‹ Le Roman d'une impératriceChapitre 56 sur 98 · 1.5

1.5

Cet art souverain de Catherine n’était pas sans défaillances. On en découvre qui ont tenu à son sexe même, dont elle fut impuissante à répudier les servitudes et les faiblesses. « Ah ! se prenait-elle à dire un jour, si le ciel, au lieu de jupes, m’avait donné une bonne culotte de peau… je me ferais fort de répondre de tout. C’est avec les yeux, c’est avec le bras qu’on gouverne, et une femme n’a que des oreilles. » Les jupes ne lui causaient pas ce seul embarras. Nous avons fait allusion déjà à un défaut qui pesa lourdement sur la conduite des affaires pendant son règne : cette grande conductrice d’hommes ne se connaissait pas en hommes. Elle savait s’en servir admirablement, elle ne savait pas les choisir. Son jugement, si juste habituellement et si pénétrant, sa lucidité si grande l’abandonnaient sur ce point. Elle n’arrivait pas à discerner chez les autres ni les qualités ni les travers qu’elle découvrait et analysait chez elle-même avec une netteté de vue extraordinaire. Il y avait, à cet égard, une lacune dans son intelligence, et celle-ci était due, probablement, en partie au moins, à l’influence de son tempérament. Il semble que la vision de l’homme, en général, ait été troublée dans son regard si clair par ce courant de passion qui l’emporta toute sa vie. Le général, l’homme d’État, dont elle avait besoin, elle ne les voyait qu’à travers le mâle, qui lui plaisait ou lui déplaisait. Ce qu’elle cherchait tout d’abord, dans la figure d’un chef d’emploi quelconque, était le côté romanesque, l’apparence extérieure plus ou moins séduisante. Qu’elle ait pris Patiomkine pour un homme habile, l’erreur est excusable : ce n’était peut-être qu’un fou, mais il avait la folie géniale. Il appartenait à cette catégorie d’hommes dont on a dit qu’ils sont des forces de la nature. Et cette force, lâchée à travers l’espace immense dans ce « pays en friche », pour lequel Catherine elle-même se sentait née, avait sa valeur. Mais après Patiomkine vint Zoubof. Celui-là n’était qu’un fantoche : Catherine le prit pour un homme de génie.

Le contraire lui arriva aussi. Roumiantsof lui ayant présenté un de ses lieutenants, le général Weissmann, qu’il jugeait digne de le remplacer en cas de besoin, Catherine s’entretint à trois reprises avec cet officier, et l’ayant tourné et retourné, « elle finit par conclure que c’était un pur imbécile ». Le malheureux se fit tuer peu après à la bataille de Kutchuk-Kaïnardji. C’était, au jugement de tous les hommes compétents, un soldat hors ligne et brave entre les plus braves. Un historien l’a appelé l’« Achille de l’armée russe ».

Ces méprises furent fréquentes. Mais Catherine fit plus et pis. Avec le caractère volontaire qui lui était propre et l’infatuation que ses succès lui donnèrent, elle en vint peu à peu à traduire ce défaut capital en parti pris, à l’ériger en système : un homme en valut un autre à ses yeux, pour peu qu’il fût docile et prompt à obéir. Elle eut à cet égard des maximes propres à déconcerter ses admirateurs :

« Dites-moi, écrivait-elle à Grimm, si jamais souverain a plus choisi ses ministres et autres employés d’après la voix publique que Louis XVI ? Et nous avons vu ce qui est arrivé. Selon moi, aucun pays n’a disette d’hommes. Ne s’agit pas de chercher, s’agit d’employer ce qu’on a dans sa patte. On a dit continuellement de nous que nous avons disette d’hommes ; malgré cela, toute chose s’est faite. Pierre Ier en avait qui ne savaient ni lire ni écrire ; eh bien, les choses n’allaient-elles pas ? Ergo n’y a pas disette d’hommes ; y a multitude, mais faut faire aller : tout ira s’il y aura (sic) cet autre faisant aller. Comment fait ton cocher, souffre-douleur, quand tu es emboîté dans ton carrosse ? Un bon cœur passe partout ; parce que celui-ci ou celui-là est borné, le maître ne l’est pas encore. »

