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Chapitre 31 L’affiche tutélaire

« On ne coiffe que les enfants accompagnés

de leurs parents »

Si vous n’avez jamais vu cette affiche c’est que vous ne fréquentez pas chez Chapedelin. Elle s’étale, en belles lettres rondes bordées de rose, qu’on dirait écrites avec du ruban ; en lettres comme seules peuvent encore en faire quelques nonnes appliquées au fond d’un couvent. C’est en effet, une religieuse qui, poussée par les scrupules d’une conscience délicate a tracé cette affiche pour Chapedelin.

Et surtout si vous devez un jour conduire votre fils chez Chapedelin qui taille suivant toutes les coupes, les plus savantes, comme les plus vulgaires, tenez compte de son inexorable avis et soyez le témoin humble et pestant des pleutres hurlements de votre progéniture quand l’x grand ouvert des ciseaux menacera ses oreilles. Cet avis a son secret, Chapedelin son mystère. Je m’en vais vous les narrer tels que je les tiens d’un rare initié.

Il y avait donc une fois dans un certain « jardin de l’enfance » un petit blondin de six ans qui s’appelait Jean. Il était intelligent et docile, deux qualités qui se marient assez rarement chez les enfants. Cette heureuse rencontre et sa frimousse agréable suffirent à convaincre la directrice de l’école qu’il tiendrait excellemment le rôle de dominicain dans la pièce qu’on devait jouer à la fin de l’année.

Je vous ai dit que Jean était intelligent et docile. Ce fut donc peu de chose que de le prendre de jouer son rôle jusqu’au bout. Il fut convenu que la veille de la séance, il serait monastiquement tonsuré par Chapedelin, qui servait le clergé de la paroisse depuis vingt ans. Il en serait quitte pour garder la maison ou son chapeau pendant 24 heures, après quoi la tondeuse ferait disparaître la couronne capillaire et lisserait le crâne de Jean comme un œuf.

Le matin dit, la bonne directrice téléphona :

— M. Chapedelin, il est dix heures. Dans un moment « mon acteur » sera chez vous. Je lui ai promis que vous feriez diligence pour éviter qu’il soit remarqué.

— Très bien, ma Sœur ; je l’attends.

Chapedelin venait à peine d’accrocher le récepteur qu’un enfant aux yeux d’anthracite, à la chevelure crépue et nouée entrait dans l’établissement et se hissait sur l’un des fauteuils à bascule.

Chapedelin vous empoigne sa tondeuse qui mord à belles dents dans la toison. En un tour de main il vous avait fait de son client un novice accompli. Celui-ci paraissait de plus en plus timide à mesure que la tonte avançait, et ne soufflait pas mot. L’opération terminée, débarrassé de la lavette, il tendit à Chapedelin 15 sous enveloppés dans un papier, mais sur geste négatif du barbier, il les réintégra vivement dans son gousset. Cinq minutes passèrent dans un silence qui n’était rompu que par le cri-cri des rasoirs attaquant la barbe de deux clients affalés. Soudain Chapedelin perçoit des exclamations exhalées d’un gosier qui n’avait rien de canadien, un gosier gras, un gosier sentant l’ail si l’on peut dire. Il se retourne pour voir une matrone juive qui pousse devant lui, horrifiée, un dominicain en culottes.

Chapedelin se gratte la tête vivement, comme il fait quand il est très embarrassé.

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C’est depuis le lendemain que règne, au-dessus de la théorie des fioles parfumées, en plein milieu du grand miroir biseauté, l’avis que je vous ai transcris plus haut.

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