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Chapitre 16 La propriété contre la personne humaine

Dans une civilisation aussi matérialiste, fondée non pas sur l’individu, mais sur la propriété, il est inévitable que cette dernière soit mieux défendue que la personne humaine, et que les crimes contre la propriété soient stigmatisés de façon plus exemplaire que ceux commis contre l’homme. Si un mari bat sa femme, s’il lui arrive de lui casser quelques côtes, tout cela n’est que du très banal, comparé au fait de dormir à la belle étoile parce qu’on n’a pas assez d’argent pour entrer à l’asile. Le gosse qui vole quelques poires à une très florissante compagnie de chemins de fer constitue une bien plus grande menace contre la société que la jeune brute qui, sans aucune raison, se livre à des voies de fait contre un vieillard de plus de soixante-dix ans. La jeune fille qui s’installe chez une logeuse en prétendant qu’elle a du travail, commet une faute si grave que, si on ne la punit pas sévèrement, elle et toutes celles de son espèce pourraient jeter par terre les fondements de cette fabrique de propriétés qu’est devenue notre société. Par contre, si elle se promène dans un but peu avouable sur Piccadilly ou sur le Strand passé minuit, la police fermera les yeux, et elle n’aura aucune difficulté à payer son loyer.

Les exemples suivants sont tirés des rapports de police d’une seule semaine :

Tribunal de Police de Widness. Devant les Conseillers Municipaux Gossage et Neil, a comparu Thomas Lynch, accusé d’ivresse et de désordres sur la voie publique, et d’avoir attaqué un agent de police. L’accusé a été complice de l’évasion d’une femme appréhendée par l’agent en question – de plus, il lui a donné des coups de pied, et lui a jeté des pierres. Condamné à verser 3 shillings 6 pence pour le premier motif, et 10 shillings plus les frais pour les voies de fait.

Tribunal de Police de Queen’s Park, à Glasgow. Devant le Magistrat Norman Thompson, a comparu John Kane, coupable d’avoir battu sa femme. Il a déjà eu cinq condamnations antérieures pour le même motif. Condamné à 2 livres, 2 shillings.

Tribunal des Petites Instances de Taunton. John Painter, un grand gaillard de forte carrure, manœuvre, accusé d’avoir battu sa femme. Celle-ci a eu les deux yeux pochés, et le visage sérieusement contusionné. Condamné à verser une livre et huit shillings, frais compris, sous promesse qu’il ne recommencera plus.

Tribunal de Police de Widness. Richard Bestwick et George Hunt, accusés d’avoir enfreint la loi sur les jeux. Hunt a été condamné à une livre plus les frais, Bestwick, à deux livres plus les frais. Par défaut, un mois de prison.

Tribunal de Police de Shaftesburry. A comparu devant M. le Maire, M. Carpenter, Thomas Baker, accusé d’avoir dormi à la belle étoile. Quinze jours de prison.

Tribunal de Police de Glasgow. A comparu devant le Bailly Dunlop, Edward Morrison, un jeune garçon reconnu coupable d’avoir volé quinze poires sur un camion stationné devant la gare. Huit jours de prison.

Tribunal de Dunfermline. Devant le Chef de Police Gillespie, John Young, un mineur de fond, a été reconnu coupable de s’être battu avec Alexander Storrar, d’avoir frappé ce dernier à la tête, de l’avoir roué de coups sur tout le corps et, l’ayant jeté à terre, de l’avoir frappé avec un poteau de mine. Condamné à une livre.

Tribunal de Police de Kirkealdy. A comparu devant le Bailly Dishart, Simon Walker, reconnu coupable de s’être battu contre un homme qui ne lui demandait rien. Le juge a traité l’accusé de danger public. Condamné à trente shillings.

Tribunal de Police de Mansfield. Devant monsieur le Maire, et messieurs F.J. Turner, J. Whittaker, F. Tidsburry, E. Holmes et le docteur R. Nesbitt, a comparu Joseph Jackson, accusé d’avoir violenté Charles Nunn. Sans aucune provocation, le défendant a frappé le plaignant d’un violent coup au visage, ce qui a eu pour effet de le faire tomber. Puis, lorsqu’il a été à terre, il l’a roué de coups de pied à la tête jusqu’à perte de connaissance. Le plaignant est resté une quinzaine sous surveillance médicale. Une amende de 21 shillings.

Tribunal de Police de Perth. Devant le Chef de la Police Sym, a comparu David Mitchell, accusé de braconnage. Deux condamnations précédentes, la dernière remontant à trois ans. Le Chef de Police a été prié d’être indulgent envers Mitchell, qui a soixante-six ans, et qui n’a opposé aucune résistance aux gardes-chasses qui venaient l’appréhender. Quatre mois de prison ferme.

Tribunal de Police de Dundee. Devant le Chef-Adjoint de la police, l’honorable R.C. Walker, ont comparus John Murray, Donald Craig et James Parkes, accusés de braconnage. Craig et Parkes ont été condamnés chacun à une livre d’amende et à quinze jours de prison, tandis que Murray écopait de cinq livres et d’un mois de prison.

