1.1
Nous allons essayer de raconter une journée de la vie si remplie et si diversement occupée qui fut celle de la grande souveraine ; une journée ordinaire, une de celles qui correspondaient au train habituel de son existence. Nous sommes en hiver, supposons-nous, et vers le milieu du grand règne, en 1785 par exemple, une année de paix. L’impératrice occupe le Zimnyi Dvariets, le palais d’hiver. L’appartement particulier, au premier étage, n’est pas très vaste. En montant le petit escalier, nous arrivons à une pièce où une table, avec ce qu’il faut pour écrire, attend les secrétaires et autres personnages employés au service direct de Sa Majesté. Nous traversons cette pièce et pénétrons dans la chambre de toilette dont les fenêtres donnent sur la place du palais. C’est là que l’impératrice se fait coiffer devant un cercle restreint d’intimes ou de hauts fonctionnaires admis aux audiences matinales. C’est le lieu du petit lever de Sa Majesté. Il n’y a pas de grand lever. Deux portes s’ouvrent devant nous : l’une d’elles conduit à la salle dite des Diamants, l’autre dans la chambre à coucher. La chambre à coucher communique par le fond avec un cabinet de toilette intime, et par la gauche avec un cabinet de travail qui s’ouvre sur la salle des Glaces et les autres appartements de réception.
Il est six heures du matin. C’est le moment du réveil de Sa Majesté. À côté de son lit se trouve une corbeille, où, sur des matelas de satin rose garni de dentelles, dort toute une famille de petits chiens, compagnons inséparables de Catherine. Ce sont des levrettes anglaises. En 1770, le docteur Dimsdale, que l’impératrice, nous le savons, a fait venir de Londres pour se faire inoculer la petite vérole, a offert à la souveraine un couple de ces animaux. Ils ont depuis fait souche, au point qu’on en voit dans toutes les maisons aristocratiques de Pétersbourg. L’impératrice en a toujours une demi-douzaine auprès d’elle et quelquefois davantage. Le sonneur du palais ayant sonné six heures, Marie Savichna Pierekousihina, la première femme de chambre de Sa Majesté, pénètre dans la chambre à coucher. Autrefois, Catherine n’appelait personne auprès d’elle en commençant sa journée ; elle se levait seule, et, en hiver, allumait elle-même son feu. Les années ont changé cette habitude. Et voici qu’aujourd’hui Sa Majesté tarde à ouvrir les yeux. Elle s’est couchée la veille moins tôt qu’à l’ordinaire. Une conversation intéressante l’a retenue à l’Ermitage passé dix heures. Sans façon, Marie Savichna va trouver un divan, qui fait face au lit de la souveraine, s’y étend et saisit l’occasion propice d’un somme supplémentaire. Mais voilà l’impératrice sur son séant. Elle se lève. C’est elle qui dans un instant réveillera Marie Savichna déjà endormie. Vite, au cabinet de toilette ! Un peu d’eau tiède pour se laver la bouche et un peu de glace pour se frotter le visage : c’est tout ce qu’il faut pour le moment à Sa Majesté. Mais où est Catherine Ivanovna, la jeune Kalmouke, qui doit tenir prêts ces menus accessoires de la toilette matinale ? Toujours en retard, Catherine Ivanovna ! Quoi, il est déjà six heures un quart ! L’impératrice a un mouvement d’impatience. Nerveusement, elle frappe du pied. La voilà enfin : gare à la colère de Sa Majesté ! Catherine a brusquement pris des mains de la servante l’aiguière de vermeil, et, s’en servant avec hâte, elle apostrophe la paresseuse : « À quoi penses-tu, Catherine Ivanovna ? Crois-tu que cela va toujours se passer ainsi ? Un jour tu te marieras, tu quitteras mon service, et ton mari, sois-en sûre, ne me ressemblera pas. Il sera autrement exigeant. Catherine Ivanovna, songe à ton avenir ! »
C’est tout, et cela recommencera demain. En attendant, la souveraine passe vivement dans son cabinet de travail, suivie de ses chiens, qui ont attendu jusque-là pour quitter leur couche voluptueuse. C’est le moment du déjeuner. Le café est là, c’est bien. Est-il assez fort ? Il faut une livre de café pour cinq tasses comme a l’habitude d’en prendre l’impératrice. Un jour, un de ses secrétaires, un certain Kozmine, venant au rapport, s’est trouvé transi de froid. L’impératrice a sonné. « Une tasse de café pour ce malheureux qui grelotte ! » Elle veut qu’il avale d’un trait le breuvage fumant. Mais qu’est-ce ? Le voilà qui se trouve mal ! Il a des palpitations de cœur. Parbleu ! on lui a donné du café préparé pour Sa Majesté et comme elle est seule à en pouvoir user. On n’a pas pensé que la tasse fût pour le secrétaire ; on n’a pas supposé que Sa Majesté voulût partager son déjeuner avec un simple tchinovnik de son espèce. D’ordinaire, Catherine ne partage son déjeuner qu’avec ses chiens. Le café impérial ne leur dit rien ; mais il y a de la crème bien épaisse, des biscuits et du sucre. Tout le sucrier y passe, et les biscuits aussi.
