‹ Les AmazonesChapitre 2 sur 5 · Les Amazones · ORITHIE

Les Amazones · ORITHIE

Suſpend le ſacrifice. Ah ! quel eſpoir flateur !

ANTIOPE.

De grace apprennez-nous ?

MÉNALIPPE.

De grace apprennez-nous ? Quel combat à décrire.
De la foule ſuivie en quittant Thémiſcyre,
Les Captifs vers le Temple avançoient ſur mes pas ;
J’ai vû du bois ſacré ſortir mille Soldats.
Leur nombre s’augmentant, j’ai penſé que la terre,
Enfantoit des Géants pour nous livrer la guerre,

Ou que de nos Captifs Mars briſoit les liens ;
Mais de près j’ai connu les fiers Athéniens.
Ils fondent ſur nos rangs, notre Troupe ſurpriſe
Bien-tôt céde à l’effort de leur vive entrepriſe ;
Ils délivrent Théſée ; alors dans nos fureurs,
Tout ſert à nous armer, & parmi les clameurs,
Nous marchons ſans déſordre, & combattons ſans crainte.
A peine l’Ennemi de nos dards ſent l’atteinte,
Qu’irrité de nos coups, ardent à s’en venger,
Dans d’étroits défilés il se laiſſe engager.
Je romps leurs Bataillons, leur ſang ſouille la terre,
Et dans la nuit qui joint plus d’horreur à la guerre,
Théſée offre à mes yeux ſon brillant bouclier ;
Il falloit pour tout vaincre abattre ce Guerrier,
Nous nous joignons ; nos traits ſe croiſent l’un & l’autre
Et loin que ſa valeur l’emporte ſur la nôtre,
Tandis qu’un coup léger teint ſon fer de mon ſang,
D’un coup mortel ma hache a partagé ſon flanc.

ANTIOPE.

Dieux !

ORITHIE.

Dieux ! Quel ſort imprévû !

MÉNALIPPE.

Dieux ! Quel ſort imprévû ! Quel bonheur ! Orithie,
Vous regnez, je triomphe, & ce Grec perd la vie.
A peine eſt-il tombé, que j’ai vû ſes Soldats
Quitter l’eſpoir de vaincre, & fuir devant nos pas ;
Juſques ſur nos ramparts, ils n’ont porté l’alarme,
Que pour venger leur Chef, ſon trépas les déſarme.
Du reſte de ces Grecs j’ai mépriſé les traits,
Nos braves Bataillons les poursuivent de près ;
N’en redoutant plus rien, je viens à vous moi-même,
Raconter nos ſuccès, notre péril extrême,
Et remettre en vos mains des lauriers que je dois,
A votre exemple, aux Dieux, à l’amour de nos loix.
L’Univers étonné ſur nous fixant la vûe,
Verra nos traits vainqueurs d’une attaque imprévûe,
Le plus grand des mortels aſſervi ſous nos fers,
Et rendu par nos coups aux rives des Enfers ;
Le deſtin dans nos champs enchaîne la victoire.
Jour heureux ! venez, Reine, en recueillir la gloire,

ORITHIE, on entend un grand bruit.

Quel trouble dans ces lieux & quel nouvel effort !

MÉNALIPPE.

Ah ! ne redoutons rien ; le fier Théſée eſt mort.

ORITHIE, ANTIOPE, MÉNALIPPE, une AMAZONE.

L’AMAZONE.

REine, des cris affreux par-tout ſe font entendre ;
Théſée en ce Palais eſt prêt à vous ſurprendre,
Et déja Thémiſcyre en proie à sa fureur,
Pour la première fois reconnoît un Vainqueur.

ORITHIE.

Guerrieres ſuivez moi : quand le ſort nous accable
Oppoſons à ſes coups un front inébranlable.

ORITHIE, & ſa ſuite marchant vers le fond du Théatre.

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