Scène SIXIEME.
ENDYMION, TROVPE D’HOMMES, HERMODAN, DIOPHANIE, changée en myrthe, ESCLAVE.
I. HOMME.
QVel ſacrilege, ô Dieux !
Qui t’a fait attirer la colere des Cieux.
Et qui t’amene icy malheureux & prophane ?
Sçais tu de quelle mort ton crime te condamne ?
II. HOMME.
Campagnons eſcoutez la pitoyable voix,
Dont les triſtes accens font retentir ce bois
Dans le tronc de ce myrthe…
III. HOMME.
Dans le tronc de ce myrthe… O grands Dieux, quel miracle !
Quoy ne ſeroit ce point quelque nouuel oracle ?
Belle ame qui te plains dans ce myrthe nouueau,
Apprens nous quel deſtin t’a mis en ce tombeau,
Au nom de tous les Dieux :
DIOPHANIE metamorphosée en myrthe.
Au nom de tous les Dieux : Ha ! cruelle fortune,
Enfin me ſeras tu deſormais importune ?
Toy malheureux, qui viens pour troubler mon repos,
Qui t’auoit fait venir ainſi mal à propos,
Pour venir m’attaquer deſſous ce nouuel eſtre,
Où iamais les humains ne m’auroient peu conneſtre ?
Quels maux, & quels tourmens n’auois ie point ſouffers ?
Ceux que i’ay creu perdus, les ay ie recouuers ?
Grands Dieux, que vous a fait cette Diophanie,
Qui croyoit que ſa peine eſtoit enfin bannie ?
Helas ! cruels deſtins.
HERMODAN, ſe iettant au pied du myrthe.
Helas ! cruels deſtins. O Dieux, qu’ay ie entendu ?
Voicy donc le treſor que mon cœur a perdu :
Ha ! ma Diophanie, helas ie t’ay perduë,
Puis que dans c’ét eſtat tu m’es enfin renduë :
Quoy le plus bel ouurage, & le mieux acheué
Que les Dieux euſſent fait, eſt ainſi retrouué ?
Adorable ſubjet reçois encor mon ame,
Soubs cette triſte eſcorce où ie t’offre ma flamme.
Incomparable obiet, eſt-ce dans ces eſtat
Que ie revois ce corps, dont le diuin eſclat
Auoit rauis les Dieux auſſi bien que les hommes ?
Enfin ce peut il bien, que le bois ou nous ſommes,
Ait bien peu me cacher ſi long-temps ce treſor ;
Que me le faiſant voir il le retienne encor ?
Beaux yeux qui me bruſliez, & me bruſlez ſans ceſſe, [illisible]
Beauté que i’adorois, & qui touſiours me bleſſe :
Helas ! ne vois tu pas ce malheureux amant,
Que tu ſçeus autrefois charmer ſi doucement.
Parle moy donc encor, incomparable bouche,
Et ne te caches plus ſous cette triſte ſouche.