‹ L’École centrale de la Haute-LoireChapitre 1 sur 16 · CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER

FONDATION ET ORGANISATION. — RÈGLEMENT. — PERSONNEL ENSEIGNANT.

Depuis la suppression des jésuites en 1763, le collège du Puy était dirigé par des prêtres séculiers, à la tête desquels était l’abbé Proyard. Il se démit de son principalat, le 11 mars 1790, et fut remplacé, dans ces fonctions, par l’abbé Portal. Ce dernier ne les exerça pas longtemps, car l’établissement fut fermé en 1791, pour ne se rouvrir qu’en 1798.

Aussitôt après le vote de la loi du 3 brumaire an IV, l’Administration centrale du département de la Haute-Loire se préoccupa vivement de la création, sur les plans nouveaux, d’une maison d’instruction secondaire. Le 21 germinal (10 avril) de cette même année, elle prit, à cet effet, un arrêté dont nous extrayons les passages suivants :

« Vu la loi du 3 brumaire an IV sur l’organisation de l’instruction publique ;

Vu différentes lettres du Ministre de l’intérieur sur le mode d’exécution de cette loi ;

L’Administration, considérant que c’est au progrès des lumières et des sciences que le peuple français doit sa liberté et qu’il ne peut la conserver que par elles ;

Qu’après cinq ans de révolution et d’orages lorsq’une constitution républicaine commence à lui montrer le repos et le bonheur, l’instruction publique peut seule lui en assurer la jouissance et la durée, en calmant et dirigeant ses esprits, l’attachant aux lois et gouvernement, récréant ses mœurs, achevant de déblayer ses préjugés et lui préparant surtout pour toutes les parties du gouvernement et des législateurs éclairés et des magistrats vertueux ;

Considérant que, pour faire jouir ses administrés de ces précieux avantages, il ne suffit pas de leur avoir donné, dans les écoles primaires, les moyens d’acquérir ces connaissances générales et usuelles qui sont la première dette de la patrie envers tous ses enfants ; que les talents et le génie réclament une instruction plus étendue et plus variée, propre à développer et perfectionner les germes que les premières écoles auront fait naître, en déterminant dans la jeunesse ses dispositions et ses goûts différents ;

Considérant que les Écoles centrales, par le choix et la multiplicité des sciences qui doivent y être enseignées, offrent tous ces moyens de développement et de perfection et qu’en activer l’établissement, c’est concourir, de la manière la plus utile, à l’avancement de l’esprit humain, comme à la gloire de la patrie et au bonheur du département ;

Ouï le commissaire du pouvoir exécutif,

Arrête :

Article premier.

L’École centrale du département est fixée dans le local du ci-devant collège du Puy.

Art. 2.

L’Ingénieur en chef est invité à présenter ses vues sur les lieux qu’il croira les plus propres dans le ci-devant collège à la tenue des classes.

Art. 3.

Le travail de l’ingénieur sur ces objets sera présenté à l’Administration, avant le 1 prairial prochain, pour être soumis au jury d’instruction publique et au Ministre de l’Intérieur.

Art. 4.

Le préposé à la conservation des monuments et des objets de science et d’arts présentera, dans le plus court délai possible, un état indicatif du nombre et de la qualité des ouvrages composant la bibliothèque et des instruments de physique ou de chimie réunis en dépôt.

Art. 5.

Le Jury d’instruction publique sera assemblé au Puy le premier prairial. L’Administration nomme pour le composer les citoyens Livinhac, président de l’Administration municipale du Puy, Lamothe, entrepreneur de mines de charbon, O’Farrell, ingénieur

en chef du département, Vauzelles fils, homme de loi, et Jamon, habitant de la commune du Puy.

Art. 6.

Les citoyens qui prétendent aux places de professeurs seront admis aux examens, pendant le cours de prairial.

Art. 7.

Les jurés pourront néanmoins, conformément à la loi de prairial, élire, malgré leur absence et sans examen, les sujets que, sur la notoriété publique et les preuves antérieurement faites, ils jugeront, en leur âme et conscience, être les plus propres à remplir les places de professeurs.

Art. 8.

Dans tous les cas, les membres du Jury auront égard, dans leurs choix, à ces hommes, dont la conduite morale et républicaine est sans tache, et dont les talents sont connus, ou par des ouvrages utiles, ou par des succès marqués dans la carrière de l’enseignement.

Art. 9.

Conformément à la loi de brumaire, l’enseignement sera divisé en trois classes.

Il y aura dans la première section :

un professeur de dessin ;

un professeur d’histoire naturelle ;

un professeur de langues anciennes.

