33.7
Le jour suivant, Paris exultait de joie. Jamais les rues n’avaient été si pleines de monde et si gaies. Les fenêtres et même les toits étaient garnis de spectateurs en foule. Les dix-sept heures d’agonie avaient pris fin. Le tyran était à terre brisé, mutilé, muet et insulté. Celui qui, hier encore, était l’Élu du Peuple, le Messager du Très-Haut, était assis, gisait plutôt dans la charrette, la mâchoire brisée, les yeux clos, l’âme déjà sur les bords du Styx ; et on le raillait, on l’invectivait, on le maudissait. Tout fut fini à quatre heures de l’après-midi, au milieu des acclamations de la populace ivre de joie, des acclamations qui devaient se répercuter dans toute la France.
Marguerite et son mari n’entendirent presque rien de tout ce tumulte. Ils restèrent cachés toute la journée dans l’appartement tranquille de la rue de l’Ailier que Sir Percy avait occupé pendant ces temps d’angoisse. Ils étaient servis par le malheureux asthmatique Rateau et par sa mère qui maintenant étaient riches pour le restant de leurs jours.
Lorsque les ombres du soir descendirent sur la cité en liesse, tandis que les cloches sonnaient et les canons tonnaient, une charrette de maraîcher, conduite par un paysan accompagné de sa femme, traversa la porte Saint-Antoine. Elle n’éveilla aucune attention, car on ne pensait plus maintenant à toujours soupçonner quelque chose ou quelqu’un. Les passeports des voyageurs étaient en ordre, mais s’ils n’y avaient pas été, qui s’en serait soucié, ce jour béni entre les jours où la tyrannie s’était effondrée et où les hommes osaient de nouveau être humains ?
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