‹ Léon Bloy : Essai de critique équitableChapitre 14 sur 17 · II

II

MM. Barrès et Bourget (pages 13-18).--Après que la première partie de cet essai eut été publiée dans le Mercure de France, en août 1921, quelques «respectueux» se sont scandalisés parce que j’avais fait des réserves touchant l’œuvre de ces deux écrivains. Quel singulier état d’esprit et comme on a raison de dire que la critique n’existe plus guère, s’étant transmuée en apologie délirante ou en éreintement sans nuances!

Quoi donc, MM. Bourget et Barrès sont-ils deux manitous qu’il n’est permis d’aborder que le front dans la poussière et l’encensoir à la main?

Pour ma part, goûtant peu les idoles, réservant mon culte à Dieu et à ses Saints, lorsque j’étudie mes confrères, je m’efforce de signaler aussi bien les défauts que les qualités de leurs livres. Je me place pour cela toujours au point de vue catholique. Et il me semble que, dans le cas présent, j’ai donné à l’éloge une place au moins aussi considérable qu’au blâme. Il suffira de relire le passage incriminé pour s’en apercevoir.

En ce qui concerne plus particulièrement M. Barrès, je ne pouvais qu’approuver Bloy lorsqu’il condamne avec énergie la façon dont l’auteur d’Un Homme libre mêla les choses les plus sacrées aux jeux malsains d’une personnalité jadis trop éprise d’elle-même.

Que divers littérateurs s’en offusquent, cela ne saurait m’émouvoir. L’important, c’était que le public à qui je m’adresse partageât mon sentiment. De nombreuses lettres reçues depuis la publication de mon étude dans le Mercure me prouvent qu’il le fait. Cela me suffit.

Page 1