini, que l’on expulsa comme un vulgaire correspondant austro-boche, et dont quatorze vers n’ont pas permis de soupçonner le secret?
[Illustration]
Le pantalon de sa femme! C’est lui également que rapporte, dans cette amusante page de Caran d’Ache, la Vie de château, cet animal fidèle, mais gaffeur, auquel le Petit musée de la Conversation[552] assurerait qu’il ne manque que la parole.
A la première heure, le gentilhomme campagnard, couvert d’une chaude pelisse et son cigare déjà allumé, est sous les fenêtres de l’invité:
—Allons, debout!... le paresseux, venez faire le tour du propriétaire.
Sans enthousiasme, celui-ci l’a rejoint dans le parc, et tandis qu’ils s’éloignent, ce dialogue s’engage:
—Faites comme moi: toujours debout à six heures!
(Cette phrase pourrait non moins figurer dans le recueil de Castigat et Ridendo, qui, d’ailleurs, ne corrigera rien).
L’INVITÉ:—Brr! ça pique, et moi qui ai oublié mes gants...
—Oh! qu’à cela ne tienne! Tom, ici!
Et Tom s’étant avancé, la queue basse devant ce ton de commandement:
—Donnez-lui votre main à sentir. Là! Vous allez voir: dans trois minutes il vous rapportera la chose.
En effet, une minute...
Deux minutes... Et
Trois minutes après, Tom rapportait la chose!![553] cependant que, derrière lui, une femme de chambre courait de toute la vitesse de ses jambes, et que, en une banderolle, s’échappaient de sa bouche ces mots imprécatoires:
—Tom! veux-tu laisser ça! Tom!... Tom!... Oh, la sale bête... Tom!... Tom!...
Ça, c’était, naturellement, le pantalon de la châtelaine, qui au passage, avait conservé un peu du parfum des mains de l’invité et dont les jambes flottaient au vent.
Encore que la sienne ne fut pas galonnée, M. le comte était digne de porter la casquette du «chef de gare.»
Cercles mixtes, tripots, Enghien et autres lieux où fleurissent «le verbal neuf et huit diminutif» (Goudeau), les pontes y attrapent tant de culottes, peut-être parce que les habituées de l’autre sexe y perdent les leurs:
LES JEUX DE L’AMOUR ET DU HASARD.
—Quel tripot! Et on y pelotait ferme...
—C’est donc ça qu’on y ramassait tant de culottes!
(Cardona: Le Rire, 26 janvier 1907.)
Les pantalons se quittent, se perdent... et se salissent. Le livre de comptes de Mme Irma de Montigny, égaré au passage de la Bérézina et communiqué, depuis, à l’institut, par M. Salomon Reinach, en même temps qu’il lavait la marquise de... Mithylène, des méchants bruits répandus sur ses habitudes par quelques amies délaissées (musique de Gounod), n’est pas seul à nous renseigner sur la facilité avec laquelle le haut de chausses féminin gagne la tache, la fameuse tache qui constitue une des trente-six situations chères aux dramaturges et que ne dédaigne pas davantage les gentilshommes sans préjugés acculés à la dure nécessité du mariage.
Taches d’encre, marques de doigts... et d’autres encore: le pantalon va souvent chez la blanchisseuse. Mais, il ne convient pas qu’il subisse, avant d’être mis, les approches de l’homme.
Ce serait risquer de la salir avant la lettre:
—Laisse ça, tu me salis tout mon linge. Voilà un pantalon qui, avant que je le mette, a déjà des marques de doigts!
(Le Rire, 8 avril 1905.)
Dans l’atmosphère surchauffée de l’atelier de la blanchisseuse de fin, ce sont, chez les ouvrières, de philosophiques et mélancoliques réflexions tout en promenant le fer sur les trou-trous et les entre-deux:
—C’est dur, tout de même, de penser qu’on gagne tant à la salir et si peu à la nettoyer.
(Henri Boutet: Le Frou-Frou, 1901.)
Hélas! c’est la tentation proche. Quelque lundi, la petite blanchisseuse, s’attardera plus qu’il n’est nécessaire pour compter chemises de jour et de nuit, faux-cols et manchettes des «pratiques paresseuses.» Quand on nettoie tant le linge d’autrui, on peut bien risquer de salir un peu le sien.
Elle ne guette pas moins les filles de la campagne qui, aux mois de vacances, étendent sur des cordes les pantalons courts et froufroutés des belles madames en villégiature:
—J’ai envie de changer de métier, on m’a dit qu’on gagnait plus à les chiffonner qu’à les blanchir.
(G. Meunier: Le Rire, 9 août 1902.)
Il en est d’autres, heureusement, dont l’exemple ne saurait inspirer ces pensées pas du tout funèbres à des enfants que les conseils réputés mauvais des kéroubins tentateurs n’effraient que fort peu.
Ce sont celles qui suppriment leurs pantalons tout l’été, attendant, pour les reprendre que la bise soit venue. Elles peuvent, à la rigueur, suivre le conseil de la fourmi et danser, lasses d’avoir chanté; mais, pour lever la jambe, elles auront soin de se placer de profil: de face, le geste laisserait voir trop de choses.
—Je ne me mets pas de face, car, n’ayant pas de pantalon, on pourrait saisir l’Almanach.
(Almanach du Frou-Frou, 1901.)
Impossible à celles-là d’obéir aux suggestions malignes de l’Amour, ou, tout au moins convient-il de prendre certaines précautions. Là encore, il y a la manière:
AUTOMNE.
—Fais comme les feuilles, laisse-toi tomber.
—... C’est que je n’ai pas de pantalon.
(Gerbault: Le Rire, 14 novembre 1903.)
L’œil du maître, quand celui-ci ne méprise pas les attouchements ancillaires, aura cure de ces contingences et ne craindra pas de pousser l’enquête jusqu’à ses dernières limites.