CHAPITRE XIV
OMBRES CHINOISES
Obligé de se satisfaire de la faible vitesse donnée dans ces conditions défectueuses par le Fliegende Holländer, Duroc passa ce qui restait de la journée à enseigner à Poil de Brique et à Surain, qu’il estimait les seuls capables de comprendre ses instructions, les rudiments indispensables de la conduite d’un navire. Ainsi put-il être relayé alternativement à la barre.
La nuit s’écoula sans alerte, de même que la journée suivante.
Le trois-mâts continuait sa route sur une mer superbe, sous un ciel littéralement sans un nuage, tandis qu’une douce brise le poussait. La membrure ne craquait qu’à peine; l’eau, filant le long du bordage, faisait un murmure de ruisselet. Des vaguelettes anodines clapotaient doucement sous l’étrave et l’aigre chanson des poulies était tout juste perceptible.
En faisant le point à midi, Duroc avait pu s’assurer que, si le vent tenait ainsi, trois jours au plus lui suffiraient pour atteindre le golfe de Floride.
Là croisaient continuellement des destroyers américains, dont, quand il serait seul sur le pont, au cours d’un de ses quarts nocturnes, il pourrait solliciter l’aide par quelque signal lumineux.
Le soir revint, puis le «dîner» servi par un Jarbé graisseux, enfin l’inévitable beuverie.
Poil de Brique, cette fois, refusa d’y participer.
--Non, les gars! Je vous «quitte» à votre tord-boyaux. Faut que j’aille travailler la route, dans la chambre avec le Toubib...
Et quittant le poste méphitique, il entraîna l’ex-médecin de marine vers l’arrière.
--Laisse-les boire leur pétrole, fit-il confidentiellement à l’oreille de René. Pour nous j’ai bien mieux, du nanan, tu verras, mon pote. Et il ajouta, ricaneur:
--J’ai découvert la provision du capitaine, mon vieux Toubib. C’était un type qu’avait du goût.
La brise avait un peu fraîchi, juste assez pour que le trois-mâts filât d’une allure accentuée, mais bien appuyée, sans tanguer, en s’inclinant légèrement.
La lune, dans son plein, se levait lentement sur l’immense étendue et, à mesure qu’elle s’élevait, sa lumière s’épandait plus claire sur les flots comme parsemés de copeaux de cuivre éclatant.
Ainsi donc rien ne s’opposait à laisser la barre amarrée et à se plier à l’humeur partageuse de l’homme-gorille.
Au surplus, celui-ci eût pu concevoir une certaine méfiance à l’égard d’un «camaro» capable de faire fi du «nanan» du défunt capitaine batave.
Il fallut un peu plus d’une heure et une bonne vingtaine de rasades pour mettre Poil de Brique en gaîté.
Il prenait son verre à pleine main, levait le coude, se renversait en arrière et le récipient se trouvait aussitôt vidé.
--A la santé de ces messieurs du Saint-Laurent! gouaillait-il, la face hilare. C’est la bonne vie. Quand j’pense qu’il y a seulement deux mois, on bouffait encore des fayots sans la courbache des gardes-chiourmes!
«Maintenant, nous voilà rentiers et quasi touristes, oh là là!
... Or, un bruit singulier s’éleva tout à coup dans la nuit lunaire, une sorte de miaulement qui sembla tout proche du capot de la chambre.
Et stupéfait, Duroc put voir une transformation immédiate, extraordinaire, s’opérer sur les traits ingrats du bandit.
Le rouquin était devenu plus pâle qu’un mort en une seconde. Son visage s’était pincé. Il roulait des yeux effarés, en proie à une immense terreur.
Le miaulement se reproduisit.
L’homme-gorille frissonna et se souleva à moitié en murmurant d’une voix blanche:
--Bon, voilà que ça recommence encore avec c’te saleté d’chat.
