‹ L’Enfant de l’autreChapitre 7 sur 7 · 07

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Il y avait quarante-huit heures que la scène violente s’était déroulée et Germaine n’avait pas reparu dans la salle à manger ni dans le salon. Elle demeurait enfermée dans son appartement personnel où sa femme de chambre lui montait à manger.

Par deux fois l’enfant, qui était grande maintenant, était allée frapper à sa porte. Germaine avait feint de ne pas entendre et n’avait pas répondu.

Jean se décida à l’aller trouver :

— Germaine, dit-il, je suis désolé d’avoir à m’entretenir encore une fois avec toi de choses qui me sont très douloureuses, mais je crois que, dans notre intérêt commun, il convient de prendre une définitive décision. Jacqueline ne peut pas vivre dans une atmosphère empoisonnée par nos querelles. L’autre soir je me suis laissé emporter par le ressentiment, je le regrette et je t’en demande pardon. Mais de telles scènes peuvent se renouveler et quelque empire que j’aie généralement sur moi-même je ne suis pas sûr de pouvoir me contenir. Dans ces conditions, je te prie de me renseigner sur ce que tu comptes faire.

— Vous laisser libres, dit Germaine froidement. Ne plus vous importuner de ma présence.

— Pauvre femme ! Si tu pouvais te dire, si tu pouvais pressentir comme notre séparation me fera souffrir !

— Tu te consoleras comme tu t’es déjà consolé, va ! Et puis, n’auras-tu pas toujours ta fille ?

Jean Ricard hocha la tête pour marquer comme il était las de si douloureuses discussions, et puis il dit :

— Écoute, Germaine. Si tu crois vraiment que la vie en commun est devenue impossible, si tu ne veux pas te persuader que nous t’aimons, quittons-nous ! Mais, du moins, que notre séparation ne soit pas irréparable. Le divorce ? C’est beaucoup trop radical et c’est bien long à obtenir, vois-tu. Alors…

— Alors, je vous aurai quittés demain, affirma Germaine.

— Où iras-tu ?

— Que t’importe ?

— J’aurais aimé que tu t’installes dans notre maison du Vésinet avec ta femme de chambre et une cuisinière que je te donnerai.

Elle eut un geste tranchant :

— Je… je verrai, dit-elle. Laissez-moi jusqu’à demain. Demain…

— Tu me diras sans faute ta décision ?

— Oui.

Il s’approcha d’elle pour lui tendre la main, mais elle se détourna et il sortit lourd de peine.

⁂

Il était trois heures de l’après-midi et Jacqueline jouait dans le petit parc qui s’étendait derrière la splendide demeure. Jean était à ses usines et l’enfant était seule. La bonne, toutefois, avait reçu l’ordre de veiller sur elle de temps en temps, tout en vaquant à ses occupations.

Jacqueline, qui s’amusait à suivre du regard le vol d’un insecte, vit Germaine traverser en hâte le parc et se diriger par un petit sentier vers la ligne de chemin de fer qui n’était guère éloignée que de trois cents mètres.

Quel mobile la poussa à courir derrière elle ? Quel obscur pressentiment s’imposa à elle ? Devinait-elle la tragique résolution de la malheureuse ?

Germaine courait, maintenant, et gagnait du terrain sur Jacqueline qu’elle n’avait pas vue. Là-bas, au loin, une traînée blanche révélait qu’un train roulait sur la voie ferrée. Cinquante mètres encore et Germaine n’aurait plus qu’à s’allonger sur la voie. Ce serait fini. Elle ne souffrirait plus.

Vingt mètres encore. Le train s’apercevait à moins de mille mètres. Il fallait se hâter pour arriver avant lui.

Et toujours, derrière Germaine, la fille de Josette trottait de toute la vitesse de ses petites jambes.

Soudain elle s’arrêta et, dans le dernier souffle de son haleine, elle poussa un cri :

— Maman !

Maman ! Germaine se retourna et elle vit l’enfant qui venait de jeter le nom divin à travers l’espace. Maman ! C’était donc à elle que ce mot s’adressait ?

Le train, avec un grand bruit, passa à quelques pas d’elle. Sans le mot si doux, sans le mot que, depuis si longtemps elle attendait, elle serait morte, à présent.

Elle revint vers Jacqueline qui, un instant reposée, courut à sa rencontre. Quatre bras s’ouvrirent. Le mot divin chanta :

— Maman !

Alors il y eut une étreinte éperdue et des larmes rédemptrices.

Et quand, le soir, Jean Ricard rentra, il vit sa fille sur les genoux de sa femme et, à son tour, il pleura tout le bonheur infini qu’il éprouvait.

FIN

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