‹ Le Roman d'une impératriceChapitre 98 sur 98 · CONCLUSION

CONCLUSION

Il nous resterait à montrer Catherine dans le milieu où elle a vécu et régné, avec l’entourage prestigieux des artisans, des compagnons et des courtisans de son étonnante fortune, et avec le cadre éblouissant qu’elle a su donner à sa gloire. Nous espérons pouvoir un jour entreprendre cette tâche complémentaire. En attendant, arrivé au terme que nous avons dû assigner provisoirement à notre entreprise, nous serions mal venu, sans doute, si nous n’essayions d’en résumer brièvement les résultats.

Catherine fut un être privilégié. Entre autres privilèges, elle a eu celui de faire épuiser à son bénéfice, ou à son détriment, le vocabulaire entier de l’éloge comme de l’injure. Elle a été, tour à tour, dans la bouche de ses apologistes ou de ses détracteurs, la gloire ou la honte de son sexe. Nous nous sommes appliqué à départager ces opinions extrêmes. À travers les incertitudes, les contradictions et les égarements de l’histoire et de la légende, nous avons cherché à approcher et à fixer l’aspect moralement et matériellement vrai de la souveraine et de la femme qui fut appelée « Catherine le Grand » par Voltaire, et que d’innombrables pamphlétaires ont flétrie du nom de « Messaline ». Et voici à peu près ce que nous avons trouvé.

Catherine fut une petite princesse allemande, que ses parents destinaient à épouser quelque hobereau du voisinage, plus ou moins bien apanagé ; que son institutrice française, mademoiselle Cardel, éleva et instruisit en conséquence, mais qu’un hasard conduisit en Russie et qu’un concours de circonstances non moins imprévues, joint à un ensemble de dons naturels ou acquis très exceptionnels, amena à y occuper une situation pour laquelle elle ne paraissait aucunement destinée. Placée entre un futur empereur que les bizarreries et les vices de son caractère semblaient rendre absolument impropre à occuper un trône, et une impératrice régnante qui occupait très imparfaitement le sien, Catherine se sentit tôt appelée à tenir, dans sa patrie d’adoption, un autre emploi que celui d’une utilité d’ordre décoratif ou même dynastique. Elle n’eut pas de peine à se découvrir des ambitions allant au-delà de ce rôle. Elle eut le mérite d’y joindre l’effort proportionné d’une énergie et d’une application également extraordinaires chez une personne de son âge et de son sexe. Tout en travaillant à s’assurer le concours éventuel d’un nombre de plus en plus considérable de sympathies et de dévouements, elle s’appliqua aussi à s’en rendre digne. Elle refit son éducation. Elle s’assimila, par un labeur assidu et le génie de la nation qu’elle se proposait de gouverner un jour et les éléments de la culture occidentale que Pierre Ier avait cherché à lui imposer. Elle apprit le russe, en recevant les leçons d’Adadourof et en causant avec les vieilles dames de son entourage, et elle apprit l’histoire et la politique en lisant Voltaire et Montesquieu. Elle lut aussi Brantôme et Bayle et en tira des enseignements dont elle sut faire son profit, au plus grand avantage de son ambition, sinon de la morale. Elle se trouva ainsi en possession d’une supériorité et d’une puissance qui, du vivant même d’Élisabeth, commencèrent de s’imposer, éveillant des inquiétudes et des espérances, des jalousies et des craintes. Son mari l’appelait « madame la Ressource », ou découvrait en elle une « vipère » qu’il devenait urgent d’écraser. Élisabeth la regardait avec jalousie ou avec terreur. Mais les hommes de gouvernement, les ministres d’État et les diplomates étrangers se tournaient de son côté, et l’armée — cette force sans rivale, cette créatrice de souverains et de souveraines dans l’immense et barbare empire — finit par lever les yeux vers elle. C’est ainsi qu’elle devint l’associée politique de Bestoujef et de Williams et l’amie de quelques beaux officiers de la garde. En même temps, sa jeunesse et son tempérament ardent revendiquant leurs droits contre un mari d’ailleurs peu soucieux de faire valoir les siens, et contre une étiquette d’ailleurs peu sévère, elle goûtait des plaisirs plus ou moins légitimes et nouait des intrigues plus ou moins avouables. Elle plongeait toujours plus avant dans l’atmosphère voluptueuse d’une cour qui, sous le rapport de la licence des mœurs, n’avait rien à apprendre de l’Occident. Mais, avec un bonheur qui semble n’avoir jamais été égalé, elle sut concilier ses intérêts avec ses passions, l’amour avec la politique, et trouver dans les caprices de son cœur ou de ses sens les plus puissants alliés de sa grandeur à venir. C’est ainsi qu’elle connut le beau Serge Saltykof, l’élégant Poniatowski et le farouche Grégoire Orlof. C’est ainsi également qu’à la mort d’Élisabeth tout parut préparé pour une révolution qui sembla remettre les choses à leur place en mettant la jeune femme à la place qui revenait légitimement à son mari. Il n’était besoin que de quelques hommes assez hardis pour risquer leur tête dans un de ces coups de main dont la cour de Russie commençait à avoir l’habitude. Les Orlof se présentèrent, et « Pierre III se laissa détrôner comme un enfant qu’on renvoie se coucher ».

