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Chapitre 6 « Santa Claus »

Hier, mon filleul Toto, ayant cassé un verre de Bohème, inondé de soupe la nappe et maculé de deux taches la jaquette des dimanches à son papa, allait faire la petite scène que Sainte-Beuve aimait parce que c’est le moment où on emporte les enfants, quand sa maman lui dit :

— Va, mon Chouchou, va chercher ta lettre de Noël pour la montrer à parrain.

Toto soudain calmé, me revint, une minute après, tapant le parquet de ses talons neufs et tenant des deux mains une feuille de papier, étoilée de pâtés d’encre, où sa grosse écriture, à peine différente des bâtons primitifs, avait inscrit ses desiderata.

La liste en était longue, la jeune expérience de mon filleul sachant déjà que le Bonhomme Noël est généreux… pour les enfants des riches. Comme je la parcourais, tachant d’y dénicher un cadeau assorti à la bourse du parrain, je remarquai l’en-tête en orthographe réformée : À meusieu Centa-Classe.

— Quel est ce monsieur à qui tu t’adresses ? dis-je.

— C’est lui, tu sais, qui donne les joujoux.

— Mon cher filleul, je croyais que Santa-Claus allait dans Westmount chez les petits Anglais.

De mon temps, les petits Canadiens étaient plus patients que toi. Ils attendaient, huit jours plus tard que le Xmas, le passage du père Noël, un bon vieux type de trappeur. Même on nous racontait que celui-ci était accompagné d’un autre vieillard, bien méchant, le père Fouettard, qui laissait des verges aux enfants pas sages.

Toto, si tu veux que parrain obtienne pour toi un beau cheval mécanique, change l’adresse de ta lettre, et ajoute un post-scriptum où tu demanderas des verges pour papa et maman. Ils le méritent bien, va, pour anglifier ta petite imagination, en profanant nos belles légendes.

Et Toto a tout de suite, devant son père et sa mère vexés, rédigé mon post-scriptum.

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