‹ Le serment des hommes rouges: Aventures d'un enfant de ParisChapitre 25 sur 79 · IX

IX

LE GAMIN DE PARIS

Et le cheval galopait à travers les halliers, emportant l'officier des gardes-françaises et la marquise de Vilers.

--Qui êtes-vous? s'écria celle-ci en faisant un mouvement pour se dégager.

Mais le cavalier l'enserra plus étroitement encore en répondant:

--Je suis l'un de ceux qui t'aiment et qui donneraient leur sang pour toi. Je suis l'un des Hommes Rouges. Souviens-toi de Fraülen. Je suis le chevalier Albert de Maurevailles.

La marquise, épouvantée, poussa un grand cri.

A ce cri répondit une autre exclamation.

Et des broussailles sortit, à vingt pas en avant du cheval, un jeune homme portant, lui aussi, l'uniforme des gardes-françaises.

Il s'élança pour barrer le passage, mais Maurevailles fit faire à son cheval un bond de côté et lui enfonça ses éperons dans le ventre...

Le cheval était passé... Le soldat, à pied, ne pouvait espérer le rattraper, ni même le suivre.

Mais il eut une inspiration subite.

Il tira son sabre et, avec la rapidité de l'éclair, le lança par la pointe vers les jambes du cheval.

L'arme tournoya en sifflant jusqu'à ce qu'elle eût atteint son but...

L'animal venait de s'abattre...

Il avait un jarret coupé.

Ce jeune homme, arrivé si à propos pour arrêter la fuite de Maurevailles, on l'a deviné, c'était Tony...

Tony qui, voyant Lavenay et Lacy retenus par leur service auprès du marquis de Langevin, s'était dit:

--Le danger n'est plus ici, il est là où va Maurevailles.

Où se rendait Maurevailles,--officiellement du moins,--Tony le savait bien.

En sa qualité de secrétaire du colonel, il avait lui-même rédigé les pleins pouvoirs avec lesquels l'officier était parti.

Mais, dans le temps que lui laisserait l'accomplissement de son devoir, qu'allait faire Maurevailles?

Cela ne laissa point que d'intriguer le jeune homme.

Aussi se promit-il de se servir de la première circonstance qui lui permettrait ou de rappeler Maurevailles ou de le rejoindre. Elle ne se fit pas attendre.

Le lendemain, le maréchal de Saxe, sous qui étaient maintenant les gardes-françaises, ordonnait au marquis de Langevin d'attendre le gros de l'armée à trente-cinq lieues de Paris, sur la route des Flandres. Tony alla trouver le colonel-général et lui demanda d'être le messager qui irait dire au chevalier de Maurevailles de ne pas continuer sa route au delà de trente-cinq lieues et choisir pour l'état-major des logements convenables, appropriés à un séjour plus ou moins long.

Bien qu'il lui en coûtât un peu de se séparer de son secrétaire, qu'il affectionnait de plus en plus, le colonel n'eut pas le courage de lui refuser ce qu'il demandait.

Et Tony, muni de son ordre, partit immédiatement au grand galop, dans la direction qu'avait prise Maurevailles.

On a vu comment il était arrivé à point nommé dans la forêt de Blérancourt.

En s'abattant, le cheval avait entraîné, sur la mousse du hallier, Maurevailles et la marquise.

Rompu aux exercices du corps, toujours prêt à tout accident, le capitaine n'avait eu qu'à ouvrir les jambes pour se trouver debout et sans aucun mal.

Quant à la marquise, qui était en travers du pommeau de la selle, elle avait simplement glissé à terre.

Tony s'élança pour la relever.

Mais déjà Maurevailles avait mis l'épée à la main. D'un bond, il se plaça devant elle.

Et Tony était désarmé!

Le cheval était tombé sur son sabre, sur lequel il se tordait dans les douleurs que lui causait sa blessure.

--Ah! petit misérable, s'écria Maurevailles, tu te trouveras donc toujours sur notre route! Je vais te guérir une bonne fois de ta manie de te mêler de ce qui ne te regarde pas.

Et il fondit sur Tony, l'épée haute. Le jeune soldat n'eut que le temps de bondir en arrière.

--Au secours! cria inconsciemment la marquise.

--Tiens, tiens, dit railleusement Tony, il paraît que nous ne reculons pas au besoin devant l'assassinat, monsieur le capitaine?...

--Défends-toi!... cria le comte en le poursuivant.

--Me défendre? Avec quoi?... Ah! de capitaine aux gardes-françaises, devenir voleur de femmes et spadassin, pour un gentilhomme, la chute est lourde!... disait Tony; en fuyant d'arbre en arbre, avec l'agilité d'un gamin de Paris et en évitant les atteintes de Maurevailles, qui, écumant de colère, le poursuivait toujours.

--Au secours! au secours! continuait de crier la marquise affolée.

--Je te clouerai comme un hibou le long d'un de ces arbres! hurlait le capitaine en courant après Tony.

Mais le gamin, toujours railleur, répliquait:

--Vous ne clouerez rien du, tout! Dites donc, capitaine, et moi qui vous apporte un ordre du colonel...

Un furieux coup d'épée vint déchirer le revers de son habit. Il gagna au large.

--Sapristi, vous avez justement failli le trouer. Si c'est comme ça que vous recevez les messagers...

Il fut de nouveau obligé de s'effacer derrière un arbre.

--Ah! c'est ennuyeux, à la fin, dit-il en se baissant et en ramassant vivement une grosse pierre, il faut que je remplisse ma mission, moi!...

Et la pierre, lancée avec une sûreté de coup d'oeil infaillible, alla frapper l'ennemi en plein front.

Maurevailles poussa un véritable rugissement en portant les deux mains à son visage.

Tony profita de l'instant et bondit sur lui pour le désarmer.

Mais ce mouvement lui fut fatal. Il glissa et tomba à la renverse.

Maurevailles, triomphant de sa douleur, lui mit un pied sur la poitrine et leva son épée...

La marquise eut un cri terrible et ferma les yeux.

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