‹ Le Sûtra en 42 articlesChapitre 45 sur 46 · ÉPILOGUE

ÉPILOGUE

1. La forme tibétaine est T’i-u t’o-u. — On dit en chinois Tcheou Tchao Wang, c’est-à-dire Tchao-Wang (ou « l’empereur Tchao ») de la dynastie des Tcheou. Il régna de 1052 à 1002 av. J.-C. — La date fournie par notre texte correspondrait donc à 1029 avant notre ère.

2. La forme tibétaine est Mu-wang ; il s’agit du successeur de Tchao-Wang (1001-946). L’année donnée ici serait donc 949 : ce qui mettrait le Nirvâna quatre siècles avant l’époque que les Singhalais lui assignent. M. Beal (Travels of Buddhist pilgrims, p. 23) donne la date 770. — Je ne discuterai pas sur ce point : mais c’est un fait bien connu que les bouddhistes du nord, en particulier ceux de Chine, reculent beaucoup plus loin dans le passé que ceux de Ceylan l’origine de leur religion. — Les expressions « tigre de bois, singe d’eau », appartiennent à la nomenclature du cycle de soixante ans, dans lequel les noms des douze animaux qui président aux années sont combinés avec ceux des cinq corps de la nature, le bois, le feu, la terre, le fer, l’eau.

3. Ming-ti, de la dynastie des Hân, régna de 58 à 76 après J.-C. — La date correspond donc à 65 de notre ère. Les mots chinois yong phing qui revient deux fois et que le tibétain transcrit d’abord yung phing et ensuite yong pheng, sont bien connus pour être le nom de la septième année de Ming-ti. — Nous ferons cependant observer que le terme yong phing ne figure pas dans les noms qui forment la liste du cycle de soixante ans, mais qu’un des noms de cette liste s’en rapproche assez, c’est Phing yin (« tigre de feu »), et que ce nom est précisément celui de la soixante-sixième année de notre ère, selon l’Art de vérifier les dates.

4. Ce nom est transcrit en tibétain hphu-yi.

5. Outre Wang-thsun, M. Beal (Asiat. Journ. of London, 1862, p. 337), cite Tsai-in, chef militaire, et Tsin-king, chef civil aussi bien que Wang-thsun.

6. Ce nom est transcrit en tibétain Yvo-çi. M. Beal (loco citato) dit : « Tai yue Chi (Getœ). » Mais ce nom doit être indien. Youe répond au sanskrit vi et probablement aussi à Vri (Méthode Julien, n 2270). — Chi répond au sanskrit ji (Méth. Julien, n 205). — Ne s’agirait-il pas du pays de Vriji ?

7. D’après ces données, le voyage aurait duré moins d’un an ; c’est peu pour une mission aussi longue, aussi difficile et aussi laborieuse. M. Beal (loco citato) dit : « Onze ans. » C’est plus satisfaisant. Mais peut-on expliquer ce retour du nom de la même année ?

8. Le nom de ce célèbre monastère est écrit en tibétain Lô-ui yang. D’autres documents cités par Abel Rémusat (Foe-koue-ki, p. 44) et par M. Beal (As. Journ., p. 338), rapportent qu’on éleva dans cette localité un monastère du cheval blanc, en mémoire du transport des livres bouddhiques de l’Inde en Chine, par Matanga et Gobharana qui achevèrent leur vie dans cette retraite. — Ce dernier détail est contraire à la donnée fournie par notre texte : il faut convenir qu’il est, de tous points, plus croyable. — Du reste, pour toute cette histoire, on peut consulter le Foe-koue-ki (Ch. VII et notes, p. 35 et 44).

9. Bon est le nom de l’ancienne religion des Tibétains, qui l’appliquent, par analogie, aux religions primitives des pays où le bouddhisme a pénétré. Le passage chinois correspondant est tsoui fô i tao. « Ils firent cesser le respect des doctrines différentes (de celle du Buddha) ». Au lieu de « sectateurs de Bon », M. Schiefner dit : les tao-sse de la Chine ; Huc avait fait de même. Je ne trouve pas dans le texte chinois l’expression tao-sse. J’accepte néanmoins la traduction, mais non l’identification de la doctrine de Bon et de celle des tao-sse. Klaproth a soutenu cette opinion. Dans les notes du Foe-koue-ki (p. 230-1), il ne fait pas de différence entre les sectateurs de Bon et les tao-sse. C’est une opinion fort contestable, sinon erronée. D’ailleurs, Klaproth a cru à tort voir le nom des tao-sse dans l’expression tao-jin (homme de la voie), que Fa-Hian emploie à plusieurs reprises et que M. Beal traduit fort bien, à mon avis, par « disciple fidèle, disciple du Buddha ». En effet, le mot chinois tao a bien des applications diverses, et on commettrait de singulières méprises, si on ne voulait voir sous ce mot que ce que l’on appelle en Chine « le tao », c’est-à-dire, la doctrine particulière des tao-sse.

