8.2
L’incident était clos. Theresia avait gagné et le pauvre Tallien dut refouler au fond de son cœur l’accès de jalousie qui le torturait encore. Sa divinité, maintenant, était toute souriante, et l’orgueil d’être préféré à tous ses rivaux réchauffait son cœur desséché.
Il nous faut croire avec les historiens que Theresia n’aima jamais Tallien. L’amour dont elle était capable appartenait à Bertrand, à qui elle ne donna jamais congé, même après s’être engagée à Tallien. On peut douter qu’elle ait eu pour le jeune royaliste plus qu’un amour égoïste, qu’un désir de conserver un ami à toute épreuve dont elle pouvait attendre un dévouement de tous les instants, mais il est qu’elle ne voulut jamais l’épouser.
Tallien lui-même, qui était puissant, n’était qu’un pis-aller. La belle Espagnole eût préféré Robespierre ou Louis-Antoine de Saint-Just. Seulement, ce dernier aimait une autre femme, et Robespierre était trop prudent, trop ambitieux pour se laisser circonvenir. C’est ainsi qu’elle s’était rabattue sur Tallien.