‹ Le rire du Mouron RougeChapitre 81 sur 83 · 9.5

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Personne ne répondit. On eut l’impression qu’un fantôme venait de passer au milieu de ces gens, les glaçant de cette peur que suscite toute manifestation surnaturelle ou inexplicable.

On entendait encore dans le lointain le roulement du carrosse, à peine perceptible maintenant dans la nuit.

— N’y a-t-il personne pour m’expliquer enfin ce qui se passe ici ? demanda Lalouët avec impatience. Le citoyen Fleury est-il là ?

Ne recevant toujours aucune réponse, il ajouta avec brusquerie :

— Hep, là-bas ! Êtes-vous des sourds-muets et des imbéciles, qu’aucun de vous ne puisse répondre ?

Une voix timide s’éleva de la foule :

— Le citoyen proconsul était ici il y a encore un instant… nous l’avons tous vu et entendu, et le citoyen Lalouët l’accompagnait…

Une imprécation l’arrêta net, et quelqu’un d’autre reprit :

— Nous aurions tous pu jurer que nous t’avons vu, citoyen Lalouët, ainsi que le citoyen proconsul. Il est monté dans la voiture avec… enfin avec quelqu’un qui semblait être toi… et ils sont partis…

— C’est une ignoble plaisanterie, cria le jeune homme en proie à une violente colère. Je puis vous assurer que le citoyen Carrier est dans son lit ; quant à moi, je viens à l’instant de sortir de la maison… Nom d’un chien, suis-je là debout devant vous, oui ou non ?

Il s’arrêta, ayant brusquement compris. Il revoyait dans un éclair tous les événements qui s’étaient déroulés tout le long de la journée et qui trouvaient leur aboutissement dans ce gigantesque tour d’escamotage.

— Chauvelin ! cria-t-il, où diable est le citoyen Chauvelin ?

Mais Chauvelin avait disparu. Complètement anéanti, il avait fui, aussi rapidement que ses jambes flageolantes le lui permettaient, ce lieu, témoin d’une nouvelle défaite éclatante.

Carrier fit fouiller toute la ville et, pendant quelques jours, les aristocrates et les rebelles furent laissés en paix. Mais c’est en vain qu’on rechercha cet homme de petite taille dont les yeux perçants avaient été incapables de reconnaître sous le déguisement du répugnant sans-culotte Friche, le dandy le plus raffiné de la haute société anglaise, et dont le cerveau si ingénieux n’avait pu deviner que sous les traits de Carrier et de Lalouët, se cachaient son vieil ennemi Sir Percy Blakeney et l’adorable jeune femme de Lord Anthony Dewhurst.

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