Chapitre 4
Les premiers quinze jours passés à Paris furent exactement comme la première soirée ; Mina déclara à sa mère qu’elle passerait sa vie à Paris. Madame Wanghen n’était pas tout à fait du même avis, ce n’était point un esprit brillant, mais elle avait une sagacité singulière, elle voyait tout et il eût été difficile de lui rien cacher.
Mina était folle du Théâtre Français et ne concevait pas pourquoi il n’y avait pas foule tous les soirs. Le baron de Vintimille commençait à n’être plus si sûr de son admiration pour la jeune lady, comme il l’appelait. Il trouvait qu’il y avait de grandes fautes de calcul dans la comédie si agréable d’ailleurs qu’elle jouait avec tant d’aisance.
– Elle ne produira pas tout l’effet auquel elle s’attend, disait-il finement à sa femme.
– Je n’ai jamais partagé votre admiration, répondait la baronne. Sa conduite n’est pas bien calculée, c’est une tête bizarre. Quelle est cette manie de ne vouloir jamais être mise avec tout le luxe qui est d’étroite convenance pour une personne si riche ? Elle est au-dessous de la position où le ciel l’a placée. Je suppose qu’elle vient ici dans le dessein d’épouser quelque duc français. Eh bien ! quel est le jeune homme qui se respecte un peu et qui voudrait cet éternel négligé et de ces courses continuelles et horriblement fatigantes ?
– Ces dames n’ont rien dit à notre ami Bonnevin, le notaire, que j’avais introduit exprès dans leur intimité. Il en a été pour sa course à Chantilly qui a duré deux grands jours. Ces dames y allant, il a supposé une affaire importante à examiner dans les environs. Il a fait tout au monde pour se faire parler mariage ; ces dames ne lui ont parlé que du grand Condé.
– Mais vos lettres de Kœnigsberg sont-elles toujours sur le même ton ?
– Toujours, pas la moindre faute d’orthographe dans la conduite de la mère ou de la fille. La fortune est même plus considérable que ce qu’elles disent et il n’est aucun jeune homme de ce pays-là qui ne fût ravi d’être choisi par Mademoiselle Wanghen.
– Mais alors, elle est éprise de quelque être inférieur et qu’elle ne peut pas épouser.
– C’est possible, il faut bien qu’il y ait un pourquoi à cette conduite, mais enfin, s’il faut tout dire, je ne devine point cette raison secrète.
– Ces dames ont-elles encore refusé notre dîner de mardi ?
– Non, Madame Wanghen a voulu accepter.
– Nous verrons comment la superbe Mina sera mise.
Le baron ne voulant pas compromettre la sûreté de son coup d’œil ne fit point dîner les dames Wanghen avec ses nouveaux amis de la bonne compagnie. Il comprit bien qu’il faudrait leur expliquer Mina et il trouvait trop simple et voisine du ridicule la seule réponse qu’il eût à faire et qui mettait en fureur sa femme, la baronne de Vintimille : « Elle est ce qu’elle paraît : gaie, fort instruite et folle de Paris. »
Le dîner auquel il l’avait invitée n’était qu’un dîner de gens à argent.
La plupart étaient nés pauvres, quelques-uns simples ouvriers, et comme le disait M. de Vintimille, ce n’en était pas moins un dîner de vingt millions. En fait de gens insignifiants, c’est-à-dire ne comptant point dans les millions, il y avait un neveu du maître de la maison, chef d’escadron dans un régiment de lanciers, un chef de division au Ministère de l’Intérieur et un écrivain peu connu qui en cette qualité voulait entrer à l’Académie Française. Lorsque M. de Vintimille entendit la voiture des dames Wanghen il rappela à ses hôtes qu’il allait avoir l’honneur de leur présenter une dot de sept millions et une jolie figure, et courut recevoir ces dames au haut de l’escalier.
– Dites-moi les noms et, de grâce, faites-moi un peu de description, dit Mina, afin que je puisse comprendre quelque chose aux discours.
– Le gros homme à lunettes et à cheveux plats, qui sera à droite de la baronne de Vintimille, a refusé un ministère il y a six semaines, il est député, riche fabricant, et sera ministre un jour.
