‹ L’École centrale de la Haute-LoireChapitre 15 sur 16 · XIII PROCÈS-VERBAL DE LA VISITE DES ÉCOLES SECONDAIRES

XIII PROCÈS-VERBAL DE LA VISITE DES ÉCOLES SECONDAIRES

30 frimaire an XII

Le 30 frimaire an XII de la République française, nous, préfet du département de la Haute-Loire, accompagné du citoyen Sigaud-Lestang, conseiller de préfecture et du citoyen Barrès, secrétaire général, pour nous conformer aux dispositions de l’arrêté du Gouvernement, du 19 vendémiaire dernier, qui ordonne qu’il sera fait, dans chaque arrondissement de sous-préfecture, la visite des écoles secondaires et maisons d’éducation qui y sont établies, nous nous sommes rendus : 1 à la maison, dite de Saint-Maurice, où est placée l’école secondaire établie sous la direction du citoyen Pomier, suivant l’arrêté du Gouvernement du 18 pluviôse an XI ; nous avons été reçus dans cette école par les divers professeurs réunis ; après leur avoir annoncé l’objet de notre visite, nous avons invité le citoyen Pomier, directeur, à nous conduire dans chacune des classes qui composent son école, à l’effet d’y voir les élèves, de les interroger sur les parties de l’enseignement qui leur sont données ; et de suite nous avons été introduits dans la classe de mathématiques et de géographie confiée au citoyen Million, ancien professeur de divers collèges ; nous l’avons trouvée composée de vingt élèves, auxquels diverses questions ont été faites sur les sciences qui leur sont enseignées et dont les réponses nous ont paru entièrement satisfaisantes sous tous les rapports. Nous nous sommes assurés que les livres élémentaires mis entre les mains des élèves sont les mêmes que ceux indiqués par le Gouvernement pour les écoles secondaires communales. Passant ensuite à la classe des langues française, latine et belles-lettres divisées en six sections, dont les deux premières, sous la direction du citoyen Pomier, directeur, la troisième, quatrième et cinquième sous celle du citoyen Breysse, la sixième sous celle du citoyen Déléage, nous nous sommes également fait représenter les compositions des divers élèves de chacune de ces sections, nous leur avons demandé l’explication des auteurs latins qu’on leur enseigne et nous avons reconnu que leurs études étaient dirigées dans les meilleurs principes et que le succès des élèves répondait parfaitement aux soins des maître. Sur le compte qui nous a été rendu par le directeur, un grand nombre d’élèves se livrent à l’étude du dessin et de la musique ; plusieurs ont fait dans ces deux arts des progrès rapides.

Nous avons ensuite parcouru les divers locaux où est établie cette école ; ils nous ont paru assez convenables, mais néanmoins susceptibles de beaucoup de réparations. Nous avons également remarqué la bonne tenue du réfectoire et des salles de récréation. Le nombre des élèves est de trente-trois internes et de trente-quatre externes. Le directeur nous a annoncé qu’il avait encore plusieurs places retenues.

Les livres usités dans les diverses classes sont les mêmes que ceux désignés dans le règlement des écoles secondaires communales. La différence des auteurs pour les classes de langues ne consiste que dans celle des classes elles-mêmes et de la capacité des divers élèves qui les fréquentent.

L’ordre des exercices que nous nous sommes fait représenter ne diffère pas de celui prescrit aux écoles communales : la discipline est maintenue dans les dortoirs comme dans les salles par la surveillance continuelle des divers maîtres qui s’étend également à tous les exercices.

Une église attenante à la maison est destiné aux exercices religieux des élèves qui sont séparés du public par une enceinte particulière. Tous les renseignements que nous avons pris, tous les rapports qui nous ont été faits et ce que nous avons vu nous font regarder cet établissement comme absolument conforme au vœu du gouvernement, utile au pays et réunissant tout ce qui est nécessaire à la bonne éducation des jeunes gens. Nous en avons témoigné notre satisfaction au directeur et aux professeurs et leur avons donné l’assurance que nous en rendrions compte au Gouvernement.

Cette visite finie, nous sommes sortis de cette école, pour nous rendre à la maison du ci-devant séminaire du Puy, où est établie l’école secondaire dite du Séminaire sous la direction du citoyen Rochefort.

La première classe où nous sommes entrés comprend la première section des langues française, latine et belles-lettres ; elle est confiée au citoyen Avit, ancien professeur au collège du Puy. Sur notre demande, plusieurs élèves ont expliqué divers morceaux des auteurs mis entre leurs mains, Cicéron, Virgile, Quinte-Curce. Passant à la seconde section dirigée par le citoyen Cénat de l’Herm, nous avons remarqué chez les élèves le même fond d’enseignement, dans les explications qu’ils nous ont données, des églogues de Virgile, d’Eutrope et des oraisons de Cicéron qui sont entre leurs mains. La troisième section n’a pas moins fixé notre attention par la manière claire dont les élèves ont traduit divers morceaux du De viris, du Selectæ, de l’Epitome.

Nous avons également remarqué par les réponses qui nous ont été faites que dans chaque section les éléments d’histoire et de géographie étaient enseignés concurremment avec les langues latine et française.

Un maître spécial est exclusivement consacré à l’enseignement de la grammaire française. Nous n’avons pu que rendre justice à la clarté de sa méthode.

Nous avons été ensuite introduits dans la classe de mathématiques dirigée par le citoyen Laurent, ancien professeur à l’École de la Marine à Calais, classe comprenant de nombreux élèves.

Le directeur nous a annoncé que plusieurs élèves prenaient des leçons de dessin et de musique.

Nous avons ensuite parcouru tous les bâtiments affectés à l’école. La belle distribution et la bonne tenue dans laquelle ils se trouvent, nous a vivement satisfaits. L’école compte cinquante élèves internes et vingt-deux externes.

Plusieurs maîtres d’études sont chargés de les surveiller dans les divers exercices, tant intérieurs qu’extérieurs.

Cette maison d’éducation nous a paru mériter, sous tous les rapports, la protection particulière du Gouvernement. L’objet de notre visite étant rempli, nous nous sommes retirés à l’hôtel de la Préfecture, où le secrétaire général a dressé le présent procès-verbal, pour être transmis au conseiller d’État chargé de l’instruction publique, conformément à ses instructions.

Page 1