‹ Le Pèlerin du silenceChapitre 8 sur 16 · I

I

Le rideau se déchire et fuit comme les vrais brouillards formés pendant la nuit et que déconcertent, au matin, les premiers gestes de la lumière.

Alors on voit un paysage d'hiver.

Les montagnes de l'horizon s'éveillent en l'attitude d'une femme couchée, nue et frissonnante; les mains croisées, sous la nuque, le flanc surélevé en forme de dôme; un torrent d'argent bleu descend du front et des épaules.

Doucement, avec des précautions insidieuses, le ciel s'avive; la ligne du dôme animée d'un peu de violet, le sein, pivoine qui va s'ouvrir, éclate soudain en halo de pourpre; tout le corps de l'idole saigne sous les griffes du lion, et la crinière surgit, les naseaux étincellent, les yeux fulgurent.

Le lion gravit le ciel et se perd dans les bras des nuées qui se disputent l'amant royal; les nuées victorieuses déroulent un nouveau rideau dont les brumes troublent l'image du monde.

Page 1