9.4
Chauvelin, s’appuyant sur Martin-Roget, traversa en boitillant la place où la foule s’était reformée. Tous se demandaient ce que signifiait le départ précipité du proconsul, alors que les traîtres étaient toujours sur l’île et que leur capture certaine constituerait un des grands événements de la ville.
— Je pense, dit Martin-Roget, que nous ferions mieux d’aller nous coucher et de laisser Fleury s’occuper du reste. Les Anglais ne seront peut-être pas arrêtés avant quelques heures et je tombe de fatigue.
— Fais ce que tu veux, citoyen, répondit Chauvelin sèchement, moi je resterai ici jusqu’à ce que je voie ces maudits Anglais aux mains du capitaine Fleury.
Soudain, Martin-Roget saisit le bras de son compagnon en chuchotant :
— Écoute ! n’entends-tu pas ?
Chauvelin tendit l’oreille et ses genoux faillirent se dérober sous lui.
— Qu’est-ce que cela signifie ? reprit Martin-Roget vivement intrigué ; on dirait la voix du jeune Lalouët.
Chauvelin ne répondit rien. Oubliant ses douleurs, il retraversa la place et courut jusqu’à l’hôtel de la Villestreux d’où avait jailli la voix familière.
Le jeune Lalouët, car c’était incontestablement lui, se tenait près de la porte, éclairé par une lanterne et entouré de quelques passants. Les premiers mots que Chauvelin entendit furent :
— Vous êtes tous fous… ou ivres. Le citoyen proconsul est en haut dans sa chambre… et il vient de m’envoyer pour savoir ce qu’il y a de nouveau au sujet de ces espions anglais…