Il y aura dans la seconde :

un professeur des éléments de mathématiques ;

un professeur de chimie et de physique expérimentales.

Il y aura dans la troisième :

un professeur de grammaire générale ;

un professeur de belles-lettres ;

un professeur d’histoire ;

un professeur de législation.

Art. 10.

Le Ministre de l’Intérieur sera invité à solliciter, auprès du Corps-Législatif, l’établissement d’un professeur de langues vivantes dans l’École centrale du Puy. Les relations commerciales du département avec l’Espagne et l’Angleterre, pour le commerce des dentelles, rendent cet établissement infiniment précieux et nécessaire.

Art. 11.

L’École centrale sera en pleine activité, au plus tard, le 20 messidor prochain.

Art. 12.

Il sera arrêté par l’Administration du département, de concert avec le Jury d’instruction, un règlement de police pour le régime intérieur de l’École centrale, d’après les convenances locales. Ce règlement sera soumis à l’approbation du Directoire exécutif, conformément à l’art. 9 du titre XII de la loi de brumaire.

Art. 13.

Le présent arrêté sera imprimé, affiché dans toutes les communes du département, envoyé aux membres du Jury, au Ministre de l’Intérieur et à tous les départements de la République.

Fait et arrêté au Puy, les jour et an que dessus.

Signés, Portal, Masson, Martin, Dalbine, Reynaud.

Le 6 prairial (25 mai) suivant, conformément à l’art. 4 du titre V de la loi de brumaire prescrivant la création près de chaque École centrale d’un jardin botanique et d’un cabinet d’histoire naturelle, l’Administration décide « que l’enclos et le couvent précédemment occupés par les Capucins, et qui, par leur étendue, leur position, l’abondance de leurs eaux, semblent devoir parfaitement convenir à une appropriation de ce genre, seront provisoirement exceptés de la vente des biens nationaux ordonnée par la loi du 28 ventose ». Le même arrêté, après avoir proclamé l’utilité de l’histoire naturelle et en particulier de la botanique, tant pour l’avancement des connaissances humaines, que pour le bien de ce département qui n’a eu, jusqu’à ce jour, aucun établissement de ce genre, chargea M. O’Farrell, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées, de faire, à cette propriété, tous les aménagements nécessaires. Ce fonctionnaire fut aussi invité à activer, par tous les moyens en son pouvoir, les réparations entreprises dans la partie du collège affectée à l’École centrale.

Cinq jours après, furent chargés de l’organisation de l’École, MM. Livinhac, président de l’Administration municipale, Jamon et Gueyffier-Talairat, homme de loi à Brioude.

La première réunion de ces commissaires eut lieu au Puy le 21 germinal. Des modifications se produisirent bientôt dans la composition de ce jury : M. Gueyffier-Talairat, ayant donné sa démission, fut remplacé par M. Bollon second, du Puy. Le 28 fructidor, MM. Claude-Denis Balme, du Puy, et Claude Romeuf, de Lavoûte-Chilhac, prirent la place de MM. Jamon et Bollon.

Ce jury d’instruction se réunit, les 2 et 3 frimaire an V (22-23 novembre 1796), dans une des salles de l’Administration centrale et, après lecture des lois et instructions relatives à ses fonctions, du tableau des inscriptions faites, devant la municipalité du Puy, des candidats aux diverses chaires de la nouvelle école, arrêta les nominations suivantes :

M. Beau, du Puy, ex-dominicain, professeur de mathématiques élémentaires ;

M. Pissis fils, médecin de Brioude, professeur de chimie et de physique expérimentales ;

M. Belmont, de Saint-Ilpize, ex-génovéfain, professeur de grammaire générale ;

M. Barrès fils, de Blesle, professeur de belles-Lettres ;

M. Bagès, ex-professeur du collège de Brioude, professeur d’histoire ;

M. d’Authier-Sigaud, du Puy, professeur de langues vivantes.

« La nomination de ce dernier professeur, ajoute le Jury, n’aura d’effet que lorsque le Corps Législatif aura statué sur la demande faite par l’administration du département de l’établissement d’un professeur de langues vivantes dans la ville du Puy. Il sera écrit, en outre, au Ministre de l’Intérieur pour le prier de solliciter une prompte décision à cet égard. Aucun sujet n’ayant paru au Jury réunir les aptitudes nécessaires pour professer, soit l’histoire naturelle, soit la législation, une demande sera adressée au Ministre pour le prier de vouloir bien indiquer des professeurs pour une de ces deux spécialités.

