Scène QVATRIEME.
STHENOBE’E, CHŒVR DE FILLES.
STHENOBE’E.
HElas que puis ie faire ?
Où ſera mon recours, puiſque tout m’eſt contraire ?
Les Oracles l’ont dit, les Dieux l’ont ordonné,
S’en eſt fait, il eſt mort, puis qu’il eſt condamné,
Te verray ie finir, iour pompeux & funeste ?
Il faut que malgré moy ſans fin ie te deteſte :
Ne t’en eſtonnes pas, Deeſſe, ta rigueur
Malgré tous mes deuoirs fait murmurer mon cœur.
ALCIONNE’E.
Quelle feſte eſt cecy ? quelle reſiouyſſance ?
L’on ne voir que des pleurs, pas vn n’a l’aſſeurance,
Quoy que du ſacrifice ils prennent tous les ſoings
Adiſpoſer leurs yeux d’aller eſtre teſmoins,
Au pied de cet autel, d’vn ſpectacle ſi triſte ;
Leur devoir le veut bien, mais la pitié reſiſte ?
Ha ! Deeſſe, bannis ce cruel attentat,
Qui met tout ce triomphe en vn lugubre eſtat :
Permets que quelque biche, ou bien vne geniſſe,
Sur l’autel où tu veux qu’Endymion finiſſe,
Eſpargne de ſon ſang celuy d’Endymion ;
STHENOBE’E.
Ha ! tu ſerois deceuë en cette opinion.
Il faut croire pluſtoſt que Diane ſe haſte
D’arriver au moment dont ſa rigueur ſe flatte.
Mais cherchons la victime, & malgré nos douleurs,
Mettons deſſus ſon chef la couronne de fleurs ;
Et le bandeau de pourpre, & donnons luy des larmes,
Puiſque pour le ſauuer ie n’ay point d’autres armes.