‹ Le triomphe du Mouron RougeChapitre 68 sur 87 · 27.2

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La mi-juillet avait été particulièrement orageuse. On eût dit que la nature, unie aux passions humaines, à la vengeance, à la luxure, à la cruauté, rendait l’air plus lourd, brûlant pour faire pressentir la tempête à venir.

Pour Marguerite Blakeney, chaque jour était un cauchemar. Retranchée du monde extérieur, sans nouvelles de son mari depuis quarante-huit heures, elle endurait une véritable agonie qui eût brisé une âme plus faible, moins confiante.

Deux jours auparavant, la vieille femme qui la servait lui avait apporté un message d’une main inconnue. Je l’ai vu, disait le message, il se porte bien et il est plein d’espoir. Je prie Dieu pour votre délivrance et la sienne, mais on ne peut compter que sur un miracle.

Une main de femme avait tracé ces lignes, mais il n’y avait aucune indication sur leur provenance. Depuis, Marguerite n’avait plus rien reçu.

Elle n’avait pas vu non plus Chauvelin, ce dont elle remerciait Dieu à genoux. Cependant tous les jours à une heure régulière, elle devinait sa présence derrière la porte. Elle entendait sa voix dans le vestibule, des ordres, un bruit d’armes ou une conversation à voix basse. En ce moment, les pas furtifs de Chauvelin erraient devant sa porte et Marguerite restait sans mouvement comme une souris qui sent le chat, retenant son souffle, à demi morte d’appréhension.

Le jour se traînait lentement ; elle n’avait plus de livres ; on ne lui avait même pas donné une aiguille pour s’occuper. Elle n’avait personne à qui parler, sauf la mère Théot qui lui portait ses repas, presque toujours en silence et avec une mine telle qu’elle empêchait toute tentative de conversation. Marguerite n’avait pour compagnie que ses pensées, ses craintes qui augmentaient sans cesse, ses espoirs qui se dissipaient à mesure que les heures et les jours se succédaient avec monotonie. Il n’y avait autour d’elle que le bruit des allées et venues des soldats, et toutes les deux heures la relève de la garde dans le vestibule. Puis les murmures, les annonces des soldats jouant aux cartes ou aux dés, les chansons bachiques, les rires canailles, les mots obscènes, tout ce qui témoignait de la présence de ses geôliers et qui semblait immuable à l’abri de ces murs.

En fin d’après-midi, l’air devenait suffocant et Marguerite ouvrait la fenêtre, restait assise devant elle, les yeux fixés sur l’horizon lointain, ses mains moites et molles abandonnées sur son giron. Elle rêvait… et l’horloge de Saint-Antoine la réveillait en sonnant sept heures. Aussitôt elle entendait traîner le pas odieux de l’autre côté de la porte, des murmures, un éclat de rire cruel qui la ramenait au sentiment de son horrible position et du danger qui guettait son bien-aimé.

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