Un homme, qui a une physionomie pétillante d’esprit, sera à la gauche de Madame de Vintimille. Par malheur sa physionomie est une menteuse. Il ne sait pas dire un mot qui vaille, il fait des spéculations peu brillantes, mais sûres, et je l’évalue bien à trois millions. Je placerai auprès de vous, Mesdames, M. de Derneville, écrivain célèbre, ordinairement il parle beaucoup ; mais il y a une place vacante à l’Académie, il craindra de se compromettre par des épigrammes sur des gens connus et probablement ne dira rien. Il a une superbe épingle de diamants à son jabot. Vous remarquerez, Mesdames, un homme qui, à côté du nez le plus ridiculement petit, a des yeux bleus également singuliers par leur grandeur. Il était simple ouvrier chez Richard Lenoir, il y a vingt ans. Il a quatre millions aujourd’hui, c’est le plus riche fabricant de… en son genre. C’est un homme de la première ligne.
– Présentez-moi à lui particulièrement, dit Mina, je veux en être connue. C’est un homme comme mon père.
Quelle affectation ! dit le baron, son père a-t-il jamais été simple ouvrier !
– Mais je vous retiens, Mesdames.
– De grâce, encore quelques mots, s’écria Mina.
– Un monsieur de très bonne compagnie, qui a plusieurs croix et ne dira mot, c’est le général de Varces qui a une fort belle terre à vendre. Un Monsieur qui a aussi cinq ou six croix, mais qui parle toujours, c’est M. Rotal l’un des brillants et des plus zélés capitaines de la garde nationale de Paris ; il est fabricant de… Le gouvernement le protège dans toutes ses entreprises et il est en train de doubler sa fortune actuelle qui est bien de deux millions.
Vous serez frappée, Mademoiselle, de la figure d’un homme encore jeune qui a une tête ronde et des cheveux extrêmement noirs. C’est un être fort vain, un beau diseur, s’écoutant parler et qui a l’air de dire aux malheureux qui essuient ses phrases vides : « Que vous êtes heureux, mon cher, d’être en rapport avec un homme de ma sorte. » Ce Monsieur n’est rien moins que le baron Faneau, ancien chargé d’affaires ou ambassadeur auprès d’une petite cour d’Allemagne. Il a trois millions, mais il est au désespoir de ne plus avoir sa place. Il a été trop faux, assure-t-on, même pour un diplomate. On l’a remercié comme gâtant le métier. Maintenant il se jette dans l’industrie et achète des actions dans toutes les entreprises. Il nous donne des nouvelles et sait tout ce qui se passe et se dit dans les ministères.
J’oubliais M. Pomar, c’est le plus riche propriétaire de la Bourgogne, il paie cinquante-quatre mille francs d’imposition. Tous les dimanches il va à la messe avec sa mère, il lui emprunte deux sous pour payer sa chaise à l’église et je suis sûr qu’il ne les lui rend jamais. Celui-là, à franchement parler, c’est un vilain homme et qui porte son caractère sur sa figure. Nous faisons beaucoup d’affaires ensemble. Je lui disais un jour, il y a deux ans, que je voulais acheter une certaine forêt dans les environs de Paray, il ne connaissait pas cette affaire qui était bonne en elle-même et qui me convenait beaucoup parce que j’ai une usine de fer dans les environs, il partit en poste dans la nuit et alla acheter cette forêt.
– Comment, et vous voyez un tel homme, dit Mina ?
– Sans doute, c’est moi qui suis un sot d’avoir parlé. Je lui ai donné un chapeau de vingt mille francs et il m’a rendu ma forêt.
Le lecteur a peut-être trouvé cette liste bien longue. Mina, bien différente du lecteur, en était amusée, plusieurs fois (elle) avait retenu par ses questions M. le baron de Vintimille qui voulait donner la main à Madame Wanghen et entrer au salon. Elles y furent reçues avec des compliments infinis par Madame et mesdemoiselles de Vintimille. On annonça bientôt le dîner. Le riche fabricant de tapis, futur ministre, donna la main à Mina qui lui trouva l’air fort raisonnable.
