Scène TROISIEME.
ENDYMION ſeul.
STANCES.
DIeux ! que ce myſtere eſt profond,
Et qu’il eſt incomprehenſible :
Celeſtes qui voyés au fond
De ce qui nous eſt inuiſible ;
Que ſignifie ce diſcours,
Où ie ne ſçaurois rien entendre :
Donnez moy moyen de l’apprendre ;
Et d’en deuiner les detours :
Cette bouche qui vient de dire des miracles :
Sçait-elle les ſecrets de vos diuins oracles ?
Mais cherchons encor ce ſecret,
Remettons nous dans la memoire
Le recit qu’elle nous a fait,
Que ie ne ſçaurois ainſi croire :
Elle nous a dit que les Dieux
Sont auſſi changeants que les hommes ;
Que meſme en le ſiecle où nous ſommes,
L’on voit regner dedans les Cieux,
Auſſi bien qu’icy bas, l’abus & l’inconſtance ;
Trõpant l’eſpoir de ceux qui suiuẽt leur puiſsãce.
Se peut-il que les Immortels,
Se moquent de nos ſacrifices :
Et qu’ils meſprisent leurs Autels :
Ne ſeroient ce point des malices ?
Ces discours ſont iniurieux
A voſtre ſageſſe profonde,
Qui ne ſouffre point de ſeconde
En ces ſecrets myſterieux :
Et c’eſt pourquoy grãds Dieux, ie viens de faire iniure
A vos diuins pouuoirs, vſant de ce murmure.
Ie pourrois vous eſtre odieux,
De croire vne bouche prophane :
Pourſuivons nos deſſeins pieux,
Puiſqu’ils plaiſent à ma Diane ;
Et ne penſons plus deſormais,
À ce langage chimerique :
Quittons ce penſer fantaſtique,
Et ſoyons le meſme à iamais :
Rendons ſans fin des vœux à cet obiet celeſte,[illisible]
Si ma raiſon le veut, ma bouche le proteſte.
Mon ame s’en eſt fait reſous-toy ſi tu veux,
De luy continuer tes deuoirs & tes vœux :
Nous en verrons la fin, allons ſur cette roche,
Ie vois finir le iour, & la nuit qui s’approche :
Mon bel Aſtre luyra, mais le iour cependant,
A perdre la clarté me ſemble vn peu bien lent.
Maintenant le Soleil m’eſt moins cher que la Lune ;
Sa brillante clarté ſans ceſſe m’importune :
Mais gardons d’offencer ce miracle des Dieux :
Le Frere de Diane, & qu’elle ayme le mieux.
N’importe toutefois, Diane eſt ma Deeſſe,
Et la nuit s’approchant, ce bel Aſtre s’empreſſe
A contenter mes yeux… Mais Dieux ! quelle clarté
Vient eſclairer ces lieux, quelle eſt cette beauté ?