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XII OBSERVATIONS ET MOTIFS POUR L’ÉTABLISSEMENT D’UN LYCÉE, EN LA VILLE DU PUY, CHEF-LIEU DU DÉPARTEMENT

24 fructidor, an X (11 septembre 1802)

Le Gouvernement organise les lycées. La loi du 11 floréal qui les a créés, porte qu’il en sera établi au moins un par arrondissement de tribunal d’appel. La ville du Puy, chef-lieu du département de la Haute-Loire, comprise dans l’arrondissement du tribunal de Riom, réclame avec confiance un de ces établissements. Voici ses titres :

1 Elle est la plus centrale et la seule ville considérable de toute la chaine des montagnes qui forment les départements de l’Ardèche, de la Lozère, du Cantal et de la Loire.

Cette centralité est prouvée par l’éloignement presque égal où le Puy se trouve des villes de Privat, Mende, Saint-Flour et Montbrison, chefs-lieux de ces divers départements des montagnes, par la déclinaison des eaux et la direction des principales rivières qui, presque toutes, coulent dans les vallons du Puy ou à des distances très rapprochées, par la chute même des montagnes dont les divers prolongements viennent s’effacer en quelque sorte dans les deux grands bassins de la Loire et de l’Allier, qui tous deux ceignent et entourent la ville du Puy.

Elle est la seule ville considérable, de 15 à 16,000 âmes, ce qui lui donne une supériorité de deux tiers sur les villes principales qui l’environnent :

Par son commerce, en cuirs, mulets, légumes et surtout en dentelles, commerce presque exclusif qui occupe, dans l’arrondissement dont le Puy est le centre, plus de cent mille ouvrières, qui versait autrefois dans le commerce dix à douze millions et à qui le zèle et les travaux des fabricants cherchent à rendre aujourd’hui tout son ancien éclat.

Par ses établissements, réunissant autrefois un évêché célèbre, un collège nombreux, un séminaire magnifique, plusieurs grands hôpitaux, un grand nombre de collégiales, paroisses, communautés religieuses, ayant des États particuliers, un présidial, une sénéchaussée, une prévôté et un commandement militaire spécial, ayant toujours été regardée comme la quatrième ville de l’ancien Languedoc.

Or, cette chaine de montagnes dont la ville du Puy est le centre, indépendamment des droits qui lui sont propres avec les autres contrées, a encore des droits particuliers à réclamer l’établissement d’un lycée.

Elle a des droits communs :

Par la population qu’on peut arbitrer à neuf cent mille, en ne prenant que la partie desdits départements situés dans les montagnes, ce qui la met en proportion avec la population de la France entière, calculée sur vingt-neuf tribunaux d’appel, en supposant encore que le nombre des lycées n’excède pas le nombre des tribunaux. Par son étendue qui, calculée sur la carte, est à peu près de 900 lieues carrées et qui comparée avec celle de tous les départements composant les vingt-neuf tribunaux d’appel, est encore en correspondance avec la surface de la France entière.

Elle a des droits particuliers à l’établissement d’un lycée :

1 Par sa position géographique. Les points du centre sont à une distance de 30 lieues de Clermont, de 28 de Lyon, de 35 de Nimes, seules villes voisines qui peuvent ambitionner et espérer cet établissement ; éloigner jusque-là les moyens d’instruction, c’est en rendre l’usage illusoire ;

2 Par le caractère propre et natif de ses habitudes, de ses mœurs, de ses usages : on trouve dans toutes ces montagnes, même idiome, même costume, même manière de vivre, mêmes rapports de religion, de commerce, d’échange

Séparer, ces contrées pour les envoyer à des lycées différents, ce serait diviser ce que la nature a réuni et contrarier des habitudes, peut-être essentielles au bien-être de ceux qui les habitent.

3 Par un besoin plus grand d’instruction ; parce que l’éloignement des grandes villes et la difficulté des communications y ont nécessairement retardé la culture des lettres et que l’âpreté du climat n’a pas peu contribué à y maintenir des mœurs plus agrestes ;

4 Par l’intérêt qu’a le Gouvernement de cultiver, de favoriser des dispositions aux sciences qui sont plus naturelles, plus répandues peut-être qu’ailleurs et qui ne demandent que des mains habiles et des secours moins onéreux pour paraître avec avantage. La nature eût-elle été aussi avare dans le moral envers les peuples de nos montagnes qu’elle l’a été dans le physique, ce ne serait qu’un motif de plus de créer au milieu d’eux et dans les villes principales de plus grands encouragements ; mais qu’on consulte l’Histoire littéraire des départements méridionaux et plus récemment encore le succès de quelques écoles centrales, on retrouvera partout un germe fécond et abondant qui n’a besoin que de moyens de développement et de culture ;

5 Par les ressources mêmes que le sol de ces montagnes, celui en particulier de la Haute-Loire, offrent à tous ceux qui cherchent à s’instruire. Les sites les plus pittoresques, des volcans éteints, d’autres presque fumant encore, les richesses géologiques les plus abondantes, les plantes les plus rares y arrêtent à chaque instant le curieux, le voyageur, le savant. On peut s’en convaincre en lisant les livres de MM. de Soulavie, de Legrand d’Aussy, de M. Faujas de Saint-Fond et plus récemment les relations de Dolomieu et de plusieurs de ses élèves.

Un lycée étant indispensable au milieu de ces montagnes, concluons que le siège en appartient de droit à la ville du Puy qui est le centre et la ville la plus considérable.

L’air qu’on respire dans la ville du Puy est pur et salubre, la climature tempérée et agréable, les eaux saines et abondantes, le territoire fertile et bien ombré, les grains d’une qualité supérieure, les légumes et les fruits d’une bonté qui les fait rechercher au loin.

Avantages précieux pour un grand établissement d’instruction publique où le développement des facultés physiques doit être suivi avec autant de soin que celui des facultés intellectuelles et morales.

Le collège du Puy, servant aujourd’hui à l’École centrale et qui serait destiné à recevoir le lycée, est un des plus vastes et des plus beaux qu’on puisse affecter à cet établissement.

Établi par des lettres patentes du roi, doté de plusieurs bourses par les États de Languedoc, agrégé à une Université, augmenté d’un personnel nombreux il réunissait autrefois la plus grande partie des élèves des cinq départements de montagne qui doivent concourir aujourd’hui à la formation du lycée.

On peut juger par le plan seul du rez-de-chaussée, annexé à ce mémoire, de l’étendue de ses cours, de la grandeur de ses salles, de la beauté de ses jardins. Une bibliothèque nombreuse, bien choisie, est placée dans un vaste local réparé à neuf. Un superbe dortoir, un cabinet d’histoire naturelle, un museum de tableaux, un jardin botanique avec de belles serres, des appartements nombreux et bien distribués complètent ce magnifique édifice, de tout temps consacré à l’instruction publique, plus que jamais réclamé par elle et qui, affecté à un lycée, peut seul dédommager cette cité de la perte de son évêché, de son séminaire, de ses chapitres et d’une foule d’autres moyens de splendeur que la Révolution lui a enlevés.

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