Arrivée en Russie à l’âge de quinze ans, Catherine en avait trente-trois quand cet événement se réalisa. Sa beauté, si éloquente que la légende se soit montrée à son égard, ne paraît rien moins que prouvée historiquement. Mais elle faisait mieux que d’être jolie : « Je plaisais, c’était mon fort », disait-elle, et, sous ce rapport, elle n’a pas à redouter la contradiction de l’histoire. Il est vrai qu’avec le temps elle eut pour plaire d’autres ressources que les charmes de son visage, et ce n’est pas avec ceux-ci, apparemment, qu’en 1789, à près de soixante ans, elle séduisit Zoubof.

Au moral, Catherine a laissé d’elle-même un portrait, où, à côté de quelques traits justes, on en voit d’autres qui le paraissent moins. Elle y rend hommage à la vérité en se refusant l’« esprit créateur » ; elle y parle trop complaisamment de la douceur de son caractère et de la rigidité vertueuse de ses principes. Elle fut, ce semble, avant tout une grande ambitieuse, possédant l’espèce d’audace réfléchie, calculatrice et capable pourtant de toutes les témérités, l’esprit impérieux, la confiance en soi-même, et enfin l’absence de scrupules, où se retrouve la marque caractéristique de cette race d’élus. La foi fataliste, qui anima plus tard Napoléon, rencontrait en elle une croyante résolue. Elle aussi eut son étoile. Seulement, celle-ci lui resta plus fidèle. C’est à peine si elle la vit pâlir quelquefois. Elle put, moyennant cela, être et demeurer « imperturbable ». Elle fut optimiste jusqu’à la fin. Elle fut également vaniteuse. Elle se crut en possession d’un pouvoir et d’une puissance en quelque sorte sans limites ; elle aima qu’on en fût persuadé et elle ne détesta pas qu’on le lui dît. Les louanges et les adulations les plus outrées, s’adressant à sa personne, lui paraissaient naturelles et légitimes. Pourtant, elle se targuait d’une absence entière d’amour-propre comme de coquetterie. Elle admettait volontiers, sa qualité d’impératrice mise à part, qu’on ne vît en elle qu’une femme très ordinaire. Elle n’en voulut pas à Lavater d’être de cet avis. Les hommages qu’elle réclamait n’étaient que pour la souveraine de toutes les Russies. Elle se faisait de ce titre auguste une idée démesurée et hors de toute proportion avec les réalités qu’il représentait, mais, par une illusion qui dura plus de trente ans, elle imposa cette idée à l’Europe. Là fut le secret véritable du prestige qu’elle exerça. Le monde, suivant une théorie récemment développée, n’appartient-il pas aux convaincus  et  même  aux  hallucinés ?  L’hallucination,  dont  Catherine éprouva et fit subir au monde contemporain le charme ou l’obsession prolongée, ne releva cependant pas entièrement, dans sa carrière à elle, d’une simple erreur des sens. Des réalités s’y mêlèrent aux fantômes, et, parmi ces choses réelles, une grande place est à attribuer aux qualités personnelles de la souveraine.

À une force de volonté d’abord, peu commune, quoique atténuée et émasculée en quelque sorte par un défaut d’esprit de suite, ramenant le grand homme qu’on voulait voir en elle au niveau de son sexe naturel. Elle voulut toujours fortement, mais il lui arrivait fréquemment de changer de volonté. Elle fut, selon sa propre expression, une « commenceuse professionnelle ». On peut croire que la Russie d’alors n’en demandait pas davantage. Même après Pierre Ier, il y restait beaucoup de choses à commencer. Catherine joua le rôle d’un propulseur doué d’une énergie et d’une continuité d’effort extraordinaires. L’abattement physique ou moral, la lassitude ou le découragement lui furent également inconnus. Elle corrigeait, par une grande maîtrise de soi-même, le défaut de sang-froid et l’extrême vivacité propres à son caractère. Sa capacité de travail était considérable. Elle fut, selon l’expression d’un poète, « la sentinelle que l’on ne relève jamais ». Une robuste gaieté, dont elle sut se faire une habitude et pour ainsi dire une loi morale, l’aidait à soutenir l’écrasant fardeau de ses occupations multiples. À soixante-cinq ans, elle se livrait avec plaisir à des jeux d’enfants, et le colin-maillard gardait des charmes pour elle. Elle posséda une santé morale excellente. Dans la vie privée, son commerce, fait de condescendance facile, de simplicité aisée et d’aimable enjouement, fut toujours trouvé exquis par les meilleurs juges. Elle s’attribuait un cœur naturellement bon et sensible, en se plaignant que les nécessités de la politique ne lui permissent pas de donner toujours un cours libre à ses penchants. Il est possible que ceux-ci fussent en effet tels qu’elle les jugeait. Mais la politique gouverna de bonne heure la plupart de ses actions et jusqu’à ses relations de famille. On peut dire qu’elle a fini par absorber et le cœur et l’esprit de Catherine. Elle a inscrit dans son histoire plusieurs pages où la bonté ni la sensibilité ne paraissent pas. Sa générosité et sa munificence sont devenues proverbiales : elle y manqua de mesure. Elle donna beaucoup, elle ne sut pas bien donner. Ses serviteurs se plaisaient cependant à son service ; ses domestiques étaient des enfants gâtés. En dépit des écarts de sa conduite, son tempérament vif, sanguin, impétueux, ne laisse découvrir aucun vice organique. Elle n’est pas une hystérique. L’amour est chez elle une fonction naturelle. Ses autres goûts sont ceux d’une personne parfaitement équilibrée au moral comme au physique. Elle n’a rien d’un monstre, et elle a beaucoup, sinon toutes les parties d’une femme charmante.

