‹ Le Pays de l'InstarChapitre 2 sur 19 · I.--POUR CHOISIR UN APPARTEMENT

I.--POUR CHOISIR UN APPARTEMENT

--Ce à quoi nous tenons, justement, c’est à avoir une maison seule, avec un petit jardin.

--C’est ce qui avait décidé le commandant de recrutement, surtout à cause des enfants.

--Quand on fait tant que d’habiter la province, ce n’est pas pour avoir les inconvénients de Paris.

--Et puis à Paris on peut vivre vingt ans sur le même palier sans se connaître.

--Dieu sait que ce n’est pas la même chose en province!

--Malheureusement l’appartement me semble bien petit.

--Dans la position de mon mari, nous ne pouvons pas nous dispenser de recevoir.

--Si au moins il y avait une porte à deux battants entre le salon et la salle à manger...

--En somme, madame, il n’y a que deux marches à monter, et le service se fait très facilement par le corridor.

--Il faudrait pouvoir loger ici la belle console.

--Oui, mais le commandant n’avait pas de piano.

--Si vous preniez l’appartement, on s’entendrait toujours pour les papiers.

--Crois-tu, Émile, que les grandes potiches japonaises que tu m’as rapportées du Louvre...

--On en sera quitte pour mettre le portrait de parrain dans mon cabinet.

--Son portrait en conseiller de préfecture? Mieux vaudrait celui de ta mère.

--Madame aurait bien des commodités avec tous ces placards.

--Si les Barbotin nous tombent comme l’été dernier, en même temps que les Giloteux...

--On a toujours la ressource de dresser un lit dans le cabinet de toilette.

--Et puis après tout, ma bonne amie, il y a des hôtels.

--Vous avez le boucher à deux pas, et la boulangère est en face.

--Si on a du monde au dernier moment, et qu’il faille courir...

--Je trouve qu’on est bien peu chez soi dans le jardin.

--Oh! quand le chèvrefeuille sera poussé...

--D’ailleurs vous n’aurez pas à vous plaindre du voisinage: une dame en deuil, très convenable, avec deux petits garçons au lycée.

--Voici le petit endroit; si vous voulez vous rendre compte comment ça fonctionne?

--Dame, c’est une chose qui est bien aussi à considérer.

--Tu sais comme ta tante Anna est désagréable.

--Quant à ça, madame peut être tranquille, le commandant était un homme très propre.

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