Livide, les deux poings sur la table, il considérait fixement le carré de lumière tracé au bas de l’échelle du capot par la lueur de la lune.
Duroc suivit la direction de ce regard hypnotisé.
Juste au-dessus de la masse noire projetée par la bande surélevée du bord le plus proche du capot, une forme ronde se détachait nettement sur le fond éclairé, silhouette pareille à celle d’un chat pelotonné et vu de dos.
... Un chat, oui un chat certainement, car, par moments, on distinguait l’ombre de sa queue étrangement longue qui se balançait nerveusement.
Soudain, le corps de l’animal parut s’ovaliser, s’élever.
Cette ombre chinoise semblait assise sur une sorte de socle qui montait, ombre aussi, au-dessus de celle du bord extrême de l’écoutille.
Hagard, tremblant de tous ses membres, Poil de Brique considérait ce spectacle, à vrai dire bizarre.
Enfin, se reprenant un peu, il sortit d’une poche de sa veste un revolver à barillet, celui, assez probablement du feu capitaine du trois-mâts, et lentement, lentement se glissa jusqu’au pied de l’échelle trapue.
A présent l’ombre ne bougeait plus. Mais à peine le rouquin, luttant contre la terreur qui l’étreignait, eut-il mis le pied sur une marche qu’il se produisit dans la forme de cette ombre une transformation instantanée et surprenante.
Sur le carré de lumière vive, Duroc vit paraître le profil très nettement découpé d’un homme, d’un homme qui eût prêté l’oreille!
Poil de Brique avait vu aussi.
En deux bonds, il avait grimpé, et il se trouvait maintenant à moitié sorti du capot, une main cramponnée au rebord, le revolver braqué de l’autre.
Quatre à quatre, l’ancien médecin s’en fut rejoindre le bagnard, dont l’ombre projetée à la place de celle de l’apparition tremblotait comme une feuille sèche.
Le pont lui apparut désert, inondé de lumière céleste, marqué de taches d’un noir très vif, ombres grêles, portées par la mâture.
On n’entendait pas un seul bruit.
Dans le poste avant, les forçats ivres morts, à leur habitude, devaient déjà cuver leur rhum.
La brise était tombée un peu, l’eau calme filait contre la coque, sans même clapoter, et là-haut les trois mâts chargés de leurs voiles s’élevaient vers le ciel apâli, pareils à de grands spectres blancs.
Le clair de lune revêtait tout de son aspect fantômatique.
Où donc étaient passés le chat et l’être qui semblait tout à l’heure espionner penché au-dessus de la «descente» du capot?
Le «Toubib» fouillait du regard les lointains du pont, les retraits qui eussent pu servir de cachette quand la voix rauque de Poil de Brique s’éleva:
--Cette fois je te tiens et pour de bon, enfant de porc!
De fait, tout proche, à pas dix mètres, le long des pavois de babord, un grand chat noir, sorti sans doute à cet instant de la «cambuse», s’éloignait onduleux et souple dans la direction du gaillard.
Le rouquin, pour mieux s’assurer qu’il ne raterait pas l’animal, avait mis un genou à terre et couchait soigneusement en joue.
René eut pitié de la bête, certainement inoffensive.
--Laisse-le donc aller, Poil de Brique, crois-tu qu’il peut te faire du mal? Laisse-le, il fait la chasse aux rats.
--Penses-tu, que je vais le laisser? répondit l’autre sauvagement, levant des épaules indignées. J’aimerais mieux te crever avant! Le laisser, une vermine pareille!
Il visa, pressa la gâchette.
La détonation retentit.
La fumée de la poudre noire s’épanouit en un nuage rond qui parut énorme sous la lune. On ne vit plus le chat sinueux.
Mais, par contre, quelque chose bondit à travers ce nuage opaque, quelque chose qui parut immense et qui, sans faire le moindre bruit, fila d’abord de gauche à droite et s’évanouit littéralement, comme soudain volatilisé, dans l’ombre même du mât d’artimon.