Maintenant, Sa Majesté n’a plus besoin de personne. Si ses chiens veulent prendre l’air, elle leur ouvrira elle-même la porte. Elle désire être seule et tout entière à son travail ou à sa correspondance, jusqu’à neuf heures. Mais où est sa tabatière favorite, celle qui doit toujours se trouver sur sa table de travail ? Un portrait de Pierre le Grand qui en orne le couvercle est là, dit-elle, pour lui rappeler qu’elle doit s’appliquer à continuer l’œuvre du grand tsar. Catherine prise beaucoup. Mais elle ne porte jamais de tabatière sur elle. Il faut qu’il y en ait à portée de sa main dans tous les coins de son palais. Elle ne se sert que d’un tabac qu’on cultive pour elle dans son jardin de Tsarskoïe Selo. En écrivant, elle a besoin de priser presque continuellement. Elle sonne. « Veuillez, s’il vous plaît, dit-elle à un valet de chambre qui entre, me chercher ma tabatière… » « Veuillez… » « Prenez la peine de… » sont les formules qu’elle emploie invariablement en parlant aux gens de son service, même les plus humbles.
Neuf heures sonnant, Catherine repasse dans sa chambre à coucher. C’est là qu’elle reçoit les fonctionnaires venant au rapport. Le préfet de police entre le premier. Sa Majesté est vêtue, à ce moment, d’une robe de chambre blanche en gros de Tours, à larges plis flottants. Elle porte un bonnet de crêpe blanc, que l’ardeur du travail ou l’entrain de sa conversation épistolaire avec Grimm ont accidentellement mis de travers, en l’inclinant à droite ou à gauche. Le teint est frais, l’œil vif ; pourtant, pour lire les papiers qu’on présente à sa signature, la souveraine met des lunettes.
— Vous n’avez pas besoin de cet appareil, vous, dit-elle à son secrétaire, Gribofski. Quel âge avez-vous ?
— Vingt-six ans.
— Vous n’avez pas eu le temps, comme moi, de perdre la vue au service de l’Empire.
En entrant, Gribofski s’est incliné très bas. L’impératrice a répondu en saluant légèrement de la tête, après quoi, avec un sourire aimable, elle a tendu la main au secrétaire. À ce moment, Gribofski a pu observer qu’une dent — une dent de devant — fait défaut dans la bouche, d’ailleurs bien meublée, de la souveraine. Il s’est penché pour baiser la main impériale, une main blanche et grasse, et a senti une pression de cette main auguste, en même temps que se faisait entendre la parole sacramentelle : « Asseyez-vous », l’invitant à commencer son travail. Travail interrompu fréquemment. Les ministres, les généraux, les hauts fonctionnaires, auxquels on a assigné des audiences, se font annoncer, et souvent l’impératrice daigne ne pas les faire attendre. Voici qu’on introduit le général Souvorof. Sans regarder la souveraine, de son pas automatique de soldat, il oblique à droite, où, dans un coin, une lampe toujours allumée brille devant l’image de Notre-Dame de Kazan. Il s’arrête devant l’icône, et trois fois se prosterne, en frappant la terre de son front. Ce rite accompli, il se retourne brusquement, comme à l’exercice, avance de quelques pas, et une quatrième génuflexion le met aux pieds de la tsarine.
