‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 70 sur 83 · 7.3

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Les mots de police et de « Marat » avaient semé une profonde panique parmi tous ces oiseaux de nuit qui se croyaient à l’abri dans leur repaire, et la peur est toujours mauvaise conseillère. En l’espace de quelques instants, il régna la confusion la plus complète. Chacun croyant que son voisin voulait l’attaquer, frappait le premier. Partout retentissaient des cris, des injures : « Espion ! Traître ! Marat ! » Les enfants et les femmes mêlaient leurs voix aiguës à ce concert de hurlements et d’imprécations.

Bien avant que la bagarre éclatât, Paul Friche avait senti le vent tourner contre lui, et agile comme un singe, il s’était frayé un chemin jusqu’au comptoir sur lequel il s’était hissé. Dominant la foule et se servant maintenant de bouteilles et de verres comme projectiles contre ses assaillants, il avait l’avantage de sa position.

— À la Loire ! Traître ! Menteur ! criaient les autres en le menaçant du poing et en essayant de s’approcher du comptoir.

— Assommons-le avant qu’il puisse nous dénoncer et appeler au secours, lançaient ceux qui se trouvaient à l’arrière.

Mais pour l’instant, grâce à ses projectiles et à quelques bons coups de sabot distribués par-ci par-là, Friche tenait tête à cette foule déchaînée.

— Ah ! vous voulez me casser la figure, hurla-t-il en assenant un furieux coup de son poing, armé d’un pot d’étain, sur un homme qui s’était avancé un peu trop près de lui, eh bien ! toi, va te faire réparer le crâne, maintenant.

Les Lemoine, terrés derrière le comptoir, hurlaient plus fort que les autres, en essayant de protester contre ces « imbéciles » qui allaient pour sûr attirer la police.

— Allons, allons, les enfants, suppliaient-ils. Arrêtez-vous. Il n’y a pas d’espions ici. Paul Friche a seulement voulu faire une plaisanterie. Tout le monde se connaît chez nous. Ça va mal finir.

Mais rien, maintenant, ne pouvait plus apaiser l’excitation générale qui augmentait de minute en minute. Il semblait que l’explosion de haine contre Friche eût été le point de départ d’une sorte de règlement de comptes collectif. On ravivait d’anciennes querelles et de vieilles rancunes. Il s’ensuivit une effroyable bagarre où furent échangés des coups de poing et même des coups de couteau.

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