Tout surexcité par la poudre, Poil de Brique quitta l’écoutille et entreprit immédiatement d’explorer le pont, en détail, en gardant l’œil sur les deux bords.
Force lui fut de se rendre compte qu’il n’y avait rien à l’arrière. Alors il marcha vers l’avant dans la direction où le chat s’éloignait lors du coup de feu.
Toute ombre qui lui parut suspecte fut saluée aussitôt d’une balle.
Il jurait, il sacrait de rage, de colère et d’émotion...
Et puis, en même temps que Duroc, il revit le chat nonchalant qui, de nouveau en pleine lumière, à pas lents, désintéressés, semblait-il, de cette fusillade, continuait sa promenade nocturne.
--Ah! cria-t-il, le v’là encore! Ya pas, tu sais, il disparaît quand ça lui chante, et puis, y r’vient exprès, pour nous narguer après! Charogne de bête, on va bien voir qui c’est qu’aura le dernier mot!
Et il se hâta vers le chat, qui, à mesure qu’il s’approchait, faisait retraite tranquillement, sans précipitation aucune, dans la direction du beaupré.
Installé sur le mât oblique le félin qui n’avait pas peur du tout des hommes apparemment, s’était mis d’un air naturel à se lécher son pelage ras.
Quand Poil de Brique fut à deux pas, il leva sa tête que marquait nettement, à la lumière céleste, une prodigieuse cicatrice, puis considérant le forçat, il parut le compter pour rien et se remit à sa toilette.
Assuré cette fois qu’il allait régler définitivement l’affaire de la bête abhorrée, le gorille allongea doucement sa main armée presque à toucher la cicatrice, derrière l’oreille, puis il pressa sur la détente...
Il n’y eut point de détonation.
Le chien avait claqué pourtant, mais seulement avec un bruit sec!
Alors saisi d’une panique indescriptible, la brute humaine lâcha un juron effroyable, laissa tomber son revolver et détala à toutes jambes.
René le vit, en quatre bonds, franchir l’étendue du gaillard, s’engouffrer en trombe dans le poste dont il l’entendit refermer la porte épaisse avec violence.
Le médecin ramassa l’arme. Toutes les cartouches étaient brûlées! Mais la terreur superstitieuse du forçat l’avait empêché de trouver cette explication...
Duroc se mit doucement à rire:
--Combien tu as raison, mon chat, dit-il au félin qui maintenant se passait la patte sur l’oreille, de n’avoir point eu peur de ça! Au fond, ces gens-là sont des lâches!
Et il reprit sans se presser le chemin du gaillard d’arrière.
Le chat le suivit aussitôt, peut-être séduit par les paroles... et l’accompagna sans cesser de se frotter contre ses jambes.
--Je vois ce que c’est, fit René, en se penchant pour caresser la bête maigre qui ronronna, on est chatte, on a des petits, cachés dans un coin du bateau. Il faut du lait pour les nourrir et l’on a faim. Attends, attends!
Très pitoyable aux animaux, l’ancien médecin pénétra, au passage, dans la cambuse, y prit une tranche de corned-beef restée dans le garde-manger et la tendit au chat noir.
La maigre panthère domestique se jeta sur cette nourriture, traversa le pont en courant et disparut presque aussitôt dans l’ombre du mât d’artimon.
Duroc s’attarda un instant à contempler le calme spectacle des flots maintenant lamés d’argent, fit un rapide tour d’horizon pour vérifier l’état du ciel et tranquille regagna la chambre où il pensait tout retrouver dans l’état où l’avait laissée la sortie de l’homme-gorille.
Il ne lui était certainement pas désagréable d’être ainsi seul, rendu un instant à lui-même, d’être débarrassé pour un temps de toute désastreuse compagnie!
Voluptueux, il s’allongeait dans le grand fauteuil à pivot abandonné par Poil de Brique, quand une constatation, au moins surprenante, le fit sursauter.
