ACTE QVATRIE’EME · Scène PREMIERE.
ENDYMION chargé de chaiſnes aux mains & aux pieds.
DIane, maintenant ſeras tu ſatiſfaicte ?
Ou bien ſi ta vengeance eſt encor imparfaite,
Eſt-ce pour prix de mes travaux ?
Eſt-ce ainſi que tu veux recompenſer mes peines ?
Eſt-ce pour alleger mes maux,
Que l’on m’a chargé de ces chaiſnes ;
Ne m’inuente-t’on point quelques tourmens nouueaux ?
Ne finira-t’on point ma malheureuſe trame ?
Ingrate Deité, tu ſçais bien que mon ame
Languiſſoit deſia ſous tes fers :
Mais encor que les tiens ne ſont pas ſi viſibles,
Les maux que mon cœur a ſouffers,
Font bien voir qu’ils ſont plus ſenſibles,
Que ceux cy dont mes mains, & mes pieds ſõt couuerts.
Deeſſe, c’eſt ainſi que l’on me gratiffie,
Si bien que ceſt en vain que mon amour ſe fie
D’eſtre recompencée vn iour.
Eſt-ce de mes langueurs vne ſuitte infinie ?
Eſtant dans ce cruel ſeiour
Exposé ſous la tyrannie
D’un peuple ſans pitié, barbare, & ſans amours ?
L’on en veut à mes iours : & quoy qu’on me le cache,[illisible]
Si ie ſuis la victime, il faut que ie le ſçache :
Ils font tous leurs preparatifs ;
Et meſme leurs diſcours me donnent connoiſſance,
Que ie ſuis celuy des captifs,
Qui doit perir ſoubs leur puiſſance ;
Et ſi de me le dire ils ſont encor craintifs.
Mais, Deeſſe, apprends moy la cauſe de mon crime
Pour voir ſi ton courroux peut eſtre legitimne :
Ha ! c’eſt toy, ſacrilege main,
Qui pour trop obeyr ma rendu ſi coulpable :
Pour m’eſtre rendu trop humain
A cet obiet incomparable,
Pour lequel i’ai coupé ce Myrthe ſi ſoudain.
Mais que vois ie venir, c’eſt luy ; ce ſont mes maiſtres
Le Sacrificateur, auec ſes autres Preſtres.