‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 8 sur 83 · 1.2

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Les deux hommes avaient emprunté une route secondaire, une bifurcation de l’artère principale qui menait de Bath à Weston. Autrefois, il y a cinquante ans peut-être, cette route servait au trafic intense des malles de poste desservant toute la région et principalement Chelwood, Redhill, le marché de Stanton et la foire à Norton. Depuis, les courriers ayant progressivement diminué, cette route, si belle autrefois, était tombée en désuétude. On avait négligé de la réparer et les trous et les crevasses innombrables l’avaient transformée en un chemin presque impraticable, aussi bien à cheval qu’à pied. De plus, une boue épaisse la recouvrait durant de longs mois de l’année. Tout y était à l’abandon.

Les alentours étaient aussi arides et désertiques que la route, l’atmosphère paraissait imprégnée d’une tristesse encore accrue par l’heure crépusculaire. On ne pouvait rien distinguer à travers le brouillard, mais tout laissait supposer que même en plein jour, il n’y avait pas plus de manifestation de vie que maintenant. Pas la moindre habitation à des lieues à la ronde ; le bétail n’y venait certes pas, car il n’y avait pas de prairies et, en dehors de quelques misérables touffes d’une herbe pauvre et, par-ci, par-là, quelques bouquets d’arbres chétifs, tout n’était que désolation dans cette région.

Dans certaines parties de l’Europe, notamment en Espagne du Nord, on trouve de vastes étendues de ce genre, mais en Angleterre leur rareté augmente encore l’impression de solitude totale. Cette partie du Somersetshire en était justement un exemple frappant, en cette année de grâce 1793. Malgré la proximité de la joyeuse ville de Bath, située à vingt milles seulement de là, et celle de Bristol, éloignée de trente milles, cette région était restée sauvage et perdue dans son isolement sévère, tout imprégnée de sa primitive grandeur.

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