‹ L’ÉchangeChapitre 12 sur 20 · Scène VII.

Scène VII.

LE BARON, LE CHEVALIER, GOTTON, TRIGAUDIN,
MADAME MICHELLE, MERLIN, JÉRÔME, MARTIN.

GOTTON.

Papa, quand est-ce donc qu’on me marie ?

LE CHEVALIER, au baron.

Mademoiselle votre fille, monsieur, daigne agréer les sentiments de mon cœur avec une bonté que vous autorisez. Mais le temps est précieux, vous n’ignorez pas que des rivaux, jaloux de mon bonheur, peuvent tenter les moyens de me supplanter, et de posséder mademoiselle votre fille malgré vous, et même malgré elle.

GOTTON.

Hem ! qu’est-ce que vous dites là ?

LE CHEVALIER, au baron.

Je vous le répète, monsieur, il y a des gens en campagne pour enlever ce trésor ; et si vous n’y prenez garde, M Gotton est perdue aujourd’hui pour vous et pour son mari.

LE BARON.

Par la corbleu ! nous y donnerons bon ordre ; qu’ils s’y jouent, les scélérats ! je vais commencer par enfermer Gotton dans le grenier.

MADAME MICHELLE.

Allons, mademoiselle, allons.

GOTTON.

Miséricorde ! j’aime cent fois mieux qu’on m’enlève. Papa, si on m’enferme davantage, je me casserai la tête contre les murs.

LE BARON.

Tais-toi, ou tu ne seras mariée de dix ans.

GOTTON.

Ah ! je suis muette.

LE CHEVALIER.

N’y aurait-il point, monsieur, un milieu à prendre dans cette affaire ?

LE BARON.

Oui, c’est de fendre la cervelle au premier qui viendra frapper à la porte du château.

TRIGAUDIN.

Ce parti-là est très-raisonnable, et l’on ne peut rien de plus juste ; mais si vous commenciez par prendre la précaution de marier les deux futurs, cela préviendrait merveilleusement tous les méchants desseins. Les ravisseurs auront beau venir après cela. M Gotton leur dira : Messieurs, vous êtes venus trop tard, la place est prise, je suis mariée. Qu’auront-ils à répondre ? rien : il faudra bien qu’ils s’en retournent très-honteux.

GOTTON.

Oui, mais s’ils me disent : Ça n’y fait rien ; quand vous seriez mariée cent fois davantage nous voulons vous épouser encore. Vous êtes belle, nous vous aimons, et il faut que nous vous enlevions ; qu’est-ce que je leur dirai, moi ?

LE BARON.

Je te tordrai le cou de mes propres mains plutôt que de souffrir qu’on attente à ton honneur ; car, vois-tu, je t’aime assez pour cela.

TRIGAUDIN.

Monsieur le baron, l’avis que je vous donne est bon à suivre pour vous débarrasser de l’inquiétude perpétuelle que vous cause la garde de M Gotton : je vous conseille de signer au plus vite le contrat. Je vous l’ai fait voir tantôt dressé selon vos intentions : vous n’avez plus qu’à y mettre votre nom.

LE BARON.

Très-volontiers : ce sera l’affaire de mon gendre de veiller sur sa femme.

MERLIN.

C’est bien dit, ventre-saint-gris ! cinq cents arpents de terre de capitainerie sont moins difficiles à garder qu’une fille.

TRIGAUDIN.

Dépêchons-nous, monsieur le baron, le temps presse… Ne voyez-vous rien à travers ces arbres ?

LE CHEVALIER.

N’entendez-vous rien ?

LE BARON.

Il me semble que je vois une chaise de poste et des gens à cheval.

MERLIN.

Tout juste ; nous y voici. C’est sans doute un de nos coquins.

LE CHEVALIER.

Ne craignez rien, mademoiselle.

GOTTON.

Hélas ! qu’est-ce que j’ai à craindre ?

LE CHEVALIER.

Vous avez un père homme de courage, et votre mari aura l’honneur de le seconder.

LE BARON.

Oui, voici une occasion où il faut avoir du cœur. Renfermons-nous dans le château ; fermons toutes les portes. (À ses gens.) Colin, Martin, Jérôme, tirez vos arquebuses par les meurtrières sur les gens qui voudront entrer malgré vous.

JÉRÔME.

Oui, monseigneur.

LE CHEVALIER.

On ne peut pas mieux se préparer. En vérité, monsieur le baron, c’est dommage que vous n’ayez pas été gouverneur de Philipsbourg.

LE BARON.

Je ne l’aurais pas rendu en deux jours.

TRIGAUDIN.

Rentrez, monsieur le baron, rentrez ; voici les ennemis qui approchent.

LE CHEVALIER, à Trigaudin.

Tout ceci commence un peu à m’inquiéter. Voici mon frère qui vient épouser Gotton et m’arracher ma fortune.

TRIGAUDIN.

Rentrez donc, et gardez-vous de vous montrer.

(Le baron, Gotton, Trigaudin et le chevalier rentrent dans le château.)

JÉRÔME.

Bon courage, camarades ; mettons nos armes en état, Qu’ils y viennent : par la morgué, tatigué, jarnigué ! je vous les…

MARTIN.

Les voilà ! les voilà !

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