‹ Les AmazonesChapitre 3 sur 5 · Les Amazones · ORITHIE, MÉNALIPPE, ANTIOPE

Les Amazones · ORITHIE, MÉNALIPPE, ANTIOPE

THÉSÉE paroît à leur rencontre avec des Amazones enchaînées & des Grecs à ſa ſuite.

THÉSÉE.

OU courez vous Madame ? ici tout m’obéit
Le bruit de mon trépas me ſert & vous trahit.
Au milieu de ma troupe & dans la nuit obſcure,
Idas fut pris pour moi, ſous une égale armure.

MÉNALIPPE.

Qu’ai-je fait ! quoi ! l’eſpoir d’avoir vaincu ton bras,
M’a fait en d’autres mains remettre nos combats !
Nul triomphe après toi ne flattant plus ma gloire,
Mon depart imprudent t’a donné la victoire ;
Que le Ciel m’en puniſſe, ou ſerve mon courroux.

THÉSÉE.

Cruelle, mon ami ſuccomba ſous vos coups,
C’est lui qui joint aux Grecs s’arma pour ma vengeance :
La vertu n’a ſouvent qu’elle pour recompenſe ;
Il a perdu la vie en défendant mes jours ;
De ma fureur alors rien n’arrête le cours.
Pour mieux venger ſon ſang, j’ordonne & feins la fuite ;
Votre crédulité par mon art fut ſéduite.
Tandis qu’ici vos mains portoient de vains lauriers,
Je ramene au combat mes plus vaillants guerriers :
Et la Troupe Amazone immolée à leur rage,
Juſqu’ici ſur ſes morts aux Grecs ouvre un paſſage ;
Thémiſcyre effrayée eſt ſoumiſe à mes loix ;
Mais loin d’y commander je vous remets vos droits ;
Reine, daignez reprendre un rang dont ma victoire
Rend hommage au grand nom que vous acquit la gloire.
Il eſt un prix plus cher aux déſirs de mon cœur.

Princeſſe, c’eſt de vous que dépend mon bonheur ;
De mon rang, de mes droits, je ne veux point l’attendre,
Je le demande au nom de l’ardeur la plus tendre,
Venez ; que dans Athène un lien fortuné,
M’aſſure votre cœur.

ANTIOPE.

M’aſſure votre cœur. L’amour vous l’a donné ;
Seigneur, il ſe joignit à la reconnoiſſance ;
Tout m’invite à vous ſuivre, & nos loix que j’offenſe
Se tairont, ſi ma main ſeul prix de vos exploits
A notre liberté conſerve tous ſes droits,
Qu’aucun tribut enfin n’outrage ma Patrie.

THÉSÉE.

Elle eſt libre, Madame.

ANTIOPE.

Elle eſt libre, Madame. A vos jours je me lie ;
Mais, rendant à la Reine un thrône glorieux,
Faut-il avec ſa haine abandonner ces lieux ?

ORITHIE.

Arrêtez ; c’eſt à moi d’éviter votre vûe,
Théſée, as-tu penſé que la main qui me tuë,
Pût me rendre des biens dont j’aimaſſe à jouir ?
En ce moment où rien ne peut plus m’éblouir,

De mon illuſion je déteſte la ſource :
Et le comble des maux en terminant ma courſe,
Eſt d’avoir un moment vû ton ſexe orgueilleux
Regner ſur un climat ſi rebelle à ſes vœux.
Moi, dont le bras dompta la fortune ennemie,
Faut-il que par l’amour aux mortels aſſervie,
Je cède à ces Tyrans que j’ai tant combattus ?
Une foibleſſe hélas ! ternit mille vertus.
Puiſſes-tu quelque jour reſſentir mon Martyre,
Languir dans le mépris qu’un feu jaloux inſpire,
Voir tes États gémir ſous un pouvoir nouveau,
Et dans ton déſeſpoir te plonger au tombeau,

Je t’en donne l’exemple ; imite mon courage.
Ménalippe, regnez sur ce triſte rivage ;
Maîtreſſe de vos ſens, vous ſçaurez mieux que moi ;
Gouverner un État dont j’ai trahi la loi.
En acceptant mon Sceptre, épouſez mon offenſe,
Que j’emporte aux Enfers, l’eſpoir de la vengeance.
Bravez ce fier vainqueur, que la poſtérité…
Je meurs… & le trépas me rend la liberté ;
Qu’on m’ôte de ces lieux.

THÉSÉE.

Qu’on m’ôte de ces lieux. Ô deſtin !

L’AMAZONE, qui ſoutient la Reine.

Qu’on m’ôte de ces lieux. Ô deſtin ! Elle expire.

ANTIOPE.

Que ne puis-je lui rendre & le jour & l’Empire ?

MÉNALIPPE.

Eſperes-tu Théſée, échapper à mes coups ?
Réunie à Gélon de ton himen jaloux,
Le fer, la flamme en main, ſur tes pas dans la Grèce,
Nous porterons par-tout la fureur vengereſſe,
Les Mers & les Rochers nous ſéparent en vain ;
Ton armure deux fois ne peut tromper ma main.
Tu vois mes ſentiments ; maître dans Thémiſcyre,
Oſeras-tu partir, & m’en rendre l’Empire ?

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