Scène XIII
LISETTE, un moment seule, MAÎTRE BLAISE.
Lisette.
Je m’y suis prise de toutes façons, et ce n’est pas lui sans doute ; mais il n’y a jamais rien eu de pareil. Quand ce serait lui, au reste, maître Blaise est bien un autre parti, s’il m’aime.
Maître Blaise.
Eh bien ! fillette, à quoi en suis-je avec Angélique ?
Lisette.
Au même état où vous étiez tantôt.
Maître Blaise, en riant.
Eh mais ! tant pire, ma grande fille.
Lisette.
Ne me direz-vous point ce que peut signifier le tant pis que vous dites en riant ?
Maître Blaise.
C’est que je ris de tout, mon poulet.
Lisette.
En tout cas, j’ai un avis à vous donner ; c’est qu’Angélique ne paraît pas disposée à accepter le mari que M. Lucidor lui destine, et qui est ici ; et que si, dans ces circonstances, vous continuez à la rechercher, apparemment vous l’obtiendrez.
Maître Blaise, tristement.
Croyez-vous ? Eh mais ! tant mieux.
Lisette.
Oh ! Vous m’impatientez avec vos tant mieux si tristes, vos tant pis si gaillards, et le tout en m’appelant ma grande fille et mon poulet ; il faut, s’il vous plaît, que j’en aie le cœur net. Monsieur Blaise, pour la dernière fois, est-ce que vous m’aimez ?
Maître Blaise.
Il n’y a pas encore de réponse à ça.
Lisette.
Vous vous moquez donc de moi ?
Maître Blaise.
V’là une mauvaise pensée.
Lisette.
Avez-vous toujours dessein de demander Angélique en mariage ?
Maître Blaise.
Le micmac le requiert.
Lisette.
Le micmac ! Et si on vous la refuse, en serez-vous fâché ?
Maître Blaise, riant.
Oui-da.
Lisette.
En vérité, dans l’incertitude où vous me tenez de vos sentiments, que voulez-vous que je réponde aux douceurs que vous me dites ? Mettez-vous à ma place.
Maître Blaise.
Boutez-vous à la mienne.
Lisette.
Eh ! quelle est-elle ? car si vous êtes de bonne foi, si effectivement vous m’aimez…
Maître Blaise, riant.
Oui, je suppose…
Lisette.
Vous jugez bien que je n’aurai pas le cœur ingrat.
Maître Blaise, riant.
Hé, hé, hé… Lorgnez-moi un peu, que je voie si ça est vrai.
Lisette.
Qu’en ferez-vous ?
Maître Blaise.
Hé, hé… Je le garderai. La gentille enfant ! Queu dommage de laisser ça dans la peine !
Lisette.
Quelle obscurité ! Voilà M Argante et M. Lucidor ; il est apparemment question du mariage d’Angélique avec l’amant qui lui est venu. La mère voudra qu’elle l’épouse, et si elle obéit, comme elle y sera peut-être obligée, il ne sera plus nécessaire que vous la demandiez. Ainsi, retirez-vous, je vous prie.
Maître Blaise.
Oui ; mais je sis d’obligation aussi de revenir voir ce qui en est, pour me comporter à l’avenant.
Lisette, fâchée.
Encore ! Oh ! votre énigme est d’une impertinence qui m’indigne.
Maître Blaise, riant et s’en allant.
C’est pourtant douze mille francs qui vous fâchent.
Lisette, le voyant aller.
Douze mille francs ! Où va-t-il prendre ce qu’il dit là ? Je commence à croire qu’il y a quelque motif à cela.