‹ L’École des mèresChapitre 10 sur 20 · Scène XI

Scène XI

MADAME ARGANTE, ANGÉLIQUE, MONSIEUR DAMIS.

Madame Argante.

Vous venez sans doute d’arriver, monsieur ?

Monsieur Damis.

Oui, madame, en ce moment.

Madame Argante.

Il y a déjà bonne compagnie assemblée chez moi, c’est-à-dire, une partie de ma famille, avec quelques-uns de nos amis ; car pour les vôtres, vous n’avez pas voulu leur confier votre mariage.

Monsieur Damis.

Non, madame, j’ai craint qu’on n’enviât mon bonheur et j’ai voulu me l’assurer en secret. Mon fils même ne sait rien de mon dessein, et c’est à cause de cela que je vous ai priée de vouloir bien me donner le nom de Damis, au lieu de celui d’Orgon, qu’on mettra dans le contrat.

Madame Argante.

Vous êtes le maître, monsieur. Au reste, il n’appartient point à une mère de vanter sa fille ; mais je crois vous faire un présent digne d’un honnête homme comme vous. Il est vrai que les avantages que vous lui faites…

Monsieur Damis.

Oh ! madame, n’en parlons point, je vous prie ; c’est à moi à vous remercier toutes deux, et je n’ai pas dû espérer que cette belle personne fît grâce au peu que je vaux.

Angélique, à part.

Belle personne !

Monsieur Damis.

Tous les trésors du monde ne sont rien au prix de la beauté et de la vertu qu’elle m’apporte en mariage.

Madame Argante.

Pour de la vertu, vous lui rendez justice. Mais, monsieur, on vous attend. Vous savez que j’ai permis que nos amis se déguisassent et fissent une espèce de petit bal tantôt ; le voulez-vous bien ? C’est le premier que ma fille aura vu.

Monsieur Damis.

Comme il vous plaira, madame.

Madame Argante.

Allons donc joindre la compagnie.

Monsieur Damis.

Oserais-je auparavant vous prier d’une chose, madame ? Daignez, à la faveur de notre union prochaine, m’accorder un petit moment d’entretien avec Angélique ; c’est une satisfaction que je n’ai pas eu jusqu’ici.

Madame Argante.

J’y consens, monsieur ; on ne peut vous le refuser dans la conjoncture présente, et ce n’est pas apparemment pour éprouver le cœur de ma fille. Il n’est pas encore temps qu’il se déclare tout à fait ; il doit vous suffire qu’elle obéit sans répugnance, et c’est ce que vous pouvez dire à monsieur, Angélique ; je vous le permets, entendez-vous ?

Angélique.

J’entends, ma mère.

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