Sa supériorité fut surtout dans son caractère. Son intelligence était d’ordre relativement inférieur. L’originalité, dont elle se piquait volontiers, se révèle dans ses façons d’agir plutôt que dans sa manière de penser. On chercherait vainement une idée neuve dans tous ses écrits. Beaucoup de bon sens allié à une forte dose d’imagination, l’un corrigeant les écarts de l’autre, tel paraît le fond de ses facultés intellectuelles. Le prestige qu’elle a cependant exercé par son esprit seul ne semble ainsi avoir été, lui surtout, qu’un produit artificiel, où la force d’une volonté impérieuse, un art souverain de mise en scène et l’effet d’une verve étincelante combinaient leurs éléments fascinateurs. Elle n’a jamais prétendu, d’ailleurs, au renom d’une personne spirituelle. L’origine germanique se retrouvait dans sa façon de badiner et de faire des mots. Elle eut la plaisanterie lourde. Son esprit fut surtout un esprit pratique, avec un fond de bonne humeur et d’inaltérable allégresse. Elle n’a pas affiché davantage de prétentions à une instruction bien solide ou très variée. Elle se donnait volontiers pour une ignorante. Ses lectures furent occasionnellement assez abondantes, trop abondantes et irrégulières pour être bien digérées. Son savoir, comme aussi à beaucoup d’égards son gouvernement, fut, selon sa propre expression, « un composé de bâtons rompus ». Ses essais de science personnelle provoquent le sourire. Elle parla et écrivit toujours de façon assez gauche les trois langues dont elle se servait habituellement. Mais elle a mieux fait que d’apprendre correctement le russe : elle a su faire passer l’âme même de la nation dans la sienne.

Ses pensées et ses conceptions pèchent, comme ses actions, par le même défaut, qui est le défaut d’esprit de suite. Ses idées et ses principes fixes sont en nombre très restreint. Elle fait bon marché, quoique allemande, du doctrinarisme et des doctrinaires. Elle est une empirique. L’idée à laquelle elle demeura le plus invariablement fidèle fut celle de sa propre grandeur, identifiée d’ailleurs avec celle du pays qu’elle se trouvait appelée à gouverner. Elle eut aussi une conception politique, à laquelle elle s’attacha avec une constance qui ne se démentit jamais : ce fut la grande pensée du règne, le projet grec, autrement dit la conquête de Constantinople. Tout le reste n’est que chaos et incertitude. En politique, il lui arrive de parler de son « âme républicaine », tout en déclarant le gouvernement autocratique le meilleur de tous. En philosophie, elle se dit l’amie de Voltaire et aussi celle des Jésuites. Ses idées ou plutôt ses penchants, fruit de son éducation et de son commerce intellectuel avec l’esprit philosophique et émancipateur du siècle, paraissent aussi avoir subi, d’un bout à l’autre de son règne, une transformation sensible. Partie avec un fort élan d’inspirations libérales, elle s’est heurtée en route à l’expérience du pouvoir personnel et à l’aspect imprévu que les conceptions humanitaires les plus séduisantes semblèrent revêtir devant ses yeux étonnés, en passant dans le domaine de la réalité. Elle en fut surprise d’abord, effrayée ensuite. C’est ainsi qu’elle fut amenée à étouffer dans le feu et dans le sang le mouvement populaire auquel Pougatchef a attaché son nom, et que la Révolution française a trouvé en elle une implacable ennemie.

