‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 7 sur 83 · 1.1

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Par une sombre fin d’après-midi de novembre, à l’heure où, venant de la Manche, le brouillard étend son triste manteau sur les marais, les vallées et les collines et où les derniers feux du coucher de soleil hivernal s’estompent vers l’ouest, deux hommes chevauchaient sur une route solitaire.

— Sûrement nous ne pouvons plus être très loin maintenant ? dit l’un.

— Encore un peu de patience, m’sieu ; vingt minutes, et nous sommes arrivés.

— Vingt minutes, mordieu ! s’exclama l’autre. Je suis en route depuis ce matin, et tu m’avais dit que ce n’était pas loin.

— Ce n’est pas loin, m’sieu, mais nous ne sommes pas des cavaliers ni vous ni moi, et nous avançons lentement.

— Comment monterais-je mieux une bête si lourde ? Et en plus, dans cette satanée boue où mon cheval enfonce jusqu’aux genoux. Moi-même je suis trempé jusqu’aux os dans votre sale brouillard.

L’autre ne répondit pas. Il était en effet peu enclin à la conversation et toute son attention paraissait concentrée sur le simple fait de se maintenir en selle et de garder sa monture dans la bonne direction. Il marchait quelques mètres en avant de son compagnon, se tenant maladroitement sur le cheval, les épaules voûtées, la tête projetée en avant, les genoux tournés vers l’extérieur. Ses mains s’accrochaient tantôt aux rênes, tantôt au pommeau de la selle dans un geste ridicule, propre à ceux qui ne savent pas monter. Son aspect, comme d’ailleurs son bizarre accoutrement (une vareuse d’ouvrier, un mauvais chapeau, un pantalon de velours très usagé et des bottes de pêcheur) dénotaient le vagabond qui traîne dans les cours d’auberges et relais de poste le long des routes, guettant l’occasion de gagner quelques sous par un travail qui n’exige aucun effort pénible et qui ne risque pas de l’entraîner trop loin de ses lieux d’élection. Son parler grasseyant, chaque fois qu’il ouvrait la bouche, révélait un individu originaire de l’ouest du pays.

Son compagnon, par contre, était de toute évidence un étranger. Il était grand, fortement charpenté, avec de larges épaules, de grandes mains et de grands pieds. Une tête carrée sur un cou épais et court, tout dénotait le physique d’un homme de la classe ouvrière, tandis que ses vêtements élégants (un grand manteau à cape admirablement coupé, des culottes de peau et une paire de bottes en beau cuir) dénotaient sinon un gentilhomme, du moins quelqu’un d’une classe aisée. Plus adroit à se maintenir en selle que l’autre, il ne semblait pas cependant tout à fait à son aise, bien qu’il fît de très gros efforts pour paraître un honnête cavalier, en train de faire sa promenade dans une des rues élégantes de la ville. Son anglais était courant, mais accusait parfois un fort accent français.

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