Et ailleurs :

« Assurément les hommes de mérite ne manquent dans aucun temps, car ce sont les hommes qui font les affaires et les affaires qui font les hommes ; je n’ai jamais cherché et j’ai toujours trouvé sous la main les hommes qui m’ont servie, et j’ai été bien servie la plupart du temps. »

Cela ne l’empêche pas d’être amenée un jour à faire cette réflexion, qu’elle met dans une lettre adressée au prince de Ligne :

« Ah ! mon prince, qui le sait mieux que moi qu’il y a des commis qui ignorent qu’une ville maritime a un port ! »

Et cette autre :

« Ce n’est pas les principes qui nous manquent ; c’est dans l’exécution, c’est dans l’application qu’il y a souvent du gauche et du louche. »

Cela n’empêche pas non plus qu’en 1774 elle est sur le point d’aller elle-même à Moscou pour essayer de tenir tête à Pougatchef, auquel, après la mort de Bibikof, elle ne sait qui opposer. Elle tient conseil : Grégoire Orlof déclare qu’il a mal dormi et qu’il manque d’idées ; Razoumofski et Galitzine se taisent ; Patiomkine est pour ce que décidera l’impératrice ; Panine seul a le courage d’émettre un avis, et cet avis est que l’impératrice doit faire appel à son frère, le général Panine, des services duquel elle s’est privée depuis longtemps, pensant qu’un autre ferait aussi bien à sa place. Le péril étant urgent, elle se soumet, sacrifie son amour-propre, et Panine sauve sa couronne et l’Empire. En 1788, après une première rencontre avec les Suédois, elle fait traduire devant un conseil de guerre quatre commandants de frégate ; le lendemain, elle écrit à Patiomkine : « Ils méritent la potence, mais il n’y a pas à faire un autre choix, à moins qu’il n’en tombe du ciel. »

C’est qu’avec la multiplicité de ses entreprises et aussi avec ses idées sur ce point, qui ne sont que l’expression de ses caprices, elle fait une consommation d’hommes terrible. Sa maxime que « les affaires font les hommes » la porte à multiplier à l’excès le nombre des fonctionnaires. Au dire d’un témoin, abstraction faite des deux capitales et de quelques autres villes plus peuplées, il y a en province un fonctionnaire sur dix habitants. Et son idée qu’un homme en vaut un autre fait qu’à tout moment pour un rien, pour un mot qui la blesse, pour un air de visage qu’elle trouve déplaisant, ou même sans motif, pour le plaisir du changement et l’agrément d’avoir affaire à une figure nouvelle, ainsi qu’elle l’avoue ingénument dans une lettre à Grimm, elle met à l’écart, en disgrâce, ou simplement au rebut, tel ou tel autre de ses meilleurs serviteurs. En 1788, Roumiantsof, le plus grand homme de guerre que la Russie ait produit avant Souvorof, est encore en vie et en état de prendre un commandement, et Alexis Orlof, le héros de Tchesmé, brûle du désir de renouveler ses anciens exploits. Il a pour lui maintenant un certain apprentissage du métier, dans lequel il débutait en 1770, et un nom que l’enthousiasme même de Catherine a entouré d’une telle auréole que sa réputation vaut à elle seule une flotte et une armée. Mais l’un et l’autre, Roumiantsof et Orlof, ont été depuis longtemps sacrifiés à Patiomkine, et Catherine en est réduite à chercher des généraux et des chefs d’escadre en Angleterre, en Hollande, en Allemagne. Elle finit par trouver Nassau-Siegen, qui, après l’avoir enchantée par ses airs de matamore et ses costumes de théâtre, lui coûte bientôt après une flotte et la honte d’un désastre sans précédent dans l’histoire de la jeune marine russe.