On se mit à table. Sur le champ la (la la) conversation générale commença par une discussion serrée et chaudement conduite sur le caractère politique du célèbre M. N… qui la veille avait parlé à la Chambre avec un succès immense. Le capitaine de la garde nationale porta aux nues l’ancien ministre.
– Parlez de son éloquence, mais non de la fermeté de son système politique.
Le capitaine répliqua chaudement.
– Nous ne pouvons être d’accord, lui cria M. Pomar, vous parlez comme un homme qui fait des entreprises, quant à moi je ne tiens au gouvernement que par les impôts que je lui paie.
Mina trouva que la conversation commençait d’une manière cruellement grossière, elle n’avait jamais vu rien de semblable dans les comédies de Marivaux. Bientôt on se dit des choses bien autrement fortes, on eût dit que ces messieurs étaient sûrs de ne pouvoir jamais s’offenser ; et les physionomies étaient encore pires que les paroles. Le chef d’escadron de lanciers, neveu du baron, dit à Madame Wanghen, sa voisine : « Ceci devient trop chaud, ces messieurs oublient qu’ils parlent devant de belles étrangères, il faut que je dise quelque bêtise dont je vous demande pardon. » Il raconta une histoire qui débutait bien et qui finit tout à coup par un mot qui était une grosse bouffonnerie et par un calembour.
A l’instant tous les invités déclarèrent, en parlant à la fois, que c’était un genre d’esprit pitoyable que le calembour. Chacun s’était mis à raconter avec l’empressement le plus marqué les calembours nouveaux que l’on pouvait espérer être écoutés par le voisin. Mina remarqua que deux ou trois calembours, que réellement personne ne savait, amenèrent un moment de silence complet : l’assemblée était occupée à les deviner avec une anxiété visible.
Le maître de la maison ne voulut pas qu’on parlât politique devant le riche fabricant, futur ministre, auquel à ce titre une telle conversation ne pouvait pas convenir. Il coupa un commencement de politique en demandant au capitaine de la garde nationale qui arrivait du Havre comment cette ville se tirait de la crise commerciale de l’Amérique.
– On y vend tout à vil prix pour sauver les cotons.
– Mais, c’est Paris qui souffrira.
– Savez-vous que la maison Wolf, Tiger et Cie a déclaré qu’elle n’accepterait aucune traite d’Amérique à compter d’hier lundi.
A ce moment six personnes parlaient à la fois. Il faut rendre justice à ces Messieurs, ils ne criaient pas, mais chacun parlait en appuyant sur les mots et en faisant remarquer qu’il était parfaitement sûr des choses qu’il avançait. Cette façon de converser dura bien dix minutes. Mina fronçait le sourcil.
– Tu as peur, lui dit Madame Wanghen en allemand ?
– Il est vrai, je n’ai jamais vu d’êtres si grossiers.
– Et le plaisant, dit madame Wanghen, c’est que c’est nous, allemands, qu’ils accusent de grossièreté. Jamais chez ton père, où il y avait aussi des dîners de vingt millions, as-tu vu des hommes se parler de cet air méchant et grossier ?
– Voilà qu’ils en sont presque aux démentis, dit Mina un instant après.
En effet chacun de ces honorables capitalistes prétendait savoir mieux que son voisin ce qui se passait à Londres et surtout à New-York, alors en pleine crise commerciale.
– Je suis d’un avis directement contraire, disait M. Pomar, je vous dis que les retours de la Nouvelle-Orléans se font en caissettes de piastres, on se garde bien de prendre des traites qui coûteraient sept à huit pour cent.
Ce diner 1 jeta Mina dans une profonde rêverie ; Madame Wanghen remarqua même que cette disposition au silence et à la réflexion n’était point altérée par la brillante soirée qui suivit le dîner du baron de Vintimille.