La bouteille dont le rouquin, tout à l’heure encore se versait de si copieuses rasades, avait disparu de la table, ainsi que la blague à tabac et la pipe de l’homme d’évasion.
Quelqu’un était donc venu là, à la faveur de leur absence!
Quelqu’un? Certainement pas Georgette enfermée dans la cabine! Un homme de l’équipage non plus, nul n’ayant pu sortir du poste sans qu’il s’en fût, certes, aperçu.
Alors? Le mystère se corsait.
Il se passait d’étranges choses à bord du Hollandais Volant.
Étranges, mais point surnaturelles!
Duroc reprit par la pensée la série de ces faits bizarres.
Ce n’était pas la chatte, bien sûr, qui avait pu, dans la mâture, effrayer Beaucanson au point de lui faire soudain lâcher prise.
Ce n’était pas elle qui, de nuit, était venue dans la cambuse fouiller les coffres à provisions... pas elle qui avait renversé Jarbé le cuisinier bancroche.
... Toujours pas elle qui, la nuit même de l’arrivée des naufragés, avait enlevé sur la dunette la bouteille emplie d’eau potable. Pas elle, enfin, qui, tout à l’heure, s’était introduite dans la chambre pour y subtiliser l’alcool, la pipe et la blague à tabac!
Non... et malgré les apparences, ce n’était pas l’ombre de la chatte qui s’était profilée tantôt sur le plancher au clair de lune.
Ce n’était pas la mince bête qui avait bondi à travers la fumée de la poudre noire et qui s’était évanouie dans l’ombre du mât d’artimon.
Tout cela était l’œuvre d’un homme et non pas d’aucun des forçats; nul d’entre eux n’ayant eu besoin de se procurer nourriture ou boisson par de tels moyens.
Ainsi donc quelqu’un se cachait dans quelque recoin du trois-mâts, quelqu’un qui devait être un membre de l’équipage massacré, échappé à la destruction, et qui connaissant bien les aîtres, habile, avait su échapper aux recherches des hommes d’évasion.
De ce quelqu’un, évidemment hostile à la horde bagnard, René songea incontinent à se faire un allié possible.
Tout appui, dans sa position, ne pouvait être à dédaigner, surtout celui d’un personnage qui se révélait par ses actes comme hardi, audacieux, rusé.
N’avait-il pas donné des preuves d’une intelligence subtile en frappant l’imagination superstitieuse des mauvais drôles?
Oui, mais comment donc arriver à entrer en négociations? Comment donner confiance à qui l’avait vu très probablement, de sa cachette, traiter de pair avec les échappés du bagne?
A force de chercher, le médecin trouva un stratagème pratique qu’il pouvait appliquer sur l’heure, sans trop de crainte d’être surpris.
Depuis l’affaire de la cambuse, les forçats gardaient, par prudence, tous les vivres dans le poste avant, et, de ce fait, ne pouvant plus se procurer de nourriture, l’inconnu devait avoir faim, réduit à la portion congrue.
Duroc gagna le poste avant. Sans bruit, il en ouvrit la porte. L’antre était plein de ronflements.
Sous la lampe à roulis fumeuse et qui ne balançait qu’à peine, il put voir couchés dans leurs cadres ou par terre tous les gredins, y compris d’ailleurs Poil de Brique. Chacun dormait à poings fermés.
Avec des précautions inouïes, il descendit l’échelle abrupte et s’aventura prudemment dans le repaire nauséabond, veillant à ne point mettre le pied sur quelque membre abandonné, ce qui eût très probablement réveillé toute la ménagerie.
Furtif, il éprouvait l’horreur d’une sorte de descente aux Enfers.
Dans leur sommeil lourd, les forçats gémissaient, d’autres renâclaient, d’autres rêvaient tout haut,--de quoi?... Il y en avait qui, en parlant, en grognant, mâchaient des menaces ou de sinistres imprécations.