Comme souveraine, Catherine fut une virtuose admirable de l’art de régner. La fortune l’a servie sans doute, en la rendant à peu près constamment heureuse dans ses entreprises les plus hasardées, mais elle a puissamment aidé le bonheur. Ses qualités de tenue, de résolution, d’empire exercé sur elle-même et sur les autres, de sérénité hautaine au milieu des plus cruelles épreuves, sont peut-être sans rivales dans l’histoire moderne. Son habileté dans le maniement des hommes semble défier toute comparaison, car elle sut y introduire toutes les ressources et toutes les séductions de la féminité. Elle fut une enjôleuse. Elle fut une Circé impériale. Elle se montra moins adroite dans la répartition des tâches qu’elle imposait à ceux qui la servaient. Ses choix furent fréquemment malheureux. Mais elle s’entendit toujours à faire rendre à ceux qu’elle employait le maximum d’effort et d’activité dont ils étaient capables. Sa propre activité servait d’exemple. Aux époques de crise, elle se multipliait jusqu’à atteindre une intensité et une variété de ressources tenant du prodige. Elle introduisit aussi dans la pratique de son gouvernement quelques procédés personnels et assez nouveaux. Elle déconcerta la politique et la diplomatie contemporaine par des allures hardies, des affectations de brusquerie et de franchise devançant, à certains égards, l’exemple donné de nos jours par le grand homme d’État de l’Allemagne moderne. En même temps, elle préludait à l’emploi du grand ressort dont la politique s’est emparée de nos jours : elle faisait un appel énergique à l’opinion publique ; elle prenait la presse à son service ; elle mettait en jeu la réclame ; elle inaugurait en quelque sorte le journalisme politique. Elle y joignait, d’ailleurs, la pratique accessoire des vieilles méthodes, et elle eut son cabinet noir. Cet art souverain n’allait pas sans quelques défaillances. Son optimisme même en était une, car il la portait, non pas seulement à rêver les yeux ouverts, mais à fermer les yeux sur des réalités qui réclamaient son attention. Pendant son fameux voyage en Crimée, qui ne fut qu’un beau rêve, elle ne vit pas les ruines et les misères amoncelées derrière le décor fastueux de la gigantesque féerie improvisée pour charmer son imagination. Pourtant, grâce à l’énergie développée là et ailleurs et à la masse d’efforts individuels mis par elle en mouvement dans l’immense empire, les résultats acquis par son gouvernement ne laissèrent pas d’être considérables soit à l’intérieur, soit à l’extérieur.

À l’intérieur, elle eut d’abord à défendre son trône contre des entreprises plus ou moins semblables à celle à laquelle elle dut elle-même son pouvoir. Elle sortit victorieusement de ces épreuves. Ivan fut tué dans sa prison, et le faux Pierre III fut amené dans une cage à Moscou pour y subir le dernier supplice. Catherine fut moins heureuse dans ses tentatives de réforme législative. Sa grande commission, appelée à doter la Russie d’un Code de lois sans pareil en Europe, aboutit à un échec complet. La grande commenceuse mit du temps, cette fois, à s’apercevoir que la réforme rêvée par elle réclamait un point de départ indispensable, et que ce point de départ était l’abolition du servage. Quand elle fit cette découverte, elle recula. Il ne lui était pas donné de trancher ce nœud gordien. Elle introduisit quelques améliorations appréciables dans l’administration de la justice ; elle abaissa le niveau, terriblement élevé, des pénalités ; elle ne supprima pas le knout. Son initiative s’exerça plus fructueusement dans le domaine de l’administration civile. La Russie lui doit, à cet égard, les premiers essais de gouvernement méthodique et régulier. La politique financière de la souveraine appelle moins l’éloge. Ce fut à proprement parler une politique d’expédients. Catherine eut besoin de beaucoup d’argent pour ses entreprises, pour le faste dont elle aima à s’entourer et aussi pour ses caprices ; elle s’en procura en empruntant d’un côté et en fabriquant de l’autre de la monnaie de papier. Elle a inauguré à cet égard un régime qui ne s’est perpétué que trop longtemps. Mais la Russie a toujours consenti jusqu’à présent à payer cher ses gloires.

Les résultats extérieurs de la politique de Catherine sont présents encore à toutes les mémoires. Ils s’appellent : l’anéantissement définitif de la puissance ottomane, la conquête de la Crimée et des ports de la mer Noire, le partage de la Pologne. Il est certain que pour les obtenir Catherine a pris plutôt conseil d’une ambition sans frein comme sans limites, que d’un sentiment quelconque de justice et de loyauté, ou même d’une appréciation juste des véritables intérêts de sa patrie d’adoption. Elle a obéi surtout à la préoccupation inquiète d’étonner le monde et de faire parler les échos de la renommée, à un besoin, presque maladif, de bruit et de mouvement. Son bonheur changea en victoires éclatantes, dans la première guerre turque, les désastres que son imprévoyance aurait mérités. Ce fut « la guerre des borgnes et des aveugles ». Mais, dans le premier partage de la Pologne, elle fit le jeu de Frédéric ; dans le second et dans le troisième, elle eut la main forcée pour avoir voulu toucher à trop de choses à la fois. Elle y perdit, à tout jamais peut-être, la chance d’une extension graduelle et pacifique de la suprématie russe sur l’ensemble du grand patrimoine slave, livré par elle à l’encan des ambitions voisines, et elle y gagna le fâcheux renom d’une participation dirigeante à l’œuvre d’iniquité qui fut la honte de son siècle. Ses entreprises sur la Pologne et sur la Turquie eurent pour effet naturel de l’éloigner de la France. Ce fut elle pourtant qui, en brisant des liens séculaires entre la Russie et l’Angleterre, posa les premiers jalons du rapprochement qui est en train de s’effectuer aujourd’hui. Devançant même une heure qui n’a pas encore sonné, elle rêva de poursuivre et d’attaquer jusque dans l’Inde une suprématie rivale qui blessait son orgueil. Elle laissa, au demeurant, à son successeur, un héritage singulièrement agrandi. La population de l’Empire s’éleva, pendant le cours de son règne, de 20 à 37 millions d’habitants, avec des frontières reculées en proportion.

