Scène XIV
MADAME ARGANTE, LUCIDOR, FRONTIN, LISETTE.
Madame Argante, en entrant, à Frontin.
Eh ! monsieur, ne vous rebutez point ; il n’est pas possible qu’Angélique ne se rende, il n’est pas possible. (À Lisette.) Lisette, vous étiez présente quand monsieur a vu ma fille ; est-il vrai qu’elle ne l’ait pas bien reçu ? Qu’a-t-elle donc dit ? Parlez ; a-t-il lieu de se plaindre ?
Lisette.
Non, madame ; je ne me suis point aperçu de mauvaise réception ; il n’y a eu qu’un étonnement naturel à une jeune et honnête fille, qui se trouve, pour ainsi dire, mariée dans la minute ; mais pour le peu que madame la rassure et s’en mêle, il n’y aura pas la moindre difficulté.
Lucidor.
Lisette a raison, je pense comme elle.
Madame Argante.
Eh ! sans doute ; elle est si jeune et si innocente !
Frontin.
Madame, le mariage en impromptu étonne l’innocence, mais ne l’afflige pas ; et votre fille est allée se trouver mal dans sa chambre.
Madame Argante.
Vous verrez, monsieur, vous verrez… Allez, Lisette, dites-lui que je lui ordonne de venir tout à l’heure. Amenez-la ici ; partez. (À Frontin.) Il faut avoir la bonté de lui pardonner ces premiers mouvements-là, monsieur, ce ne sera rien. (Lisette sort.)
Frontin.
Vous avez beau dire, on a eu tort de m’exposer à cette aventure-ci ; il est fâcheux à un galant homme, à qui tout Paris jette ses filles à la tête, et qui les refuse toutes, de venir lui-même essuyer les dédains d’une jeune citoyenne de village, à qui on ne demande précisément que sa figure en mariage. Votre fille me convient fort, et je rends grâces à mon ami de l’avoir retenue ; mais il fallait, en m’appelant, me tenir sa main si prête et si disposée que je n’eusse qu’à tendre la mienne pour la recevoir ; point d’autre cérémonie.
Lucidor.
Je n’ai pas dû deviner l’obstacle qui se présente.
Madame Argante.
Eh ! messieurs, un peu de patience ; regardez-la, dans cette occasion-ci, comme un enfant.