« De grâce ! n’avez-vous pas honte ?… » murmure celle-ci. Elle le fait asseoir, lui adresse coup sur coup deux ou trois questions, auxquelles il répond sur le ton d’un troupier interrogé par un caporal, et elle le renvoie au bout de deux minutes. D’autres personnages arrivent. Mais, soudain, on vient dire un mot à l’oreille de l’impératrice ; elle fait un signe de tête, et tout le monde se retire : c’est le favori en titre, Patiomkine, Lanskoï ou Mamonof, qui demande à entrer. Pour lui, Sa Majesté est toujours visible, et, quand il paraît, il fait disparaître tout le monde.
Cela dure ainsi jusqu’à midi, plus tard jusqu’à une heure, quand l’heure du dîner a été reculée d’une heure à deux. Ayant congédié son secrétaire, l’impératrice se rend alors dans son cabinet de toilette intime, où elle procède à une toilette complète, s’habille et se fait coiffer par son vieux coiffeur Kozlof. Son costume, en dehors des jours de cérémonie, est des plus simples : une robe ouverte et flottante, dite « à la moldave », avec les doubles manches : celles de dessous en étoffe légère, plissées jusqu’au poignet, et celles de dessus fort longues, en étoffe pareille à la jupe et relevées au bas du dos. La robe est de soie violette ou grise ; pas de bijoux, aucun insigne indiquant le rang suprême ; des souliers commodes à talons très bas. Catherine ne met de coquetterie que dans l’arrangement de sa coiffure : elle porte les cheveux relevés en arrière et découvrant entièrement le front, dont elle se plaît peut-être ainsi à signaler le développement. Ses cheveux sont épais et très longs ; quand elle est assise devant sa table de toilette, ils tombent jusqu’à terre. Les jours de toilette parée, un diadème en couronne l’édifice savant, dressé par les mains habiles de Kozlof ; mais alors, la soie de la robe est remplacée par du velours incarnat, et le costume ainsi transformé, quoique conservant à peu près la même coupe aisée, prend le nom d’« habit russe ». Il devient indispensable pour paraître à la cour, tout en imposant de lourds sacrifices aux jeunes femmes que désole l’idée de ne pas être mises à la mode de Paris.
Sa toilette intime terminée, Catherine passe dans la chambre de toilette officielle, où on achève de l’habiller. C’est l’heure du petit lever. Le nombre de ceux qui ont le privilège d’y assister est restreint ; malgré cela, la chambre est pleine. Il y a là, d’abord, les petits-enfants de l’impératrice, qu’on lui amène invariablement à ce moment ; puis le favori en titre ; quelques intimes, comme Léon Narychkine. Il y a aussi le fou de cour qui est une personne de beaucoup de raison : Matrena Danilevna remplit cet office, qu’elle cumule d’ailleurs avec celui de rapporteuse. Elle égaye la souveraine par ses plaisanteries, et Catherine est tenue au courant par elle de tout ce qui se fait ou se dit à la cour comme à la ville, des cancans mis en circulation depuis la veille et même des secrets de famille les mieux gardés. Matrena Danilevna a l’œil et l’oreille partout et d’admirables instincts de policier. Un jour, elle prend à partie, devant l’impératrice, Ryleïef, le chef en titre de la police impériale. Catherine appelle celui-ci et lui conseille amicalement d’envoyer des poules et des oies grasses à Matrena Danilevna, qui paraît en avoir besoin pour célébrer dignement le Prasdnik (jour de Pâques). Une semaine se passe. « Et Ryleïef ? » demande l’impératrice à la bonne commère, qui est en train de lui dévider son chapelet d’informations quotidiennes. Matrena Danilevna se confond en éloges pour le fonctionnaire, dont huit jours auparavant elle disait tout le mal qu’elle pouvait inventer. « Ah ! ah ! interrompt Catherine. Je vois ce que c’est : il t’a envoyé des oies et des poules. »