Elle fut l’amie de Voltaire et celle des philosophes en général. Elle se plut ou parut se plaire dans la société des hommes de lettres, des savants et des artistes. Elle aima ou parut aimer les livres, les chefs-d’œuvre de la peinture, de la statuaire et de l’architecture. Elle acheta la bibliothèque de Diderot et celle du patriarche de Ferney, et les fournisseurs attitrés de ses musées, Grimm et Reiffenstein, eurent fort à faire pour satisfaire à ses exigences. Pourtant, ni la littérature, ni la science, ni l’art national n’eurent guère à se louer d’elle. Ses goûts littéraires, artistiques et scientifiques correspondaient surtout à un besoin de réclame européenne. Les premiers tressaillements de vie intellectuelle et les premiers efforts de développement original dans cette voie, auxquels s’essayait alors le peuple russe, ne rencontrèrent en elle qu’un témoin indifférent, ou un gendarme ombrageux. Elle goûta cependant sincèrement le plaisir d’écrire, elle eut la fureur de bâtir, et elle s’adonna avec passion à l’étude de l’histoire nationale. Elle exerça ainsi, même dans cette direction, son rôle de souveraine initiatrice, stimulant les énergies latentes qui l’entouraient.

Elle écrivit des livres d’histoire, elle écrivit des comédies, des drames historiques, des romans, des fables et des opéras bouffes ; elle écrivit surtout beaucoup de lettres. Sa correspondance avec Grimm est un monument curieux. Elle fut journaliste, elle fut poète, elle fut pédagogue. Ses fondations scolaires valaient mieux que ses vers ; quelques-unes sont restées. Mais le grand fondateur de l’éducation nationale à son époque ne s’appela pas « Catherine le Grand », il s’appela Novikof, l’homme qu’elle condamna.

Sa vie intime, si grand qu’en ait été le scandale à un certain point de vue, ne semble pourtant pas avoir réalisé les images lascives qui ont hanté les imaginations et alimenté la légende et la malignité publique. Ce fut aussi celle d’une grande travailleuse et d’une femme d’intérieur. Les occupations, consciencieusement remplies, d’une souveraine soucieuse de son devoir et des récréations innocentes y ont toujours tenu une grande place. Levée tôt et tôt couchée, elle se délassait de ses travaux en écoutant une lecture, en visitant ses collections de l’Ermitage, ou, de préférence, en jouant avec des enfants dont elle aimait à s’entourer. Volontiers encore elle se livrait à des goûts de villégiature champêtre dans sa belle résidence d’été de Tsarskoïe Selo, créée et embellie constamment par elle. Ses réceptions de l’Ermitage, restreintes à un cercle familier, ne mettaient en lumière que la simplicité, la bonne grâce et l’aimable enjouement de son esprit et de son commerce.

Ses relations de famille furent traversées par les épreuves d’une vie conjugale qui devint vite odieuse et qui aboutit à un drame sanglant. Une maternité incomplète, tronquée pour ainsi dire dès le berceau et irrémédiablement viciée en fut la conséquence. L’ambition et la politique, en rendant Catherine usurpatrice tour à tour des droits de son époux et de ceux de son fils, ne favorisèrent évidemment pas le développement de ses sentiments dans le sens réclamé par la nature et par la morale. Il n’est cependant pas prouvé qu’elle ait pris part à la mort de son mari ; il n’est pas prouvé davantage qu’elle ait songé à déshériter son fils, et il est notoire qu’elle fut la meilleure des grand-mères.

En arrivant en Russie, elle trouva installée sur les marches du trône une forme de débauche souveraine analogue, sinon identique, aux modèles fournis par les autres cours européennes. Le favoritisme masculin y régnait depuis la mort de Pierre Ier, côtoyant une suite d’impératrices affranchies, par un hasard singulier, des liens du mariage, méconnaissant hautainement ceux de la morale.

