Chapitre 17 Pauvre petite !
Il y a deux jours que Lili n’a pas embrassé maman, et son petit cœur qui avait aimé tout de suite, comme une poupée plus fragile que les autres, la sœurette « neuve », s’inquiète. Elle croyait que la poupée était pour elle, mais elle sait maintenant que c’est maman qui s’amuse tout le temps avec elle, tellement qu’elle ne s’occupe plus de Lili. Elle a pris son bain et maman n’est pas venue, comme à son habitude, faire gicler l’eau de l’éponge sur les épaules de Lili, comme Lili aime tant ça. Elle n’a pas apporté la robe frais empesée qui fait pousser à Lili des petits cris quand ses boucles se prennent dans la dentelle raide. Et Lili est devenue maintenant la petite fille de la bonne. C’est Doudou qui la peigne, et on dirait que la brosse de crins souples se change en chiendent dans sa main forte. Lili, qui veut bien être sage sait quand même que son ruban est mal noué et que le bout tombe sur son œil qui louche ; elle le relève, tout le temps, de sa menotte impatiente.
La toilette est finie et maman n’est pas venue. C’est trop fort : Lili sent bien qu’elle ne va plus aimer la petite sœur qui prend toute la place. Car elle ne voit plus papa non plus.
Mais voilà qu’il entre vite, sans voir Lili, dans la chambre de maman. Lili met son œil à la serrure. C’est mal, mais pourquoi l’oublie-t-on ?
Oh ! qu’est-ce qui se passe ? Maman est-elle méchante ? Voilà papa qui pleure, pleure et qui pleure encore plus fort quand l’infirmière demande : « Que vais-je dire à Lili ? » et que le monsieur tout noir qui ressemble à M. le curé répond : « Dites-lui que sa maman est au ciel. »
Alors Lili court vite retrouver Doudou et lui dit : « Mène-moi tout de suite au ciel. »
Comme Doudou, qui sanglote, répond qu’elle ne peut pas, Lili sait bien qu’on veut lui voler sa maman…
Et elle, si sage, elle a battu Doudou.
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