‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 42 sur 83 · 9.3

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Après cette scène, le duc de Kernogan et sa fille ne le virent qu’une fois, d’assez loin, sur le pont, en compagnie d’un homme de petite taille et qu’ils n’avaient jamais vu auparavant.

Les deux infortunés surprirent malgré eux certaines phrases de la conversation des deux hommes. Il était question que leur bateau n’aborderait pas à Nantes, car sur l’ordre du proconsul Carrier, la navigation était interdite sur la Loire. Il avait besoin de ce fleuve pour perpétrer ses monstrueux forfaits. La pauvre Yvonne dut également écouter ces abominables histoires où il était question des noyades de si tragique renommée.

La nuit était devenue si froide que la jeune femme craignait que son père ne tombe sérieusement malade, aussi lui suggéra-t-elle de descendre dans leurs cabines malgré leur exiguïté. Après tout, leur atmosphère nauséabonde était encore préférable à la promiscuité de ces deux individus qui se complaisaient à ces récits d’horreurs.

Durant les deux dernières heures du voyage, le père et la fille demeurèrent assis dans la cabine, étroitement serrés l’un contre l’autre. Elle avait tout à lui pardonner et lui, tout à se faire pardonner. Mais Yvonne était si malheureuse et sa douleur était si aiguë qu’elle trouvait dans son cœur de la pitié pour son père, dont la souffrance devait être encore tellement plus grande que la sienne. La suprême consolation de pouvoir dispenser l’amour et le pardon à cet homme sur le bord de la folie lui réchauffait le cœur et fut comme un sursis accordé à son propre chagrin.

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