« Relativement à la législation, il lui sera fait part de la demande du citoyen Delodre, ex-professeur de l’Université de Paris, demeurant au collège de Navarre.

En ce qui concerne l’histoire naturelle, l’on demandera au Ministre s’il ne serait pas possible qu’un citoyen du département, ayant déjà quelques connaissances et un goût particulier pour cette science, digne d’ailleurs d’être enseignée dans une École centrale, fût envoyé à Paris, pendant un an, pour suivre le cours de l’École spéciale d’histoire naturelle, en touchant, dès son départ, le traitement de professeur, pour être ensuite confirmé dans cette place, s’il revenait avec les connaissances nécessaires pour en remplir les fonctions. »

Le Jury décide enfin que, conformément au vœu des candidats, la chaire de dessin serait donnée au concours. Il arrêta, à cet effet, le programme que l’on trouvera à la fin de cette notice.

L’Administration donna la plus grande publicité à son arrêté, le fit imprimer et distribuer à tous les professeurs ci-dessus désignés, avec invitation, à chacun d’eux, de rédiger sans délai un projet de règlement propre à chaque cours respectif, et de l’adresser au Jury, pour permettre à celui-ci d’y puiser toutes les indications propres à favoriser le progrès de l’instruction publique.

Àla suite du concours ouvert pour la nomination d’un professeur de dessin, le choix du Jury se fixa sur M. Giriat. Parmi ses concurrents figuraient MM. Reboul et Auguste.

Àtitre de compensation, ce dernier fut autorisé à prendre gratuitement possession de la « ci-devant » cure de Saint-Laurent pour y ouvrir une école libre. Il n’occupa qu’un an ce local qui fut assigné comme logement à la Gendarmerie.

Cependant les réparations du collège, adjugées à l’entrepreneur Vauzelles, étaient poussées avec activité. Le tribunal civil et les magasins militaires, installés dans diverses pièces de l’établissement, avaient été transférés ailleurs et le Ministre de l’Intérieur, désireux de venir en aide au département, avait mis à la disposition de l’Administration une somme de 4,650 fr., destinée à réparer les logements des professeurs qui, d’après la loi, devaient tous habiter l’école, de façon à ne former, en quelque sorte, qu’une même famille unie par les liens d’une étroite solidarité.

En même temps, on fit transporter, au Puy, par les soins de M. Million, commis à cet effet, des livres déposés au château épiscopal de Monistrol, livres provenant d’établissements supprimés, ou de personnes prévenues d’émigration. Joints à ceux qui se trouvaient déjà au collège, et à d’autres fonds de différentes provenances, ils formèrent une collection d’une certaine importance qui, mise à la disposition, non-seulement des professeurs et élèves de l’école, mais encore des habitants du Puy, devint pour tous un foyer d’instruction. Enfin, après d’assez longs retards provenant de l’état de délabrement dans lequel se trouvait le collège, fermé depuis sept ans déjà, l’inauguration de l’école eut lieu solennellement le 1 floréal an VI (20 avril 1798).

Peu de jours après, fut approuvé, par l’Administration centrale, le règlement général élaboré par le Jury d’instruction et que l’on lira plus loin.

Dès le début, le nombre des élèves qui vinrent s’asseoir sur les bancs de la nouvelle école fut de plus de cent quinze. Ils étaient fournis non-seulement par la Haute-Loire, mais encore par les départements voisins, et surtout par l’Ardèche.

Quelques changements avaient été apportés dans la composition du personnel enseignant. MM. Beau et Belmont, n’ayant pas accepté le poste qui leur était offert, furent remplacés, le premier, dans la chaire de mathématiques élémentaires, par M. Rochefort, ancien professeur au collège de Brioude, le second, dans celle de grammaire générale, par M. André, du Puy.

MM. Robert et Rabany-Vigier furent, de plus, chargés d’enseigner les langues anciennes et la législation.

M. Mollet, de Brioude, ayant été nommé à la chaire d’histoire naturelle, obtint du Ministre un congé, pour aller se perfectionner au Muséum de Paris, en suivant les savantes leçons de Lamark, de Jussieu, de Lacépède, de Cuvier, etc. L’ouverture de son cours n’eut lieu qu’en 1801.

Les vacances qui suivirent ces quelques mois d’études et s’ouvrirent, le 15 fructidor, par une distribution solennelle des prix « délivrés à titre d’encouragement » furent employées à compléter l’appropriation des bâtiments. Ils abritèrent, quelque temps encore, dans leur enceinte, l’atelier d’armes ouvert depuis trois ans, l’Administration du canton et divers autres services publics.

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