Scène XVI.
MARINETTE, CAMILLE, DUMARSAY, FAYENSAL, THOMAS,
SÉRIGNY, ARTHUR.
FAYENSAL, entrant en se disputant avec Thomas.
Mes quinze louis, monsieur, rendez-moi mes quinze louis !
THOMAS, la robe sur le dos, le bonnet sur la tête.
De quoi ?… Vous me faites travailler, et vous voulez que je rende l’argent ?
ARTHUR et MARINETTE, à part.
Frontin !
DUMARSAY.
Qu’y a-t-il ?
FAYENSAL, à Dumarsay.
Eh bien ! il est gentil votre avocat !
DUMARSAY.
Mon avocat !… (À part.) Ah ! mon Dieu ! moi, qui ai oublié…
FAYENSAL.
Un âne ! une bûche !… qui me fait perdre mon procès et veut garder mon argent !
ARTHUR.
Comment ! j’ai gagné !
THOMAS, plaidant.
Rétablissons les faits : Je descendais le petit escalier, affublé de cette robe, qui me gênait beaucoup pour marcher… Tout au bas, je rencontre monsieur…
FAYENSAL, de même.
Deux heures sonnaient ; je lui crie : Est-ce vous ?
THOMAS.
Je lui réponds, c’est moi.
FAYENSAL.
Je lui demande s’il est prêt à plaider…
THOMAS.
Je lui réponds : À mort !… J’avais l’uniforme.
FAYENSAL.
Pour éviter les lenteurs, je lui mets quinze louis dans la main.
THOMAS.
Pour éviter les lenteurs, je les mets dans ma poche.
FAYENSAL.
Chemin faisant, je lui touche quelques mots de l’affaire.
THOMAS.
Chemin faisant, comme il m’ennuyait beaucoup, je lui dis : Ça me suffit.
FAYENSAL.
L’audience s’ouvre.
THOMAS.
Je vois une douzaine de messieurs très bien, derrière un grand comptoir, je salue tout ça.
FAYENSAL.
La partie adverse commence son plaidoyer.
THOMAS.
Mon confrère, quoi, mon confrère…
FAYENSAL.
Monsieur n’a pas l’air d’en saisir un mot.
THOMAS.
Je crois bien ; elle bégayait, la partie adverse.
FAYENSAL.
Tout à coup, monsieur lève l’oreille. L’adversaire concluait par ces mots : « Toute la question du procès repose sur l’absence d’un des héritiers, filleul du testateur, le nommé Thomas… Que Thomas se présente, et il n’y a plus de procès. »
THOMAS.
Thomas !… que je m’écrie… ! Vous demandez Thomas de Poissy ? il n’y a plus de procès avec Thomas… Eh bien ! quoi ! le voilà Thomas… Je vous l’apporte, je vous le sers, faites vot’ bonheur !
ARTHUR, à part.
Quelle audace !
MARINETTE, à part.
Il est capable de tout !
FAYENSAL.
Et voilà mon enragé de tribunal qui mord à l’incident et me condamne aux dépens ! (À Thomas.) Fi ! monsieur ! fi !
THOMAS.
Tiens ! Quand on m’a dit qu’il s’agissait d’un testament sur quoi j’étais couché, et pour mille pistoles encore… je n’ai fait ni une ni deux… je leur ai aboulé un tas de papiers que je n’y connaissais rien moi-même… Ils ont farfouillé… Ils ont trouvé mon passeport avec mon signalement… « Œil en amande, nez engageant… » (Il remet les papiers à Arthur qui les parcourt.) Et ils ont reconnu, en me reconnaissant, que vous me deviez mille pistoles depuis deux ans… Fi ! monsieur, fi !
UN HUISSIER, entrant par la droite, à Dumarsay.
Un messager extraordinaire de la part de monseigneur le régent.
DUMARSAY, vivement.
Un messager du régent !… je dois le recevoir au bas de l’escalier… Je reviens, messieurs, je reviens !
(Il sort à droite.)
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