L’optimisme extravagant, qui fait partie du caractère de Catherine, et que des collaborateurs tels que Nassau et Patiomkine entretiennent soigneusement, est encore à porter à son passif dans le chapitre présent. L’histoire des décors peints sur toile, qui, pendant le voyage de Crimée, auraient été chargés, sur le passage de l’impératrice, de représenter les villages absents a été démentie. Il s’en faut de bien peu qu’elle ne soit vraie, d’après le témoignage de ceux-là mêmes qui en ont contesté la réalité. Le prince de Ligne est du nombre de ces derniers ; il observe pourtant que, n’allant jamais à pied, Catherine ne pouvait voir que ce qu’on voulait lui montrer et s’imaginait fréquemment qu’une ville était bâtie et habitée, « alors que cette ville n’avait pas de rues, les rues pas de maisons et les maisons pas de toits, portes ou fenêtres ». Le comte de Langeron, qui fut plus tard gouverneur de ces mêmes provinces, et dont les Mémoires ne décèlent aucun parti pris d’hostilité rétrospective, renchérit encore sur cette appréciation. Une proclamation du gouverneur de Harkof, Vassili Tchertkof, publiée à la même époque pour annoncer aux habitants la venue de la souveraine et leur indiquer leurs devoirs en cette circonstance solennelle, est également caractéristique dans le même sens. Il est recommandé sévèrement aux administrés de Tchertkof de revêtir leurs meilleurs habits en se portant sur le passage de Sa Majesté. Les filles devront être peignées avec soin et avoir des fleurs dans leurs cheveux. Des fleurs seront aussi répandues par leurs mains sur la route que suivra l’impératrice, et toute la population « exprimera son ravissement par des gestes et des attitudes appropriées ». Les maisons bordant la route auront à être repeintes, les toits en seront réparés, les portes et les fenêtres ornées de festons et autant que possible de tapis agréables à l’œil. Il est défendu de s’enivrer et de présenter à Sa Majesté la moindre requête, cela sous peine du knout et des travaux forcés. Les magistrats locaux veilleront en outre à ce que le passage de la souveraine ne donne lieu à aucune augmentation du prix des subsistances. Le prince Chtcherbatof raconte, de son côté, qu’à Moscou on avait mis dehors tous les mendiants, afin que la souveraine ne les vît pas. « L’impératrice a regardé, mais elle n’a pas vu » (vidiela i ne vidala), ajoute-t-il en se servant d’un jeu de mots intraduisible. Elle a vu sans se rendre compte. C’est comme cela qu’elle est arrivée à se convaincre « qu’il n’y avait pas de gens maigres en Russie ». Elle en donne un jour l’assurance à Grimm !