Le dîner avait été composé presque uniquement de gens à argent. La soirée réunit toutes les jeunes femmes de la connaissance du riche banquier. Elles n’avaient garde d’oublier un des plus magnifiques salons de Paris et surtout un des mieux peuplés. Ces dames arrivèrent presque toutes à la fois de neuf heures et demie à dix heures. Elles se placèrent des deux côtés de la cheminée. Les dames Wanghen remarquèrent à leur grande satisfaction que l’on ne formait point un cercle régulier comme à la Bourse. A mesure des arrivées des conversations particulières s’établirent. Plus de cent cinquante hommes parurent successivement : les députés les plus jeunes et les plus influents, quelques généraux, des médecins, quelques écrivains cherchant comme ceux-ci à se faire connaître en promenant leur figure comme un prospectus, passèrent successivement. Par malheur pour la curiosité des deux étrangères, on n’annonçait point chez Madame de Vintimille et mesdames Wanghen ne surent que plus tard les noms célèbres dont elles avaient vu la figure sans pouvoir la marier avec leurs noms. Très peu de ces Messieurs parlèrent aux femmes, ce n’était pas assurément faute de loisirs, car plusieurs erraient dans l’appartement et regardaient les tableaux.
A l’occasion de son nouveau titre le baron craignait mortellement les plaisanteries des petits journaux, c’est pour parer à cet inconvénient qu’il avait fait venir son neveu le chef d’escadron que madame la baronne de Vintimille n’aimait guère. Cette mesure toute belliqueuse était de lui. Monsieur de Miossince, un grand personnage qu’il considérait beaucoup lui avait dit : « L’exposition des tableaux est contemporaine de votre nouveau titre, achetez les tableaux dont les auteurs ont du crédit dans les journaux et que vous y verrez louer. »
M. de Vintimille avait saisi cette idée et il était partant un protecteur éclairé des arts.
Madame Wanghen demanda les noms de certains jeunes gens fort bruyants et assez connus dans le monde, leur amabilité (était) fort marquée envers Mina. Seule, parmi les femmes, elle fut honorée de leur attention. Mais rien ne put la faire sortir d’un sérieux profond tout à fait étranger à son caractère. Elle voulut rentrer à onze heures, elle qui ne trouvait jamais que les soirées se prolongeaient assez tard.
– Qu’as-tu donc, ma chère amie, dit madame Wanghen en montant en voiture ?
– La grossièreté de ces gens-là, répondit Mina avec un soupir. Me suis-je donc trompée, continua-t-elle d’une voix lente et pensive ? Sont-ce là ces aimables Français ? La société aimable que j’ai rêvée existe-t-elle sur la terre ?
– Quoi ! ma chère Mina, tu n’es pas malade ? Rien ne t’a blessée en particulier à ce dîner ?
– Rien absolument.
– Ah ! tu m’ôtes un grand poids de dessus le cœur. Je craignais que tu n’eusses pris une passion soudaine pour ce riche monsieur øøø ou pour son aimable antagoniste le beau monsieur øøø.
– Quelle grossièreté ! Ah ! maman, ne revoyons jamais ces gens-là.
– Mais sois juste, mon enfant. N’avons-nous pas obtenu les avantages matériels et positifs que nous refuse la société allemande ? Est-ce qu’un futur ministre t’aurait parlé à Kœnigsberg ? Est-ce que (nous) nous trouvions à table avec des gens aussi considérables en Prusse que des députés à cent mille livres de rentes ? En intriguant le soir en France, nous aurions occupé, toi et moi, les places d’honneur. Evidemment ce soir la société ne considérait aucune de ces belles dames que nous verrons plus tard comme valant mieux que nous par le rang.
– Eh, maman, en Prusse je n’ai jamais eu le cœur navré comme je l’ai en ce moment. Dieu ! Quels êtres ! Si j’étais ma maîtresse je crois que je repartirais à l’instant pour Kœnigsberg.
– Mais, chère Mina, quelqu’un de ces gens-là a-t-il manqué de politesse à ton égard ? Je ne t’ai jamais vue dans un état aussi violent.
A ce mot Mina partit d’un éclat de larmes.
– Il vaut mieux se livrer à ces petits enfantillages, dit-elle à sa mère, en s’efforçant de sourire au milieu de ses larmes ; cela passera plus vite. Plût à Dieu que j’eusse à me plaindre de quelqu’un en particulier… Ces gens-là me font horreur, dit-elle en redoublant de larmes et cachant sa figure sur l’épaule de sa mère.
