XVII
--Eh bien? demanda la marquise de Chevonceux au comte qui venait de se jeter dans une bergère.
C’était le lendemain de la conversation entre le père et le fils.
--Eh bien, avez-vous parlé au vicomte?
--Je ne me suis pas encore nettement expliqué avec Max, il est un peu souffrant ces jours-ci et garde la chambre.
--Alors, vous n’avez rien dit?
--Peu de chose, j’ai laissé entrevoir.
--Et qu’a-t-il répondu?
--Entre nous, marquise, je le crois ravi.
--Vraiment.
--Oui, et cependant j’ai été fort circonspect à cause de l’état dans lequel il est.
La marquise jeta un coup d’œil en dessous au comte de Tressang, le bon père était impassible.
--Ma fille ne sait rien encore, dit la marquise (Henriette, en effet, était censée tout ignorer); puis-je en dire quelques mots.
--Oh! pas encore, dit le comte; dans quelques jours.
--Comte, vous me cachez quelque chose.
--Marquise...
--Soyez franc.
--Eh bien, tenez, je vais l’être.
--Il y a donc quelque chose?
--Je n’en suis pas sûr, je le crains seulement.
--Et ce serait?....
--Dois-je tout dire?
--Dites.
--Eh bien, je crois qu’il y a une amourette sous jeu. Je n’en suis pas certain cependant, mais demain je saurai au juste à quoi m’en tenir.
--Alors je ne dirai rien à Henriette.
--Non, d’ici quelques jours, ce serait plus prudent; mais soyez sans crainte, vous avez ma parole, marquise, mon fils ne m’y fera pas manquer.
--Oh! alors j’en parlerai à Henriette.
--Tu veux savoir de quoi il retourne, vieille rusée? pensait le comte, tu ne sauras rien.
--Au fait, oui, dit-il, il n’y a nul inconvénient.
--Je me suis trompée, pensa la marquise, il m’a dit la vérité, je vais tout dire à Henriette.