Scène VI.
LE CHEVALIER, GOTTON, MADAME MICHELLE.
GOTTON, au chevalier.
Je suis votre très-humble servante ; je suis enchantée de vous voir ; comment vous portez-vous ? vous venez pour m’épouser, vous me comblez de joie, (À M Michelle.) N’en ai-je pas trop dit, madame Michelle ?
LE CHEVALIER.
Mademoiselle, je faisais mon plus cher désir de l’accueil gracieux dont vous m’honorez ; mais je n’osais en faire mon espérance. Préféré par monsieur votre père, je ne me tiens point heureux si je ne le suis par vous ; c’est de vous seule que je voulais vous obtenir ; vos premiers regards font de moi un amant, et c’est un titre que je veux conserver toute ma vie.
GOTTON.
Oh ! comme il parle ! comme il parle ! et que ce langage est différent de celui de nos gentilshommes de campagne ! Ah ! les sots dadais, en comparaison des seigneurs de la cour ! Mon amant, irons-nous bientôt à la cour ?
LE CHEVALIER.
Dès que vous le souhaiterez, mademoiselle.
GOTTON.
N’y a-t-il pas une reine, là ?
LE CHEVALIER.
Oui.
GOTTON.
Et qui me recevra parfaitement bien ?
LE CHEVALIER.
Avec beaucoup de bonté, assurément.
GOTTON.
Cela fera crever toutes les femmes de dépit ; j’en serai charmée.
LE CHEVALIER.
si vous souhaitez d’aller au plus tôt briller à la cour, mademoiselle, daignez donc hâter le moment de mon bonheur. Monsieur votre père veut retarder notre mariage de quelques jours ; je vous assure que ce retardement me mettrait au désespoir. Je sais que vous avez des amants jaloux de mon bonheur, qui songent à vous enlever, et qui voudraient vous renfermer à la campagne pendant toute votre vie.
GOTTON.
Ah ! les coquins ! pour m’enlever, passe ; mais m’enfermer !
LE CHEVALIER.
Le plus sûr moyen de leur dérober la possession de vos charmes, c’est de vous donner à moi par un prompt hymen qui vous mette en liberté, et moi au comble du bonheur : il faudrait m’épouser plus tôt que plus tard.
GOTTON.
Vous épouser ! qu’à cela ne tienne, dans le moment, dans l’instant, je ne demande pas mieux, je vous jure ; et je voudrais que cela fût déjà fait.
LE CHEVALIER.
Vous ne vous sentez donc pas de répugnance pour un époux qui vous adore ?
GOTTON.
Au contraire, je vous aime de tout mon cœur ; M Michelle prétend que je ne devrais rien vous en dire ; mais c’est une radoteuse, et je ne vois pas, moi, quel grand mal il y a de vous dire que je vous aime, puisque vous êtes mon mari, et que vous m’aimez.
LE CHEVALIER, à part.
Elle me charme par sa naïveté.