Mais toute la conquête et tout l’aménagement de la presqu’île Taurique ne furent, dans les mains de Patiomkine, qu’une féerie colossale mise en scène par cet improvisateur prodigieux et disparaissant avec lui. On ne sait, en le voyant à l’œuvre, ce qu’il faut admirer le plus : de son activité extraordinaire et de la fertilité de son imagination, ou de l’invraisemblable naïveté avec laquelle et Catherine et lui-même prennent au sérieux cette création, qui tient de la folie, du rêve et de la mystification enfantine. Il s’agit de transformer un désert en pays cultivé, policé, peuplé, habité par l’industrie et par les arts, et il s’agit de faire cela, en quelques années, comme par enchantement. Patiomkine se met à l’œuvre. Il fait pousser des forêts dans les steppes, fait venir les semences de tous les légumes connus, plante des vignes, cultive des mûriers pour l’élevage des vers à soie, bâtit des usines, des théâtres, des palais, des casernes et des cathédrales. Il couvre la presqu’île de villes magnifiques. L’histoire de ces villes est stupéfiante. Les exemples que l’Amérique offre aujourd’hui à notre étonnement, dans le même genre d’improvisations instantanées, sont dépassés. En 1784, on cherche un emplacement pour la capitale de la province, qui doit recevoir le nom de « Iekatierinoslaf » — gloire de Catherine. Deux mois après que l’emplacement est désigné, on s’occupe déjà d’y établir une université, ouverte non seulement aux indigènes, mais encore aux étrangers qu’on compte attirer de tous les coins de l’Europe. Bientôt une armée d’ouvriers apparaît sur la rive droite du Dniepr, à l’endroit choisi, non loin d’un humble village tartare qui s’appelle Kaïdak ; le lieutenant Sinielnikof, qui les commande, reçoit 200 000 roubles pour les premiers frais, et l’ouvrage commence. La ville doit border le fleuve sur une étendue de vingt-cinq verstes (environ trente kilomètres), et couvrir trois cents verstes carrées de terrain avec des rues larges de deux cents pieds. Elle doit être pourvue d’un parc, avec jardin botanique, bassin d’eau affecté à la pisciculture et divers autres agréments. Au centre s’élèvera le palais du prince de la Tauride, Patiomkine le Magnifique. Autour se grouperont les bâtiments affectés aux divers services de l’administration ; puis viendront les habitations des ouvriers employés à la construction de la ville, les ateliers, les usines à créer, enfin les maisons de la population à venir. Douze grandes fabriques, dont une de tissus de soie, sont projetées, et les fonds pour les établir réunis en partie. Un palais de justice dans le style des vieilles basiliques, un grand bazar dans le style des Propylées, une Bourse, un théâtre, un conservatoire de musique, enfin une cathédrale sur le modèle de l’église de Saint-Pierre, mais plus grande, s’élèveront ensemble sur divers points de la cité, convenablement choisis. Les matériaux sont prêts, au dire de Patiomkine. D’ailleurs, on fait venir déjà des professeurs pour l’université et pour le conservatoire. Le célèbre Sarti doit diriger ce dernier établissement. Pour la chaire d’histoire, à l’université, on appelle un Français du nom de Guyenne, qui est militaire de profession. Mais on n’y regarde pas de si près. On songe aussi à un observatoire. On imagine une espèce de Quartier latin pour les savants et les étudiants.

Tels sont les projets, voyons les résultats. Le palais de Patiomkine est bâti, en effet, avec des serres, dont une pour les ananas, l’autre pour les lauriers et les orangers, d’autres encore pour les grenadiers, dattiers, etc. La fabrique de tissus de soie est bâtie également. Elle coûte 240 000 roubles et fonctionne deux ans, après quoi diverses raisons, dont la principale est le défaut de matière première, font renoncer à poursuivre son exploitation. En effet, l’élevage des vers à soie, pour lequel un directeur a été engagé à l’étranger avec une dotation considérable, produit un maximum de vingt livres de soie par an ! Le restant de la grande ville demeure à l’état de conception chimérique. Iekatierinoslaf doit se contenter de devenir avec le temps une petite ville de province. Kherson, dont Joseph II posa la première pierre en 1787, disant qu’après lui Catherine avait posé la dernière, est destiné à une fortune relativement plus brillante. Sur d’autres points de l’Empire, du reste, la création rapide de centres administratifs ou industriels courait de semblables risques. En 1787, le poète Derjavine, accompagnant le gouverneur de Petrosavodsk dans un voyage entrepris pour l’inauguration d’une ville érigée en chef-lieu de district, ne put jamais parvenir, raconte-t-il, au but de sa course : la ville introuvable n’existait que sur le papier !

Cependant la Crimée fut conquise et arriva à être peuplée.