Mais voici l’impératrice assise devant sa toilette, une superbe toilette en or massif. Ses quatre femmes de chambre s’empressent autour d’elle. Ce sont quatre vieilles filles, qu’elle garde à son service depuis son avènement et qui ont passé avec elle l’âge des amours. Elles ont d’ailleurs été toujours fort laides. L’une d’elles, Maria Stiepanovna Alekseïevna, se farde outrageusement. Toutes sont russes. Donnant à ses sujets un exemple qu’ils n’ont guère suivi jusqu’à présent, Catherine n’a absolument que des domestiques russes à son service. Voici donc Maria Stiepanovna présentant à la souveraine un morceau de glace, avec lequel elle se frotte encore les joues en public, pour prouver qu’elle-même n’a pas recours aux artifices de coquetterie dont use sa femme de chambre ; la vieille Palakoutchi lui pose sur les cheveux un petit bonnet de crêpe, correctement ajusté cette fois ; les deux sœurs Zvieref lui passent quelques épingles, et la toilette de Sa Majesté est terminée. La cérémonie a duré en tout dix minutes, pendant lesquelles Catherine a adressé la parole à quelques-uns des assistants.
À table maintenant. Jusqu’à l’époque de la guerre de Suède, le dîner de Sa Majesté a eu lieu à une heure. À ce moment, les occupations dont Catherine fut surchargée firent retarder l’heure du repas, qui depuis demeura fixée à deux heures. Les jours ordinaires, il y a habituellement une dizaine de convives à la table de Sa Majesté : le favori en titre d’abord, qui est invité de droit, puis quelques intimes : le comte Razoumofski, le feld-maréchal prince Galitzine, le prince Patiomkine, le comte d’Anhalt, les deux frères Narychkine, le général aide de camp de service, comte Tchernichof, le prince Bariatinski, la comtesse Bruce, la comtesse Brani-çka, la princesse Dachkof, et plus tard, dans les dernières années du règne : le général aide de camp de service Passek, le comte Strogonof, la demoiselle d’honneur Protassof, le vice-amiral Ribas, le général gouverneur des provinces polonaises Toutolmine et deux membres de l’émigration française : le comte Esterhazy et le marquis de Lambert. Le dîner dure une heure environ. Des mets très simples. Catherine n’a souci d’aucune recherche à cet égard. Son plat favori est du bœuf bouilli avec des concombres salés. Comme boisson, de l’eau avec du sirop de groseilles. Plus tard, sur une recommandation des médecins, un verre de madère ou de vin du Rhin. Comme dessert, quelques fruits, des pommes ou des cerises, de préférence. Parmi ses cuisiniers, il en est un qui fait une cuisine détestable. Des années ont passé sans qu’elle s’en aperçût. Quand on le lui a fait remarquer, elle a refusé de congédier le gâte-sauce, disant qu’il était depuis trop longtemps dans sa maison. Elle s’informe seulement du jour où il prend son service, et dit alors en se mettant à table : « Mesdames et messieurs, il faut prendre patience ; nous avons une semaine de jeûne devant nous. » Deux fois par semaine, le vendredi et le samedi, Sa Majesté fait maigre, et alors elle n’a à sa table que deux ou trois personnes.
Il convient d’ajouter que, pour faire meilleure chère, ses convives n’ont pas besoin de quitter l’enceinte du palais. La table de Sa Majesté est médiocrement servie, et Catherine veille à ce que la dépense en soit très modique ; mais la table du favori Zoubof, celle de son protecteur le comte N.I. Saltykof et celle de la comtesse Braniçka, la nièce de Patiomkine, qui, toutes les trois, sont défrayées sur la cassette impériale, reviennent en 1792 à 400 roubles (2 000 francs) par jour, sans compter les boissons, dont le coût, avec le thé, le café et le chocolat, est de 200 roubles par jour également.
