‹ L’EndymionChapitre 3 sur 28 · Scène QVATRIESME.

Scène QVATRIESME.

DIANE, ENDYMION,

Diane paroiſt auec ſon Croiſſant ſur ſa teſte, ſon carquois derriere le dos, & ſon Arc à la main : elle prend la parolle voyant Endymion ſurpris.

DIANE.

ENdymion, ie ſuis celle que tu reueres,
Qu’y te viens faire voir bien plus que tu n’eſperes :
Regardes maintenant ce que tu ſouhaittois,
Et vois que ie fais plus que ie ne promettois ;
Tes veux ſont exaucez, i’en garde la memoire,
Ie ſçay que tu prens ſoins à publier ma gloire :
Comme tu fais par tout eſclater ma grandeur,
Et que par toy châcun adore ma ſplendeur :
Mais ſi ie n’en auois quelque reconnoiſſance,
Il te ſeroit permis de dire en ma preſence,
Que l’on voit des ingrats, iuſques dedans les Cieux :
Et tu pourrois blaſmer d’iniuſtice les Dieux.
Dis moy ce que tu veux, & crois qu’vne Deeſſe
Peut touſiours accomplir l’effet de ſa promeſſe :
Ie croy qu’aſſeurement tu ne veux demander,
Que ce que ie pourray iuſtement t’accorder.
Ne ſois plus interdis, vois que l’heure me preſſe :
Que ie ſuis attenduë.

ENDYMION.

Que ie ſuis attenduë. O ! charmante Deeſſe,
Ton aſpect a mes ſens, ſi fort extaziés,
Que mes yeux n’en ſeroient iamais raſſaziés :

L’honneur dont ie ioüis ſurpaſſe toutes choſes,
Ie ne vois que des feux, que des lys & des roſes :
Deeſſe, ie ne puis ny deſirer plus rien ;
Puiſque iamais plaiſir ne fut eſgal au mien,
Beau miracle des Cieux, que faut il que i’eſpere,
Apres ce que ie vois ? ie ſerois temeraire
De demander encor :

DIANE.

De demander encor : Demande ſeulement
Tu peux tout obtenir.

ENDYMION.

Tu peux tout obtenir. Dans le rauiſſement
Où ie ſuis maintenant, Deeſſe incomparable,
Ie te demanderois ce bon-heur deſirable :
De contempler ſans fin les beautez que ie vois,
Si tu ne me punis dant cét aveugle chois.

DIANE.

Pourrois tu bien ſouffrir dans la longueur extreme,
Ce que dans vn moment t’a mis hors de toy meſme ?
Et quand bien tu ſerois au rang des premiers Dieux,
Tu ne me verrois pas demy iour dans les Cieux :
Taſches donc de chercher quelque iuſte demande.

ENDYMION.

Il me faut obeyr, Diane le commande,
Deeſſe, ta bonté me veut donc obliger,
A faire vne demande, où ie n’oſe ſonger,
Mais enfin il faudra que ie prenne l’audace,
De t’oſer demander quelque petite place,
Prés des Aſtres qui ſont les plus proches de toy,
Ou ſi ce divin rang eſt trop rare pour moy ;
Si c’eſt que les deſtins y faſſent reſiſtance,
Que ce ſoit prophaner leur divine influance,
Ou ſi c’eſt que le nombre en ſoit tout accomply ;

Et que le Ciel en ſoit parfaictement remply
Tu receuras du moins mes pieux ſacrifices,
Et ie ſeray content.

DIANE.

Et ie feray content. Sçaches que tes ſeruices
Maggreeront touſiours, que ie prendray ſoing
De te gratiffier lors qu’il ſera beſoing,
Soit au Ciel, ſoit en terre : Adieu. Elle diſparoit.

ENDYMION. ſeul.

Soit au Ciel, ſoit en terre : Adieu. Quelle merueille !
Mortels en viſtes vous iamais vne pareille ?
O celeſte beauté, combien m’as tu fait voir
De miracles diuins qu’on ne peut conceuoir :
Eſperiez vous, mes yeux, de voir vn tel prodige ?
Voyez à quels devoirs Diane vous oblige :
Rendons luy mille vœux, dreſſons luy des Autels,
Puiſqu’elle nous eſleue au deſſus des mortels :
Ne ſonge plus mon ame a ta peine paſſée,
Ne vois tu pas qu’elle eſt par trop recompencée.
Ha ! que Diane eſt belle, & qu’à d’autres beautez.
Mes yeux malaisemant ſe verront arreſtez.
Allons ſur ce rocher pour contempler encore,
Iuſques au point du iour cet Aſtre que i’adore :
Eſleuons noſtre voix, qu’elle puiſſe eſclatter
Par les plus doux accens que l’on peut inuenter.

Il s’aſſit ſur le rocher, & chante.

CHANSON.

Beautez terreſtres cachez vous
Aupres de cet objet celeſte,
Si mon ame a ſenty vos coups,
Maintenant elle vous deteſte :
Et ne veut plus rendre ſes vœux
Qu’à ce beau miracle des cieux.

Ie dis d’vn zele plein d’ardeur,
Qu’en cette merueille diuine
Les graces auec le pudeur
Ont prit leur plus belle origine :
Et qu’on ne doit rendre des vœux
Qu’à ce beau miracle des Cieux.
Depuis le moment que mes yeux.
Veirent cet Aſtre plein de charmes,
Ie vay, ie cours en tous les lieux,
Meſpriſant toutes les allarmes ;
Pour rendre inceſſamment des vœux
A ce beau miracle des Cieux,

Il contemple la Lune, & ne voit pas Iſmene qui le cherche.

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