Tout à coup, dans l’ombre de la table, il marcha en plein sur la main de Bougras étalé par terre, bras en croix, jambes écartées.
Sans se réveiller tout à fait, sans, heureusement, ouvrir les yeux, l’affreuse brute se mit à vomir des injures d’un ton de haine et il y mit comme point final, pâteux, sa phrase favorite.
--Faut le crever, faut le crever!
Duroc attendait sans savoir ce qui allait en advenir, mais le bagnard se rendormit sans avoir alerté personne.
Alors, rapide, le médecin rafla sur la table des biscuits, des conserves, du lard salé qui traînaient pêle-mêle sur la table, les mit dans un bonnet de laine décroché au hasard, d’un clou, et s’en fut de l’infecte sentine, doucement comme il était venu.
Puis, au pied du mât d’artimon, à l’endroit où l’hôte mystérieux du trois-mâts avait disparu, René disposa son butin bien en vue sur le râtelier de cabillots habituel.
Après quoi, ayant regardé dans la mâture sans rien y voir qui bougeât, il redescendit dans la chambre, un espoir au cœur.
La lune éclairait à tel point qu’il était sûr que l’inconnu avait dû remarquer ses actes et son offrande propitiatoire, s’il avait vue sur le navire.
Il attendit une heure au moins, heure qu’il passa à écouter tantôt le souffle de Georgette dormant paisible en sa cabine,--n’avait-elle pas foi entièrement en sa protection tutélaire... (il avait pu à deux reprises la rassurer dans la journée sous prétexte de la surveiller)--tantôt les moindres bruits du pont...
Enfin, non sans quelque émotion, il remonta sur la dunette et courut jusqu’au pied du mât.
Or, les vivres avaient disparu!
A leur place, dans le vieux bonnet, il y avait un pistolet automatique en bon état et des cartouches en abondance!
Il étouffa un cri de joie.
Une arme, une arme, ce dont peut-être il avait le plus grand besoin! Une arme! Avec cette arme-là, il n’avait plus à craindre personne. Il était certain, à présent, de pouvoir défendre Georgette efficacement, quoi qu’il advînt. Il n’était plus à la merci de la perfidie de ces monstres, ni de leur fureur homicide.
L’inconnu avait donc compris. Il l’avait vu poser ses vivres. Il le remerciait par le don de ce bienheureux pistolet.
N’était-ce pas la plus belle façon de signer le pacte proposé?
Joyeux de savoir qu’il avait, quelque part, un allié capable, susceptible de le seconder dans le cas d’un conflit possible avec les hommes d’évasion, Duroc résolut de rester à la barre toute cette nuit-là.
Le vent était très favorable. En profitant de chaque risée et en gouvernant habilement il rapprocherait le trois-mâts bien davantage de la Floride... Georgette et lui-même du salut.
L’œil à ses voiles, il s’appliqua, sans répit, à porter bon plein et certain d’une heureuse issue il se surprit à fredonner.
Seul sur le pont du trois-mâts qui de nouveau paraissait mort sous la lueur pâle de la lune, il jouissait d’être sans contrainte. Il se jouait de ce navire docile entre ses mains habiles.
... Enfin une lueur parut à l’horizon, s’intensifia et tout à coup l’ex-forçat vit apparaître le rayon vert qui selon la tradition de toutes les marines du monde port bonheur à qui l’aperçoit.
Quoiqu’il fût peu superstitieux, Duroc en accueillit l’augure.
Et soudain, brusque, glorieux, le soleil jaillit de la mer.
Les étoiles s’éteignirent d’un coup, comme soufflées par quelque géant et il fit impérieusement jour.
La vie du trois-mâts, peu après, reprit dans sa monotonie.
Peu à peu, les hommes d’évasion sortirent du poste, la tête lourde et la langue pâteuse, mal remis de leur ivresse de la nuit.