Madame Wanghen vit qu’il fallait causer avec sa fille et que cette crise nerveuse passerait plus tôt.
– Je t’ai vue pâlir à table tout à coup, mais la salle à manger était vaste et bien aérée, il ne faisait point trop chaud ; pour moi j’admirais ces colonnes élégantes et ces petites fenêtres au-dessus des colonnes, c’est comme au palais du roi à Berlin.
– Hé, maman, que me font toutes ces choses physiques ? La grossièreté de ces hommes !…
– J’ai eu aussi cette idée-là en te voyant pâlir, mais ils n’élevaient point trop la voix en parlant, même les tournures de leurs phrases étaient assez polies.
– Plût à Dieu qu’ils se fussent emportés ! Ils auraient une excuse, on en verrait moins le fond de ces âmes grossières. Ah ! maman, as-tu vu leur physionomie ? La profonde grossièreté de ces âmes contentes d’avoir de l’argent ? Dieu ! que doivent être ces gens-là dans l’intérieur de leurs familles et lorsque rien ne les gêne ? Ah, maman, dit Mina, en redoublant (reboublant) de larmes, chez quel peuple sommes-nous venues 2 ?
– Tu vas donc une fois être juste pour notre pauvre Kœnigsberg, dit Madame Wanghen. Tu as vu dîner chez moi, le jour de la fête de ton père, les Jacobsen, les Wolfrath, les Stenneberg, les Emperios, tout ce qu’il y a de mieux parmi les gens à argent de la Prusse orientale. Certainement ces gens-là, même sans y comprendre ton père, possédaient bien au moins vingt millions de leurs francs, comme les gens d’aujourd’hui. Avaient-ils cette aigreur, avaient-ils ce ton profondément impoli au fond ? Au milieu de la forte passion qui les possède et dans leur ardeur de persuader à tous leurs voisins qu’ils sont des gens considérables, les gens d’aujourd’hui n’avaient-(ils) pas l’air capables de tout faire ?
– Voilà le mot, chère maman, c’est toi qui l’as trouvé ! Et la politesse que ces gens à argent français étalent sur ce fond abominable ne les rend que plus hideux. Non, dans quelque position que par l’imagination on essaie de placer ces gens-là, on les voit toujours agissant suivant les règles strictes d’un égoïsme abominable. Ils veulent avant tout et à quelque prix que ce soit persuader à tout ce qui les écoute, primo qu’ils ont beaucoup d’argent, secundo qu’ils jouissent de la plus haute considération, tertio qu’ils ont beaucoup d’esprit.
– Te rappelles-tu la douce gaieté et la véritable bonhomie de M. Stenneberg, de M. Wolfrath, même du bon Jacobsen, quand ils étaient à table chez leur ami Pierre Wanghen ?
– On peut dire que ceux-ci forment un contraste parfait avec nos bons Allemands, répondit Mina ; elle ne continua pas sa pensée : il faut donc retourner à Kœnigsberg et renoncer à trouver rien de mieux. Sans doute elle estimait les Stenneberg, les Wolfrath, les Jacobsen, mais elle les trouvait si ennuyeux, si soumis de cœur à tous les préjugés 3 !
– Et par malheur ce ne sont pas seulement là les hommes à argent de ce beau pays, tu as vu à la fin quand on est venu à parler de la question des sucres, que sept de ces messieurs sont députés et, comme tu sais, cet homme aux cheveux noirs et si courts, pour une Allemande, qui était à la droite de Madame de Vintimille, a refusé le ministère.
– Hé, je ne désire point voir des gens de la Chambre, dit Mina avec un peu d’humeur.
– En ce cas tu verras des gens du faubourg Saint-Germain pour lesquels tu ne seras qu’une bourgeoise.
– Pardon, chère maman, dit Mina en se jetant dans les bras de sa mère, je crois que j’ai eu un peu d’humeur. Il faut avouer que ces Français-là sont un peu différents de ceux que j’ai connus.
– Dis de ceux que tu as vu agir dans les livres, car, avouons-le…
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