16.2
Theresia fut la première à se reprendre. Elle regarda la pendule. Elle marquait près de dix heures. Elle sauta sur ses pieds et avec une confusion adorable :
— Vous allez me perdre de réputation, Bertrand, dès notre arrivée dans ce pays étranger.
Elle dit qu’elle allait voir la fille du propriétaire pour demander un lit, car elle était très fatiguée. Et lui, qu’allait-il faire ?
— Passer la nuit dans cette pièce si l’aubergiste y consent, répondit-il. J’aurai ici de beaux rêves. Les murs refléteront votre image et vous me sourirez quand je fermerai les yeux.
Elle eut de la peine à s’échapper de ses bras et ce fut seulement après lui avoir promis formellement de revenir dans quelques minutes pour lui dire ce qu’elle aurait obtenu qu’elle put s’en aller. Il se sentit horriblement triste quand il la vit s’éloigner, si souple dans ses affreux vêtements d’homme tandis qu’elle se dirigeait tout droit vers la cuisine. Du café venaient toujours des bruits joyeux, mais le petit salon semblait loin de tout, plein de paix, un autel que sa déesse avait consacré par sa présence.
Bertrand soupira. Qu’il était fatigué ! Plus qu’il ne le pensait. Elle avait promis de revenir et de lui dire bonsoir dans quelques minutes… Les minutes se traînaient avec des semelles de plomb… Il était à moitié mort de fatigue. Il se jeta sur un sofa de crin où il espérait qu’on lui laisserait passer la nuit. Il regarda la pendule : il n’y avait que trois minutes qu’elle était partie… sûrement elle ne tarderait pas… quelques minutes encore… Il ferma les yeux, ses paupières étaient lourdes : sûrement il l’entendrait venir…
q