‹ Léon Bloy : Essai de critique équitableChapitre 13 sur 17 · I

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Les ragots qui empuantissent ces loges de concierges, les cénacles littéraires (page 22). A propos de cette phrase et de quelques autres analogues qu’on peut découvrir dans mes livres, un critique--d’ailleurs fort bienveillant à mon égard--M. Tancrède de Visan a cru démêler que j’éprouvais de la haine pour mes confrères. Le terme n’est pas exact. En effet, je puis assurer, en toute conscience, que je n’ai jamais su haïr personne. Ce qui est vrai, c’est que j’ai jadis constaté chez la plupart des écrivains une manie de dénigrement qui prend parfois des formes tout à fait odieuses. Homo homini lupus a dit Plaute. Cette sentence s’applique aux littérateurs plus qu’à quiconque.

Il en résulta que, de bonne heure, je pris en dégoût les mœurs de la gent de lettres. Je résolus de me tenir à l’écart et depuis vingt-huit ans, je n’ai pas remis les pieds dans lesdits cénacles. Je m’en félicite tous les jours d’autant que cette règle de vie s’accorde avec mon goût inné de la solitude. Par ainsi, je sauvegarde un bien que je considère comme très précieux: mon indépendance. C’est pourquoi, écrivant à M. de Visan, j’ai pu lui dire: «Quand je porte des jugements sur la littérature, ils n’ont point pour objectif de plaire ou de déplaire aux écrivains. Je me préoccupe seulement d’exposer au public mes façons de voir. Je le fais avec sincérité; on ne peut rien me demander de plus...»

De fait, cette méthode m’a passablement réussi. D’abord j’ai conservé, parmi les écrivains, des amis qui partagent mes sentiments. Ensuite, dans le public assez étendu qui veut bien me suivre, j’ai conquis des amitiés nouvelles dont je fais le plus grand cas. Enfin je garde le droit intégral de dire ce que je pense, ce qui ne me serait pas possible si je pratiquais la camaraderie.

A maintes reprises, je fus vilipendé, injurié, calomnié. J’espère qu’on ne trouvera pas dans mes écrits de quoi prétendre que j’ai rendu la pareille.

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