Scène XIII
MONSIEUR DAMIS, FRONTIN.
Monsieur Damis, à part.
Ceci me chagrine ; mais je l’aime trop pour la céder à personne. (Haut.) Frontin ! Frontin ! approche ; je voudrais te dire un mot.
Frontin.
Volontiers, monsieur, mais on est impatient de vous voir.
Monsieur Damis.
Je ne tarderai qu’un moment ; viens. Jj’ai remarqué que tu es un garçon d’esprit.
Frontin.
Eh ! j’ai des jours où je n’en manque pas,
Monsieur Damis.
Veux-tu me rendre un service dont je te promets que personne ne sera jamais instruit ?
Frontin.
Vous marchandez ma fidélité ; mais je suis dans mon jour d’esprit, il n’y a rien à faire ; je sens combien il faut être discret.
Monsieur Damis.
Je te payerai bien.
Frontin.
Arrêtez donc, monsieur ; ces débuts-là m’attendrissent toujours.
Monsieur Damis.
Voilà ma bourse.
Frontin.
Quel embonpoint séduisant ! Qu’il a l’air vainqueur !
Monsieur Damis.
Elle est à toi, si tu veux me confier ce que tu sais sur le chapitre d’Angélique. Je viens adroitement de lui faire avouer qu’elle a un amant ; et, observée comme elle est par sa mère, elle ne peut ni l’avoir vu ni avoir de ses nouvelles que par le moyen des domestiques. Tu t’en es peut-être mêlé toi-même, ou tu sais qui s’en mêle, et je voudrais écarter cet homme-là. Quel est-il ? Où se sont-ils vus ? Je te garderai le secret.
Frontin, prenant la bourse.
Je résisterais à ce que vous dites, mais ce que vous tenez m’entraîne ; je me rends.
Monsieur Damis.
Parle.
Frontin.
Vous me demandez un détail que j’ignore ; il n’y a que Lisette qui soit parfaitement instruite de cette intrigue-là.
Monsieur Damis.
La fourbe !
Frontin.
Prenez garde, vous ne sauriez la condamner sans me faire mon procès. Je viens de céder à un trait d’éloquence qu’on aura peut-être employé contre elle. Au reste, je ne connais le jeune homme en question que depuis une heure ; il est actuellement dans ma chambre. Lisette en a fait mon parent, et, dans quelques moments, elle doit l’introduire ici même où je suis chargé d’éteindre les bougies et où elle doit arriver avec Angélique pour y traiter ensemble des moyens de rompre votre mariage.
Monsieur Damis.
Il ne tiendra donc qu’à toi que je sois pleinement instruit de tout.
Frontin.
Comment ?
Monsieur Damis.
Tu n’as qu’à souffrir que je me cache ici ; on ne m’y verra pas puisque tu vas en ôter les lumières, et j’écouterai tout ce qu’ils diront.
Frontin.
Vous avez raison. Attendez ; quelques amis de la maison qui sont là-haut, et qui veulent se déguiser après souper pour se divertir, ont fait apporter des dominos qu’on a mis dans le petit cabinet à côté de la salle ; voulez-vous que je vous en donne un ?
Monsieur Damis.
Tu me feras plaisir.
Frontin.
Je cours vous le chercher, car l’heure approche.
Monsieur Damis.
Va.