Isolée à son tour sur un sommet que l’audace de quelques jeunes hommes l’avait aidée à escalader, Catherine fit comme avaient fait ses devancières ; seulement, elle fit plus grand. Elle essaya aussi de perpétuer, sous cette forme nouvelle, l’alliance de la politique et de l’amour qu’elle avait inaugurée avant son avènement, et elle y réussit en partie. Le conquérant de la Crimée fut son favori et son Premier ministre. Elle l’aima sincèrement. Elle aima de même Lanskoï, peut-être aussi Mamonof, et peut-être d’autres  encore.  Fut-elle  aimée ?  On  ne  saurait  le  dire.  Le contraire, du moins, ne parut pas. À défaut d’amour, elle sut toujours et jusqu’à la fin inspirer le respect.

Ce fut une femme extraordinaire et une grande souveraine. Comme femme, elle a prouvé que son sexe était capable de se mettre à la hauteur des destinées et des devoirs les plus élevés ; comme souveraine, elle a fait pour la grandeur de la Russie autant que Pierre Ier lui-même. Non pas pourtant, ainsi qu’on l’a dit, en attirant sa patrie d’adoption dans le giron de la civilisation européenne : la Russie n’est pas plus européenne aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a deux cents ans. Ni Europe ni Asie, a-t-on dit encore avec plus de justesse : sixième partie du monde. Cette Russie qui est et semble devoir rester une chose à part, qui, tout en prenant contact avec l’orbite des grands intérêts européens, paraît suivre son mouvement propre et obéir à une loi de développement particulier ; qui, tout en s’inspirant de la culture occidentale, ne trahit aucune tendance à se laisser absorber par elle ; cette Russie, Pierre Ier l’a créée de toutes pièces, Catherine, elle, lui a donné la conscience de sa force, de son génie et de son rôle historique.

2 août 1892

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1.Nous avons adopté pour les noms russes l’orthographe phonétique, la seule que la différence des alphabets rende applicable, et qui, pour cette raison, est aussi appliquée par les Russes aux noms étrangers. Nous avons cependant fait une exception pour quelques noms très connus, auxquels l’usage a attribué une orthographe de fantaisie. Ainsi nous écrivons Orlof, Vorontsof, au lieu de Arlof, Varantsof, ce qui conviendrait d’après la prononciation.

2.Voyez sur ce sujet l’ouvrage si attachant, brillant et solide à la fois, de M. Vandal, Louis XV et Élisabeth de Russie. Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 10 rue Garancière.

1.Et très incomplètement, par M. Bilbassov, dans les annexes du premier volume de son Histoire de Catherine. Nous nous servons du texte original qui est au dépôt des Affaires étrangères, vol. 57, Russie.

2.Ce titre a fort intrigué M. Bilbassov. C’est celui d’un roman espagnol de chevalerie, publié à Valence, en 1400, par Juan Martorell. Cervantès l’appelle : « Un trésor de contentement et une mine de passe-temps. » Le héros, qui du rang de simple chevalier parvient au trône de Constantinople, n’a rien de commun, ainsi que M. Bilbassov l’en a soupçonné, avec un oiseau (Tyrannus albus) d’Amérique.

3.M. Bilbassov n’a pu en donner dans son ouvrage qu’une reproduction tronquée ; nous soulignons les passages omis par lui.

1.Du moins n’avons-nous pas de document indiquant une ingérence antérieure dans le domaine défendu de la politique. Celui auquel nous faisons allusion est un billet adressé en février 1756 à Bestoujef, et communiqué à Frédéric II. (Politische Corresp., XII, 305.) Catherine y sollicite l’intervention du chancelier en faveur des Czartoryski.

2.Il ressort cependant d’une correspondance entre Brühl et Funcke, le ministre et le résident saxon, échangée pendant les années 1754-1755 (voir Herrmann, Der russische Hof, p. 298 et 299), que, dès l’année 1754, Bestoujef songea à faire acquérir à Catherine la corégence du duché de Holstein, et qu’il considérait cette mesure comme un acheminement au partage du pouvoir impérial. — D’après Michel Vorontsof (autobiographie publiée dans l’Archive du prince Vorontsof, V, 32), le chancelier aurait essayé de faire agréer par Élisabeth, sans qu’elle s’en aperçût, le projet réglant la succession du trône impérial au bénéfice de Catherine. Il l’aurait présenté à sa signature avec d’autres papiers sans importance. Mais Élisabeth se serait aperçue du tour qu’on voulait lui jouer.

3.Voir à ce sujet M. Bilbassov, Histoire de Catherine, I, p. 453 et suiv.

4.Le document essentiel pour cet épisode est un « Extrait d’une longue conversation que M. le comte de Broglie a eue avec le chevalier Douglas », joint à la dépêche du comte de Broglie. Varsovie, 2 octobre 1757. Affaires étrangères, Pologne.

5.Nous avons essayé de retracer les épisodes principaux de cette lutte émouvante dans un livre dont le premier volume a paru en 1887 sous ce titre : Les Potocki et les Czartoryski — La lutte des partis politiques avant le partage de la République (Cracovie ; en polonais). Un compte rendu en a été donné dans la Revue bleue du 11 août 1888. En ce qui concerne plus particulièrement la politique suivie par le comte de Broglie à Varsovie, les lecteurs français qui ont lu Le Secret du roi et qui ont pris assurément beaucoup de plaisir à cette lecture trouveront des indications complémentaires dans un échange d’observations auquel la Revue d’histoire diplomatique (2e année, nos 1 et 2, 1888) a bien voulu donner l’hospitalité et qui nous a valu l’honneur d’avoir pour contradicteur l’auteur du Secret du roi lui-même.