10. La Plaine (noire) est le nom tibétain de la Chine, la plaine blanche étant celui de l’Inde.

11. Cette partie n’a pas été traduite par M. Schiefner qui s’est borné à en donner une analyse en tête de son travail.

12. Gnam skyong gong, expression fidèlement traduite en mongol et qui répond à l’expression chinoise Khien-long, nom de l’empereur. La traduction Mandchoue du chinois Khien-long est, selon Abel Rémusat (Nouveaux mélanges asiatiques II, 45) Abkaï Wekhiyekhe. Mais cette expression ne se trouve pas dans la partie Mandchoue de la Polyglotte, qui y substitue celle-ci : Manjusiri edshen (« le seigneur Manjuçri »). Le terme Manjuçri signifie littéralement « La Fortune douce » et peut à peine passer pour une traduction, un équivalent de Khien-long. Que vient faire ici le nom de ce Bodhisattva imaginaire ? Est-ce l’effet d’une simple méprise ? A-t-il été mis là par intention ? Est-ce une manifestation d’un zèle bouddhique exagéré ? La méprise est difficile à admettre ; et l’intention ne se justifierait guère ; car, les Tibétains qui se connaissent mieux que personne en manifestation de zèle bouddhique, n’ont point été chercher Manjuçri et se sont contentés de traduire le mieux possible l’expression chinoise Khien-long.

La mention de l’ordre de Khien-long est accompagnée d’une date dans le chinois seulement. Les caractères semblent devoir se lire sin-tcheou-souy (« année sin-tcheou »). — Or, 1721 et 1781 sont des années sin-tcheou ; mais la seconde seule (1781) appartient au règne de Khien-long compris entre 1735 et 1796. Faut-il descendre jusqu’à une date si rapprochée de nous ? 1721, proposé par M. Beal, est antérieur à Khien-long ; 1741, proposé ci-dessus (Intr., p. xlvii), est une année sin-yeou et semble devoir être écarté. Il y a là une difficulté que je ne sais pas résoudre.

13. Les noms des trois traducteurs sont sanskrits et donnés sous la forme sanskrite. Ces noms sont-ils les véritables ? ou ont-ils été traduits du tibétain en sanskrit ? Nous ne savons. Ce qui est certain, c’est ce que ces noms étaient d’origine indienne et que s’ils avaient été mis sous la forme tibétaine, il était très-facile de les ramener à la forme originelle. Cependant il est plus probable qu’ils étaient habituellement employés sous la forme sanskrite. À l’exemple du tibétain, le mongol, le chinois et le mandchou reproduisent ces noms sous la forme sanskrite, en les transcrivant.

Les noms des deux auteurs de la version tibétaine sont accompagnés d’un terme que je ne comprends pas : dka « difficile », vcu « dix. » Je le traduis par « dix fois éprouvé » ; mais il est certain que ce ne doit pas être le véritable sens. Il est à remarquer que le mongol transcrit ce terme sans le traduire : le chinois en fait autant, aussi bien que le mandchou : ainsi tous les textes traitent ce terme tibétain comme les noms sanskrits ; ils le transcrivent sans le traduire ; ce qui donnerait lieu de croire qu’il est intraduisible. C’est certainement un titre honorifique ; mais c’est tout ce que nous en pouvons dire. — Peut-être vaudrait-il mieux faire comme les textes parallèles, transcrire ce nom au lieu de le traduire et dire : « Le Katchou Subhagaçreyadhvaja et le Katchou Dhyânarishtamvyâsa » singulière alliance d’un nom sanskrit et d’un titre tibétain.

Le terme tibétain Rab byams pa qui accompagne le nom du traducteur mongol est plus clair ; Csoma le donne dans son dictionnaire ; mais il est également transcrit, non traduit dans le mongol lui-même, ainsi que dans le chinois et le mandchou. Je le rends par « docteur ».

14. Jina (« le victorieux ») est, on le sait, un des noms, une des désignations du Buddha.

15. L’épilogue qui termine le texte de l’édition purement chinoise est tout autre que celui de la Polyglotte. Il n’est pas historique.

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