« Telle est en Russie, disait le comte de Ségur, la double magie du pouvoir absolu et de l’obéissance passive, que personne ne murmure quoiqu’on manque de tout et que tout ira, quoique rien n’ait été prévu ni préparé à temps. »

Tout est allé, en effet, d’un bout à l’autre du règne de Catherine, et l’obéissance passive y a sans doute eu une grande part. On connaît l’aventure du banquier anglais de Saint-Pétersbourg, Sutherland. Un jour, le maître de police de Catherine, Ryleïef, se présente chez lui et, avec toutes sortes de ménagements, lui fait part d’un ordre de la souveraine concernant sa personne, ordre qu’il ne peut s’empêcher de déplorer, malgré tout son respect pour les volontés de Sa Majesté, mais qu’il n’est pas en son pouvoir de ne pas exécuter. Pour tout dire, il a reçu mission de faire empailler le malheureux financier. On juge de l’effarement de ce dernier. Heureusement, la méprise est découverte à temps. L’impératrice avait parlé de faire empailler un chien favori qu’elle venait de perdre et dont le nom anglais avait induit Ryleïef en erreur. Le médecin anglais Dimsdale raconte de son côté, dans les notes qu’il a laissées sur son séjour en Russie, qu’ayant voulu prendre pour inoculer l’impératrice la lymphe d’un enfant appartenant à de pauvres moujiks, la mère s’y opposa : d’après une croyance alors répandue, c’était la mort du petit être. Mais le père intervint : « Si l’impératrice nous ordonnait de couper les deux jambes de l’enfant, ne le ferions-nous pas ? » Dimsdale ajoute cependant un autre trait : l’enfant malade était tenu dans une pièce surchauffée, au milieu d’un air empesté, le fait d’ouvrir une fenêtre devant encore, au dire des parents, entraîner sa mort. Mais Dimsdale montra un rouble : on ouvrit tout ce qu’il voulut.

L’anecdote révèle un agent de plus, universel et tout-puissant, mis par les mœurs du pays à la disposition de Catherine. Elle n’en négligea pas l’emploi. Elle s’en servit résolument et à outrance, selon sa méthode habituelle. Elle donna beaucoup et laissa prendre encore plus. Le gaspillage d’argent fut énorme dans toutes les branches de l’administration. Un jour, Catherine, en proie à un mal de tête violent, eut un sourire : « Elle n’était pas étonnée de souffrir ainsi, ayant vu dans ses comptes qu’elle employait un poud (seize kilogrammes) de poudre par jour pour ses cheveux ! » On peut juger du reste par ce détail. Mais les comptes que l’Anglais Harris envoyait à sa cour avec le détail des dizaines de mille livres sterling employées par son collègue français pour corrompre les fonctionnaires de l’impératrice n’étaient pas moins fantaisistes. Le baron de Breteuil fut le seul ministre français à cette époque qui ait reçu pouvoir d’employer de cette façon une somme considérable — jusqu’à un million de francs. Et il n’en usa pas. Ses successeurs eurent fort à faire pour obtenir quelques dizaines de mille livres destinées à l’achat de certaines influences ou de quelques documents secrets. Et ces tentatives, considérées à Versailles même comme inutiles ou dangereuses, n’eurent en général sous le règne de Catherine aucun succès. Un fonctionnaire de l’impératrice, qui eut ou parut avoir envie d’un beau carrosse fabriqué à Paris, se ravisa avant d’avoir reçu le cadeau et en fit part à la souveraine, qui lui dicta elle-même une lettre de refus ironiquement polie. Après le baron de Breteuil, dans la longue série d’agents représentant la politique française qui lui succédèrent à Pétersbourg, le comte de Ségur arriva, seul, à exercer une réelle influence, et l’argent, dont il aurait été, d’ailleurs, fort en peine de se servir, n’y fut pour rien.

Depuis 1762 jusqu’à la mort de Catherine, il n’y eut qu’un seul grand corrupteur dans son empire, — et c’est elle-même qui tint le rôle. Il est certain qu’elle en a usé principalement pour le bien de son empire conçu à sa façon, et qu’elle y trouva des ressources pour l’accomplissement de grandes choses. Il est non moins certain que la morale a eu à en souffrir, et que l’influence des idées et des habitudes ainsi implantées dans le génie national était destinée à exercer sur son développement ultérieur une longue et funeste action.

Nous essayerons maintenant de passer rapidement en revue les résultats obtenus au moyen de toutes ces ressources réunies dans la main de la prestigieuse souveraine.

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