Après le dîner, quelques instants de causerie, puis tout le monde se retire. Catherine prend en main son métier à broder, travail auquel elle est très habile, et Betzky lui fait une lecture. Quand Betzky, vieillissant, commence à perdre la vue, elle ne le remplace pas ; elle lit elle-même, en se servant de ses lunettes. Une heure encore se passe ainsi, et voilà qu’on lui annonce son secrétaire : deux fois par semaine, il arrive avec le courrier, qui est aussitôt dépouillé. Les autres jours, ce sont encore les fonctionnaires qui se succèdent, présentant des rapports, demandant des instructions. À ce moment, l’impératrice a souvent auprès d’elle ses petits-enfants avec lesquels elle joue dans les instants de répit que lui laissent les affaires. Quatre heures sonnant, elle a bien gagné le repos et la récréation qu’elle va maintenant s’accorder. À travers la longue galerie qui relie le palais d’hiver à celui de l’Ermitage, elle se rend dans ce séjour favori. Lanskoï, ou Mamonof, ou Zoubof l’y accompagnent. Elle examine ses nouvelles collections, préside à leur arrangement, fait une partie de billard et, quelquefois, s’amuse à tourner de l’ivoire. Six heures : c’est le moment du retour aux appartements de réception, où vont avoir lieu les entrées. Catherine fait lentement le parcours de ses salons, distribue quelques mots aimables, puis se met à la table de son jeu. Elle joue le whist à 10 roubles le robre, le rocambole, le piquet, ou le boston. Toujours à très bon marché. Ses partenaires habituels sont le comte Razoumofski, le feld-maréchal comte Tchernichof, le feld-maréchal prince Galitzine, le comte Bruce, le comte Strogonof, le prince Orlof, le prince Viazemski et les ministres étrangers. Catherine donne la préférence aux deux premiers, parce qu’ils jouent serré et n’essayent pas de la faire gagner. Elle-même s’y applique de son mieux. Le chambellan Tchertkof, qu’elle admet parfois à faire sa partie, se met régulièrement en colère, reproche à la souveraine de jouer de travers, et parfois, de dépit, jette ses cartes au nez de Sa Majesté. Elle ne s’en offense jamais, défend comme elle peut sa manière de jouer, prend à témoin les assistants. Un jour, elle en appelle au jugement de deux émigrés français qui assistent à la partie.
« De beaux arbitres ! s’écrie Tchertkof. Ils ont trompé leur propre roi ! »
Cette fois, Catherine impose silence au mauvais et trop indiscret joueur. On voit qu’elle a beaucoup à faire pour maintenir à sa cour le ton qui devrait y régner. Une autre fois qu’elle joue au whist avec le comte Strogonof, le général Arharof et le comte Stackelberg, Strogonof perd constamment. À un moment, n’y tenant plus, et oubliant toutes les convenances, il se lève avec emportement, abandonne la partie sans l’achever, et, le visage enflammé, la voix rauque, se met à arpenter la grande salle des Diamants en donnant libre cours à son irritation :
« Tout mon argent y passera !… Cela ne Vous fait rien, à Vous, de perdre !… Mais moi ?… Je serai bientôt sur la paille ! »
Trouvant qu’il dépasse la mesure, Arharof veut intervenir, mais Catherine l’arrête.
« Laissez donc ! Voilà cinquante ans qu’il est comme cela. Vous ne le changerez pas, ni moi non plus. »
Le jeu s’arrête invariablement à dix heures. Sa Majesté se retire alors. Sauf les jours de réception, il n’y a pas de souper, et ces jours-là même, Catherine ne se met à table que pour la forme. Rentrée dans son appartement particulier, elle passe aussitôt dans sa chambre à coucher, boit un grand verre d’eau bouillie et se met au lit. Sa journée est finie.