6.M. Bilbassov n’a pas eu connaissance des Mémoires de Poniatowski auxquels nous avons recours, et s’en rapporte (I, 391) aux témoignages de Helbig et de Rulhière pour révoquer en doute celui de L’Hôpital.

7.Ce Polonais, du nom de Branicki, était le chef et le premier personnage de marque d’une famille de vieille noblesse provinciale, dont plusieurs membres sont ou ont été établis récemment en France. Le comte Xavier Branicki, propriétaire du château historique et du domaine magnifiquement agrandi de Montrésor (Indre-et-Loire), est l’arrière-petit-fils de cet ami auquel le futur roi de Pologne dut son salut. À la même époque, une autre famille du même nom, plus anciennement illustre et portant d’autres armes, s’éteignait dans la personne de Jean-Clément Branicki, grand général de la couronne. Cette rencontre et cette similitude de noms ont souvent prêté à des confusions.

8.Poniatowski, Mémoires, p. 38 et 39. Voici la version du marquis de L’Hôpital : « M. le comte Poniatowski, enhardi par la témérité de la grande-duchesse, se détermina à l’aller trouver à sa maison de campagne ; mais en arrivant, il fut arrêté par un officier et conduit chez le général Brockdorf, où était le grand-duc... » — « Je sais », lui dit le grand-duc, « toutes vos intrigues avec la grande-duchesse. Peut-être même avez-vous de mauvaises intentions contre moi. Vous avez sur vous des pistolets de poche… — Quel soupçon !… — Vous n’avez donc d’autres intentions que de voir la grande-duchesse ? Eh bien, Poniatowski, allez-y, restez à souper avec elle ; vous savez que, de mon côté, j’ai une maîtresse. » (Dépêche du 10 août 1758. Affaires étrangères, Russie.) — Comparez encore : Messelière, Nouveaux Mémoires sur la Russie, p. 233 et 319.

9.Cet homme, un simple paysan, grossier et difforme en plus, une espèce de monstre, s’appelait Tchoulkof. Il fut plus tard fait chambellan.

10.Quant à l’authenticité du document, les historiens russes l’admettent sans contestation, en dépit de l’affirmation contraire de Catherine elle-même, consignée dans une lettre à Grimm : « Je ne sais ce que Diderot entend par mes Mémoires ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est que je n’en ai pas écrit, et que si c’est un péché de ne l’avoir pas fait, je dois m’en accuser. » (22 juin 1790, Recueil de la Société d’histoire russe.)

11.La première entrevue a eu lieu le 13/24 avril 1758. La date est donnée par une dépêche de l’envoyé anglais Keith (Raumer, II, p. 458). Le fait même est rapporté dans plusieurs dépêches du marquis de L’Hôpital qui ont échappé à l’étude, si exacte d’ailleurs, que M. Vandal a faite de sa correspondance. (« Aucune explication n’eut lieu entre les deux femmes, aucune promesse ne fut échangée… », M. Vandal, Louis XV et Élisabeth de Russie, p. 323.)

1.Voir au dépôt des Affaires étrangères un mémoire curieux sous ce titre : « Notes sur ce qui s’est passé au moment de la mort de l’impératrice Élisabeth. » (Mémoires et documents, vol. IX.)

2.Dépêche du marquis de Breteuil du 26 février 1762. Affaires étrangères, Russie. La scène est racontée à peu près de la même manière par le comte Mercy d’Argenteau, dans sa dépêche du même jour (Recueil de la Société d’histoire russe, XVIII, p. 188 et suiv.), avec cette différence que l’ambassadeur autrichien insiste sur ce point qu’il n’a pas été confondu dans la disgrâce du baron de Breteuil, l’empereur ayant paru au contraire vouloir le distinguer de son collègue français en lui adressant des regards aimables.

3.Chtchebalski, Le Système politique de Pierre III, p. 168.

4.Un portrait gravé par Denon, dont M. de La Figelière a omis de parler, mais qui se trouve au Cabinet des estampes, concorde trait pour trait avec celui de Diderot.

5.Ce récit, contenu dans une lettre de Catherine à Poniatowski, a été reproduit plusieurs fois : dans La Cour de Russie il y a cent ans (p. 202 et suiv., d’après une publication antérieure qui n’est pas indiquée), dans l’édition russe des Mémoires de Catherine (p. 268-277), dans le Trésor de pièces relatives à l’histoire de la Russie, du bibliophile Jacob (la lettre y est donnée à tort comme inédite), etc.

