‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 40 sur 83 · 9.1

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Yvonne Dewhurst passa toute la journée sur le pont de ce bateau qui l’éloignait à chaque minute davantage de son foyer et de son bonheur. Elle parla peu, mangea et but ce qu’on plaçait devant elle. Insensible au froid, à l’humidité et à l’inconfort, elle était assise sur une pile de cordages à l’avant du bateau.

Au jour succéda le crépuscule, puis la nuit. Yvonne, toujours immobile, regardait droit devant elle, perdue dans ses pensées tristes.

Ceci ne pouvait pas être la fin… C’était impossible ! Tout son bonheur, l’amour et la présence de son jeune mari qu’elle adorait, tout cela ne pouvait pas lui être ravi ainsi, sans le moindre avertissement du destin. Cet affreux voyage pour une destination inconnue ne pouvait pas être l’épilogue de sa merveilleuse histoire qui avait transformé sa vie comme par enchantement. Non ! ceci ne pouvait pas être la fin.

Fixant l’immensité du ciel, elle songeait à tout cela, se remémorant les douces paroles, les regards, le sourire de son cher mari. Et contre le fond sombre de la mer, elle eut comme la vision de ce mystérieux ami, de cet homme qui savait tout, qui avait prévu tout ce qui allait arriver. Si seulement elle et son mari avaient pu réaliser toute la portée du danger qui les menaçait ! Mais sûrement, sûrement cet ami les aiderait et, lui, saurait quoi faire. Lord Tony en avait toujours parlé comme d’un personnage omniscient et doué de pouvoirs extraordinaires.

Une ou deux fois durant la journée, M. de Kernogan était venu s’asseoir auprès d’elle, essayant de lui parler ou de la réconforter un peu. Depuis qu’il se trouvait en pleine mer, loin de tout, de sa maison et des siens, le duc s’était mis à réfléchir et maintenant il ressentait d’affreux remords pour tout le mal qu’il faisait à son unique enfant, dont la mère, si aimante et si bonne, reposait dans le cimetière de Kernogan. Le froid, l’inconfort de cette longue traversée et une sensation d’un profond isolement avaient diminué la fierté et l’obstination du duc, et son sens des responsabilités vis-à-vis de son Roi avait faibli devant celui d’un père en face de sa fille en détresse.

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