‹ L’EndymionChapitre 9 sur 28 · Scène TROISIEME.

Scène TROISIEME.

ENDYMION, VNE NYMPHE DE DIANE.

ENDYMION. ſeul touſiours couché.

OGlorieuse mort qui vient d’un coup diuin !
O charmante douleur qui ne prent point de fin !
Ie sens mourir mon cœur d’une mort continuë,
Et qui me fait reuiure alors qu’elle me tuë :
O ! maux pleins de douceurs aymable cruauté,
Aggreable langueur, chere felicité ;
Delicieux tourment, delectable amertume,
Doux feux qui me brulez ſans que ie me conſume !
Que feras tu mon corps percé de tous coſtez ?
Que ferez vous mes yeux n’ayant plus de clartez ?
Ah ! Diane faut il…

NYMPHE cherchant vn chien, elle voit Endymion.

Ah ! Diane faut il… O Licante, Licante,
Hé hé que fais tu là pauure ame languiſſante ?
Souffres tu quelque mal, reſues tu, reſponds moy :
Du moins regarde moy :

ENDYMION.

Du moins regarde moy : Ie ne puis ;

NYMPHE.

Du moins regarde moy : Ie ne puis ; Et pourquoy ?

ENDYMION.

Tu vois bien que mes yeux ſont tout couuers de fleches,
Et que mon pauure corps a plus de mille breches ;
Que ie ſuis tout percé :

NYMPHE.

Que ie ſuis tout percé : Que me dis tu, bons Dieux !
Ie te puis aſſeurer que ton corps, ny tes yeux,
N’ont ny fleches, ny mal : regarde ie t’en prie
Comme ils ſont offencez : Elle luy ouure les yeux elle meſme.

ENDYMION.

Comme ils ſont offencez : Diuine tromperie !
Et qu’ay ie fais grands Dieux, qui puiſſe meriter
Les coups que iay receus.

NYMPHE.

Les coups que iay receus. Prens garde d’irriter
La Deeſſe, & les Dieux : mais reconnois les graces
Que Diane te fait en quel lieu que tu paſſes :
Et ſçaches qu’au iourd’huy tu t’es mis au hazard,
De receuoir icy plus de cent coups de dard,
Des Nymphes, de long temps à qui Diane meſme
Donne tous ſes pouuoirs par ſa douceur extreme :
Et que les hommes font leurs cruels ennemis
Qu’on en a iamais veu à qui il fut permis
De ioüir vn moment de ſa douce preſence,
Sans que l’on n’ayt bien-toſt puny ſon imprudence :
Vois que pour contenter leur cruelle fureur,
Elle a trompé leurs yeux en te perçant le cœur.

ENDYMION.

Belle Nymphe dis moy, comme quoy la Deeſſe
Me traitte dans ſon ame ?

NYMPHE.

Me traitte dans ſon ame ? Auec plus de tendreſſe
Qu’elle n’en eut iamais pour les autres mortels,
Qui pour ſa gloire ſeule eſleuent des autels :
Ie ne peux aſſeurer qu’elle te favoriſe
Par deſſus les humains auec tant de franchiſe,

Que les Dieux s’eſtonnant de te voir eſtimer
De celle que l’amour n’a iamais peu charmer,
En murmurent entr’eux de connoiſtre qu’elle ayme
Et meſpriſe les Cieux, & la dignité meſme,
Pour te gratifier auec tant de bonté ;
Et tu vas l’accuſant de trop de cruauté ?
Que ne dit elle point vn iour pres du Meandre,
Vers Milet, & Priene, elle nous fit entendre
Le deſſein qu’elle auoit de te fauoriſer,
Et tout ſon entretien ne fuſt qu’à te priſer :
Lors qu’en ſe promenant, voicy, nous diſoit elle,
Le lien d’Endymion de cét amant fidelle :
Mais ie ne le vois plus, où s’eſt il retiré ;
Ce lieu qui autrefois l’auoit tant attiré,
N’a t’il plus ce pouvoir, a t’il quitté la chaſſe ?
Ou bien s’il a receu icy quelque diſgrace ?
Mais, nous dit elle alors ; ie veux vous auertir,
(Ou ie vous le ferois auſſi-toſt reſſentir)
Que lors qu’Endymion d’vne ardeur retenuë
Cherche l’occaſion de ioüir de ma veuë…
Qu’à moins que d’eſprouver le feu de mon courroux,
Il ne reſſente point la rigueur de vos coups.
Elle parle aux Syluains, aux Faunes, aux Nayades,
De tes rares vertus meſmement aux Dryades.
Penſe tu qu’elle meſme ait bien tout le repos
Qu’elle peut ſouhaitter ? voyant qu’à tous propos
La Grece la demande, & tantoſt la Scytie,
L’Armenie, la Crete, & dans l’Æthiopie :
Voit en quelque pays par où ce grand œil luit,
Que Diane ne faſſe vn meſme cours la nuit ?
Mais ie retarde trop, & ie ſuis attenduë ;
Enfin n’eſtant icy long-temps entretenuë,
Ie te veux aduertir que Diane m’a dit

ENDYMION.

ENDYMION.

O Dieux preparons nous d’entendre se recit ;
Que t’a dit ma Deeſſe, ô ! Nymphe incomparable ?

NYMPHE.

Quelque choſe qui doit t’eſtre bien aggreable.

ENDYMION.

Hé bien qu’a t’elle dit ?

NYMPHE.

Hé bien qu’a t’elle dit ? De te perſuader
De la ſeruir touſiours, & de la regarder
Comme celle qui veut te combler de ſes graces,
Autant que tu ſuiuras ſes adorables traces ;
Où les autres mortels n’oſeroient aſpirer :
Tu peux tout obtenir, tu dois tout eſperer.
Si tu veux te tenir demain vers la montagne,
Où Diane n’aura que moy pour ſa compagne,
Elle m’a proteſté de te donner le temps
De la conſiderer comme tu le pretends.
Adieu ie ſuis preſſée : & ne manque pas l’heure
Que Diane t’ordonne.

ENDYMION.

Que Diane t’ordonne. Ha ! que pluſtoſt ie meure,
Auant que negliger vne telle faueur,
Mon ame la ſouhaitte, auecque trop d’ardeur ;
Mais adieu belle Nymphe.

NYMPHE.

Mais adieu belle Nymphe. Adieu le plus aymable
D’entre tous les mortels : Diane eſt excuſable
De te favoriſer ſur tant d’adorateurs. Elle ſe retire.

ENDYMION.

Ceſſe de me traitter de ces diſcours flatteurs.

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