1.D’après un récit fait par Panine, beaucoup plus tard, à l’envoyé danois (voir Asseburg), on comptait procéder au coup d’État en s’emparant de Pierre le jour où celui-ci reviendrait d’Oranienbaum à Pétersbourg pour assister au départ de la garde, qui devait prendre part à la campagne. (Voir Archive russe, 1879, I, p. 362 et suiv.)

2.C’est celui de Schuhmacher, secrétaire de la légation de Danemark en Russie.

1.Récit publié par le Morgenblatt et reproduit dans l’Archive russe, 1869, p. 1089.

2.Catherine fait allusion à ce morceau dans sa lettre à Grimm, du 2 février 1778. Recueil de la Société d’histoire russe, XXIII, p. 77. L’original est aux Archives d’État.

1.L’épisode tragique de cette révolte, de la Pougatchefchtchina, comme on l’appelle en Russie, a inspiré des poètes et des romanciers avant de séduire des historiens. Le sujet était scabreux à traiter scientifiquement. Pourtant, le poète Pouchkine, auquel l’empereur Nicolas voulut bien communiquer en partie le dossier de l’affaire conservé aux Archives de l’Empire, jeta les premières bases d’une étude sérieuse des événements s’y rapportant. Depuis, la critique historique a largement fait son œuvre.

2.L’Instruction, écrite par Catherine en français, fut d’abord publiée en russe, puis en allemand. Une version française, dont Balthazard entreprit la publication à Lausanne, donna lieu à la découverte des emprunts faits par Catherine à Beccaria. Balthazard, s’en étant aperçu, jugea plus commode de copier les passages correspondants dans la traduction de l’œuvre du légiste italien, faite en 1766 par l’abbé Morellet. Il en fit autant pour Montesquieu. Le travail de plagiaire exécuté par l’impératrice fut ainsi mis au jour.

1.En français, dans l’Archive du prince Vorontsof, XI. Traduction russe dans l’Archive russe, 1877, II, p. 354.

2.Son rapport est aux Archives des Affaires étrangères, vol. 111, fol. 368 et suiv. Russie.

3.Frère Ge : le roi George d’Angleterre ; Frère Gu : le roi Guillaume de Prusse.

4.La correspondance de Simoline est aux Archives d’État à Moscou. Des fragments en ont été publiés par Feuillet de Conches, I, p. 221, 336 ; II, p. 24, 31 ; V, p. 165. D’autres fragments dans l’Archive russe, 1866, p. 800 et suiv.

5.Vinski, Mémoires, Archive russe, 1877, I, p. 87.

6.Recueil de la Société impériale d’histoire russe, XLI, p. 9.

7.Voir Solovief, La Chute de la Pologne, p. 181. Comp. Recueil de la Société impériale d’histoire russe, XXVII, p. 465.

8.Miller, La Question des paysans au XVIIIe siècle (Archive russe, 1875, III, p. 81 et suiv.). Comp. Bilbassov, Histoire de Catherine II, t. II, p. 280 (trad. allemande).

9.Recueil de la Société impériale d’histoire russe, vol. XXXI.

1.Wilhelmine a eu aussi les honneurs d’une traduction russe faite par Kozodavlef. Maurice Thümmel, né en 1738, près de Leipzig, est mort en 1817, à Cobourg.

2.Le fait en lui-même est exact ; l’évangile conservé à Reims jusqu’à la Révolution avait été trouvé dans un monastère de Prague. Sous Nicolas Ier, le gouvernement russe en fit faire une copie, qui fut imprimée à Paris. L’original se trouve maintenant au Musée tchèque.

3.D’après la théorie développée par Buffon, la végétation et la vie animale ont dû commencer dans les contrées du Nord, qui, les premières, se sont trouvées suffisamment refroidies. Mais il n’est guère question d’art dans ses Époques de la nature.

1.Quérard, Supercheries littéraires dévoilées, I, p. 656.

2.La Bibliothèque nationale possède, à Paris, des exemplaires, très rares, de la première et de la deuxième édition de l’ouvrage de Catherine.

3.M. Pincé est un des personnages du Tambour nocturne, comédie de Destouches.

4.Une de ces comédies, 5, traduite en français par M. de Baer, et insérée dans le recueil des chefs-d’œuvre des théâtres étrangers, a été attribuée par lui au comte Oginski, qui l’aurait écrite en 1784. C’est une erreur manifeste. M. Bessonof a fait dans l’ 6 (1870) une étude intéressante sur l’influence de la poésie populaire dans les drames de Catherine. M. Lebiedief a parlé dans 7 (mars 1878) de l’influence de Shakespeare sur ces mêmes compositions.

8.Obidach a été publié en 1787, en allemand, avec une traduction russe de Stemione Vieliki.

1.Ce trait est rapporté dans des fragments de mémoires publiés par L’Antiquité russe, 1874, X, p. 772. Nous avons à observer cependant que Bezborodko ne fit partie du Sénat qu’après la mort de Catherine.

1.Nous empruntons ces détails à un très intéressant opuscule de l’abbé de Lubersac.

1.9 et 14 septembre 1784 ; l’original est en français.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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