‹ L’EndymionChapitre 18 sur 28 · Scène QVATRIE’ME.

Scène QVATRIE’ME.

ALCIONNE’E, STHENOBE’E

ALCIONE’E ſurprenant Sthenobée.

SThenobée, il eſt vray, tu te fais violence,
Et tu ſouffres bien plus par ce profond ſilence :
Apprens moy donc ton mal, puis qu’il m’eſt important,
Il pourra s’addoucir en me le racontant :
Mais ſi ie te diſois quelle en eſt ma pensée,
Des maux qui maintenant te tiennent oppreſſée,
M’aduoüerois tu bien quel en eſt le ſubiet ?

STHENOBE’E.

Ouy ! ie t’aduoüeray quel eſt ce triſte obiet,
Digne de ma pitié, comme il eſt de ma flamme.

ALCIONE’E.

Cet eſclave eſtranger a captiué ton ame :

STHENOBE’E.

C’eſt luy,

ALCIONE’E.

C’eſt luy, Ie m’en doutois, & tu me l’as caché ?

STHENOBE’E.

Ne t’en eſtonnes plus ; c’eſt que i’auois taſché
De bannir de mon cœur la flamme criminelle ;
Et mon cruel deſtin la veut rendre eternelle :
Seuere & ſacré vœu qui cauſe mon tourmant,
Qui me fait deſirer & refuſer l’amant !
Inſupportable loy qui me tient engagée,
Où malgré mon amour ie me ſens obligée !
Mais c’eſt en vain, Diane, il faut que malgré moy,
Ie briſe le ſerment de viure ſous ta loy.

ALCIONNE’E.

Aymable Sthenobée, à quoy bon tant de plaintes ?
Et puis qu’enfin l’amour t’a donné des attaintes,
Puiſque ton chaſte cœur a malgré tes efforts
Flechy deſſous les loix qui cauſent tes remors,
Vn ſi digne ſubiet te peut rendre excuſable,
Ses merites rendront ton amour pardonnable.
Mais ie m’eſtonne encor, que ce bel inconnu,
Depuis quelques momens qu’il eſt icy venu,
Ait peu charmer ton cœur auec tant d’avantage ?

STHENOBE’E.

Helas ! tu t’es trompée en tenant ce langage ;
Ie le vis vne fois au temple de Venus,
Et d’autres auec luy qui m’eſtoient inconnus :
Rien ne me plûst que luy ; mais il me pleuſt de ſorte,[illisible]
Que la premiere loy ne fuſt pas aſſez forte
Pour reſiſter aux coups d’vn vainqueur ſi parfait,
Tout l’effort que ie fis ſe trouua ſans effet.
Ie luy parlay touſiours pendant quelques iournées,
Qui pour ſacriffier nous furent ordonnées :
Enfin il paroiſſoit ſi charmant à mes yeux,
Que mon cœur auſſi toſt en conceut ces beaux feux.
Pour luy, ie ne ſçay pas quelle eſtoit ſa pensée ?
Ie ne ſçay ſi pour moy ſon ame fuſt bleſſée ?
Quoy qu’il me teſmoignaſt beaucoup d’empreſſement,
Il me traittoit touſiours fort ſerieuſement,
Par des certains reſpects remplis d’indifference,
Qui banniſſoit d’abord ma plus douce eſperance :
Et s’eſtendoit touſiours ſur ce peu de beauté,
Qui ne pût neantmoins rauir ſa liberté :
Car bien qu’il ſouſpiraſt eſtant à ma preſence,
Ie remarquois en luy beaucoup d’impatience :
Ie n’eſtois pas touſiours l’obiet de ſes regards,

Et ſes yeux vagabonds alloient de toutes parts :
Ils s’eſleuoient aux Cieux d’vne ardeur ſuppliante,
Encor que ie luy fuſſe inceſſammant preſante :
C’eſt le ſujet pourquoy l’on ne peut ignorer,
Que quelqu’autre que moy le faiſoit ſouſpirer.
Et ſi cette raiſon ne fuſt pas bien puiſſante
Pour bannir de mon cœur cette flamme naiſſante ;
Encor qu’il ſoit certain qu’il ne m’hayſſoit pas,
Si crois-ie qu’il bruſloit pour des autres appas.
Et bien qu’il teſmoignaſt quand nous nous ſeparâmes.
D’avoir quelque regret lors que nous le quittâmes ;
I’ay bien veu du depuis ſon peu d’affection,

ALCIONNE’E.

Quoy ! tu pourrois douter qu’il n’euſt de paſſion
Pour des attraits ſi doux, pour des ſi puiſſans charmes,
A qui meſme les Dieux pourroient rendre les armes ?
Quitte cette penſée ; & croy que tes beaux yeux,
Pour ſe faire adorer, font courir en tous lieux :
Qui l’auroit fait venir aux bois de l’Albanie,
Pour des Albaniens ſentir la tyrannie ;
Que pour voir les beautez qui le ſçeurent charmer ?

STHENOBE’E.

Ha ! chere Alcionnée, à quoy me ſert d’aymer
Cet aymable ſubiet ?

ALCIONNE’E.

Cet aymable ſubiet ? Et quel nouuel obſtacle ?

STHENOBE’E.

Quoy mes yeux verrez vous vn ſi cruel ſpectacle ?
Grands Dieux pourrez vous voir ſur vos ſacrez autels
Immoler auiourd’huy le plus beau des mortels ?

ALCIONNE’E.

Quoy ! l’on doit l’immoler ; en es tu bien certaine ?

STENOBE’E.

Ie ne le ſçais pas bien, mais i’en ſouffre vne peine
Qu’on ne peut exprimer.

ALCIONNE’E.

Qu’on ne peut exprimer. Mais en a-t’on parlé ?
Qui le dit Sthenobée ?

STENOBE’E.

Qui le dit Sthenobée ? Helas ! ils ſont allé
Pour conſulter l’Oracle.

ALCIONNE’E.

Pour conſulter l’Oracle. O Dieux ! est il poſſible ?[illisible]
Non, il faudroit auoir vn cœur trop inſenſible
Pour reſpandre à ce iour le ſang d’vn Demy-dieu ;
Ma chere Sthenobée oſtons nous de ce lieu,
Et ſçachons s’il eſt vray qu’il faille qu’il periſſe
Empeſchons s’il ſe peut ce cruel ſacrifice.

STENOBE’E.

Helas veuillent les Dieux ruiner le deſſein
Que nos Preſtres ont pris, quoy qu’il ſoit iuſte & ſaint.[illisible]

Fin du troiſiéme Acte.

Le palais de Thymœtes paroit auec quantité colomnes, & au milieu de la ſalle du palais vne[illisible] table couverte d’vn beau tapis, où l’on met deſſus[illisible] les corbeilles de fleurs, & les vazes d’or, ou d’autres metaux, le tout pour le ſacrifice d’Endymion[illisible] qui paroiſt ſeul au milieu de la ſalle chargé de chaiſnes d’or, & d’argent.

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