‹ Le Roi des FrontinsChapitre 5 sur 32 · Scène V.

Scène V.

FAYENSAL, ARTHUR.

FAYENSAL.

Monsieur le comte Arthur de Bethmont.

ARTHUR.

Fayensal ! (À part.) Ici, ce fripon d’intendant !

FAYENSAL.

Lui-même… Achille sous la tente d’Hector.

ARTHUR.

Que voulez-vous ?

FAYENSAL.

Monsieur, c’est demain que notre procès doit être appelé.

ARTHUR.

Oui, c’est demain que vous serez condamné à me restituer…

FAYENSAL.

Oh ! oh ! oh ! comme vous y allez !… nous n’en sommes pas encore là, mon cher monsieur… Demain, nous ne plaidons encore qu’une question de forme.

ARTHUR.

La forme toujours la forme !

FAYENSAL.

Le fonds viendra plus tard… en son lieu… quand j’aurai fait vider trois ou quatre fins de non recevoir, cinq ou six petites nullités… sans compter quelques questions accessoires de résidence, de déchéance et de compétence… Alors, nous pourrons voir.

ARTHUR.

C’est trop fort ! Le testament de mon père n’est-il pas formel ? Vous le savez mieux qu’un autre, vous, qu’il a eu l’imprudence de nommer son exécuteur testamentaire : n’avez-vous pas à me restituer une fortune de deux cent mille écus ?

FAYENSAL.

Certainement ! je ne le nie pas ! Deux cent mille écus six sous et six deniers… Mais, mettez-vous à ma place :

AIR : Il ne saurait m’échapper, cette fois. (Grand Criminel.)

Vous connaissant pour un dissipateur,
Souvenez-vous que monsieur votre père,
Tant qu’il vécut, se fit un point d’honneur
De vous laisser presque dans la misère.
Il est mort, mais, auprès de vous,
Il m’a placé, comme un autre lui-même ;
Aussi, de tous ses droits jaloux,
J’accomplis un devoir bien doux,
En continuant son système,
Je continuerai son système !

ARTHUR, sévèrement.

Monsieur !…

FAYENSAL.

D’ailleurs, la loi est là… vous n’êtes pas seul héritier… il y a plusieurs legs à côté du vôtre… Savez-vous ce que la loi dit à ce sujet ?

ARTHUR.

Elle doit dire de partager à chacun selon ses droits.

FAYENSAL.

Oui… mais elle ajoute, cette bonne petite loi, que, pour que le partage ait lieu, il faut que tous les cohéritiers soient présens.

ARTHUR.

Eh bien ?

FAYENSAL.

Eh bien ! il en manque un… un filleul de monsieur votre père, couché sur son testament pour mille pistoles… et dont le domicile est inconnu.

ARTHUR.

Mais cherchez-le ce filleul, c’est votre état.

FAYENSAL.

Parbleu !… je l’ai cherché aussi, mais je ne l’ai pas trouvé. (À part.) C’est mon état aussi !

ARTHUR.

Et vous croyez que le Parlement jugera…

FAYENSAL.

Il jugera… qu’il faut l’attendre pendant cinq ans.

ARTHUR.

Et pendant cinq ans…

FAYENSAL.

J’aurai l’embarras de tous les biens de la succession… Je les administrerai en bon père de famille.

ARTHUR.

Mais c’est intolérable !

FAYENSAL.

Je le sais bien !… Aussi, je veux vous proposer une petite transaction.

ARTHUR.

Expliquez-vous.

FAYENSAL.

Selon toutes les prévisions, vous allez être condamné, faute de filleul, à cinq ans de mon administration forcée… Cinq ans !… vous concevez… ces choses-là… ça n’a pas de prix… Eh bien !… abandonnez-moi… Qu’est-ce que vous pourriez bien m’abandonner ?… Vingt mille écus… c’est pour rien et, je me fais fort de retrouver le filleul demandé, je l’amène aux pieds du tribunal, et je verse entre vos mains le surplus de l’héritage… Hein ?

ARTHUR, sévèrement.

Sortez, monsieur !

FAYENSAL.

Ah bah ! (À part.) Je le croyais plus délabré. (Haut.) Mais songez donc que j’ai le premier avocat du barreau… Lambert, le fameux Lambert… si célèbre pour avoir fait durer vingt-cinq ans une petite contestation sur un mur mitoyen… qui a eu le temps de tomber… et, pour conseil, pour ami, l’illustre Dumarsay, notre rapporteur.

ARTHUR.

Pour la dernière fois, monsieur, je ne compose pas avec la friponnerie… (Lui montrant la porte.) C’est par cette porte que vous êtes entré…

FAYENSAL.

Comme il vous plaira !… (À part.) Décidément, je le croyais plus délabré.

ENSEMBLE.

AIR : La colère m’exaspère.

Sortons, sortons vite,
Car ma conduite
L’irrite !
En ces lieux, J’ai l’espoir
De ne plus me voir !

(Il sort au fond.)

ARTHUR.

Sortez, sortez vite !
Votre conduite
M’irrite !
En ces lieux, j’ai l’espoir,
De ne plus vous voir !

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