Tribunal de Police de la ville de Reading. Devant messieurs W.B. Monck, F.B. Parfitt, H.M. Wallis, et G. Gillagan, a comparu Alfred Masters, seize ans, accusé d’avoir dormi sur un terrain vague, et de n’avoir aucun moyen visible d’existence. Huit jours de prison.

Sessions du Tribunal de la Ville de Salisbury. Devant monsieur le Maire, messieurs C. Hoskin, G. Fullford, E. Alexander et W. Marlow, a comparu James Moore, accusé d’avoir volé une paire de bottes à l’extérieur d’une boutique. Trois semaines de prison.

Tribunal de Police de Horncastle. Devant le Révérend W.P. Massingberg, le Révérend J. Graham et M. N. Lucas, Calcraft, a comparu George Brackenbury, un jeune travailleur, accusé de ce que les juges ont caractérisé comme « des voies de fait brutales et sans provocation » sur la personne de James Sargeant Foster, un vieillard de plus de soixante-dix ans. Condamné à une livre d’amende, plus 5 shillings six pence de frais.

Sessions du Tribunal de Worksop. Devant messieurs F.J.S. Foljambe, R. Edison et S. Smith, a comparu John Priestley, accusé de voies de fait contre la personne du Révérend Leslie Graham. L’accusé, qui était ivre, poussait devant lui un landau qu’il jeta contre un camion en marche. Le landau s’est retourné, et le bébé qui était dedans a été projeté dans la rue. Le camion est passé sur le landau, mais le bébé n’a pas été blessé. L’accusé s’est alors jeté sur le conducteur du camion, puis sur le plaignant, qui tentait de s’interposer. Par suite des blessures que lui a faites l’accusé, le plaignant a dû aller consulter un médecin. Condamné à 40 shillings, plus les frais.

Tribunal de Police de la division administrative du Comté de Rotherham Ouest. Devant messieurs C. Wright, G. Pugh et le Colonel Stoddart, ont comparu Benjamin Storey, Thomas Brammer et Samuel Wilwock, accusés de braconnage. Condamnés à un mois de prison chacun.

Tribunal de Police de la Ville de Southampton. Devant l’Amiral J.C. Rowley, monsieur H.H. Culme-Seymour et d’autres juges, a comparu Henry Thorrington, accusé d’avoir dormi dans les rues. Huit jours de prison.

Tribunal de Police d’Eckington. Devant le Maire, L.B. Bowden, devant messieurs R. Eyre et H.A. Fowler et le Docteur Court, a comparu Joseph Watts, accusé d’avoir volé neuf plants de fougères dans un jardin public. Condamné à un mois de prison.

Sessions du Tribunal de Ripley. Devant messieurs J.B. Wheeler, W.D. Bembridge, et M. Hopper, ont comparu Vincent Allen et George Hall, accusés d’avoir été trouvés en possession de lapins. Ils tombent sous le coup de la Loi contre le Braconnage, ainsi que John Sparham, qui les a aidés et qui est accusé de complicité. Hall et Sparham sont condamnés à une livre, dix-sept shillings et quatre pence, tandis qu’Allen est condamné à deux livres, dix-sept shillings et quatre pence, frais compris. À défaut de non-paiement, les amendes seront commuées en quinze jours de prison ferme pour les deux premiers, en un mois de prison ferme pour le troisième.

Tribunal de Police du Sud-Ouest de Londres. Devant monsieur Rose, a comparu John Probyn, accusé d’avoir grièvement blessé un agent de police. Le prisonnier avait battu sa femme, et avait frappé une autre femme qui s’était élevée contre sa brutalité. Et tandis que l’agent de police s’efforçait de le faire rentrer chez lui, le prisonnier s’est retourné contre lui, sans aucune provocation de la part de l’agent. Il l’a jeté par terre, a continué à le battre alors qu’il gisait sur le sol, et a même essayé de l’étrangler. Pour finir, le prisonnier a frappé l’agent sur une partie sensible de son individu, lui occasionnant une blessure qui a contraint ce dernier à cesser ses fonctions pendant quelque temps. Condamné à six semaines de prison.

Tribunal de Police de Lambeth, Londres. Devant Mr. Hopkins, a comparu « Baby » Stuart, âgée de dix-neuf ans, qui nous a dit être girl de music-hall, accusée d’avoir obtenu de la nourriture et un logement, le tout pour une valeur de cinq shillings, par des moyens frauduleux, et d’avoir eu l’intention manifeste d’escroquer Emma Brasier. Emma Brasier, la plaignante, est gardienne d’une maison à caractère locatif dans Atwell Road. L’accusée a pris un appartement chez elle en alléguant qu’elle était employée au Théâtre de la Couronne. Après que l’accusée eut passé deux ou trois jours chez elle, madame Brasier a fait une enquête. Elle a ainsi découvert que l’histoire que lui avait racontée la fille était fausse. Elle nous a demandé de l’arrêter. L’accusée a prétendu devant le juge qu’elle aurait eu du travail si elle n’avait pas été en aussi mauvaise santé. Six semaines de travaux forcés.

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